NOIRS IDOLATRES
Carthagiuois commerçaient à la côle d'Afrique , des détails quMl sera curieux de rapprocher de ce que je viens de dire.
<c Les Carthaginois disent aussi qu*au delà des colonnes d'Hercule , il y a un pays habité ou ils vont faire le commerce. Quand ils y sont arrivés ^ ils tirent leurs marchandises de leurs vaisseaux et les rangent le long du rivage : ils remontent ensuite sur leurs bâtiments^ où ils font beaucoup de fumée. Les na* turels du pays, apercevant cette fumée, viennent sur le bord de la mer, et après y avoir mis de l'or pour le prix des marchandises, ils s'éloignent. Les Carthaginois sortent alors de leurs vaisseaux , examinent la quantité d'or qu'on a apportée;, et si elle leur parait répondre au prix de leur marchandises, ils l'emportent et s'en vont. Mais s'il n'y en a pas pour leur valeur, ils s'en retournent sur leurs vaisseaux , où ils restent tranquilles. Les autres reviennent ensuite, et ajoutent quelque chose jusqu'à ce que les Carthaginois soient contents. Ils ne se font jamais tort les uns aux autres. Les Carthaginois ne touchent point à l'or, à moins qu'il n'y en ait pour la valeur de leurs marchandises, et ceux du pays n'emportent point les marchandises avant que les Carthaginois n'aient enlevé l'or. »
Un négociant européen remontait, il y a quelques années, le fleuve Blanc ; il s arrêtait à chacun des petits villages qui le bordent, avançait aux habitants quelques verroteries, à la condition par eux de lui remettre en échange, lorsqu'il redescendrait le fleuve, une quantité déterminée de dents d'éléphants. Pas-
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sant à son retour devant un des villages où il avait laissé le plus de marchandises , il fut étonné de la trouver désert ; il se crut d'abord victime d'une spoliation et descendit à terre dans Tintention de brûler les huttes ; il s'apergut bientôt qu'elles avaient été récemment livrées au pillage et qu'un grand nombre d'entre elles avaient été renversées. Convaincu dès lors que c'était aux ennemis du village qu*était due la perte qu'il éprouvait, et n'apercevant personne dont il pût obtenir quelque renseignement , il allait regagner sa barque, lorsque des cris plaintifs attirèrent son attention. Un homme blessé gisait dans l'une des huttes restées debout; il avait reconnu le négodant^ et l'appelait : Notre village vient d'être pillé, lui diUl; nous avions déjà recueilli tout l'ivoire qui te revient, et nous sommes parvenus à le cacher si bien que nos ennemis n'ont pu le découvrir; toute la population que tu voyais ici il y a quelques mois a été cmi* trainte à prendre la fuite. En partant elle m'a confié la mission de t'attendre , afin de te montrer le lieu où est déposé l'ivoire. Je n'avais qu'une seule crainte, c'était de succomber à ma blessure avant ton arrivée ; mais puisque te voilà , je vais f indiquer la cachette.
Le négociant fouilla au lieu indiqué par ce brave hcunme, et y trouva en effet tout ce qu'il pouvait attendre. Ce trait sort des limites de la probité vulgaire ; c'est de l'héroïsme , car sans doute cet ivoire était l'objet de l'attaque dont avait eu à souffrir le village, peut-être plusieurs de ses habitants avaient-ils subi la torture et refusé jusqu'au bout de révéler le secret
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qu'ils possédaient tous. Enfin quels éloges ne mérite pas la conduite de cet homme blessé qui, pouvant en^ oore s'enfuir avec ses compatriotes, consent à rester dans le village , privé de tout secours , exposé à de nouveaux périls , uniqueinent pour assurer Taccom*» plissement d'un devoir dont l'oubli trouvait tant d'ex* cuses et ne pouvait avoir pour lui aucune fâcheuse conséquence !
Une fois qu'ils ont reconnu la supériorité des blancs, et pour peu qu'ils aient à se louer de leurs procédés, les noirs se montrent dociles à leurs conseils et disposés à les servir; il n'est pas difficile de se les attacher, et lorsqu'on y est parvenu , d'en faire d'excellents serviteurs et de courageux soldats. Au* cune race peut-être ne^possède à un plus haut degré les qualités qui font le bon soldat : le dévouement à ses chefs et une confiance aveugle dans leurs lumières; le courage irréfléchi qui n'aperçoit le danger que quand on le lui montre ; la patience , l'obstination , qui se jouent du temps et des obstacles; la sobriété, le courage passif, qui rendent indifférent aux privations et à la souârance ; enfin une vanité d'enfant portée à l'excès, et qui, pour mériter le moindre éloge, ferait braver mille fois la mort. Mais il faut au soldat noir des chefs qui le connaissent et sachent en tirer parti ; il en existe peu de tels , car partout les hommes intelligents et adroits sont rares; néanmoins l'armée noire du soudan égyptien est loin d'être une mauvaise armée : Méhémet Ali a même essayé d'employer, eh Egypte, des troupes semblables. Napoléon l'avait fait avant lui; on sait que notre armée d*Égypte
8'était accrue de beaucoup de soldats noirs , et que rhomme de génie qui la commandait^ demandait au Darfour un grand nombre d'esclaves, qu'il se proposait d'y incorporer encore. La même mesure pourrait, avec un grand avantage , être prise en Algérie ; on i)oir n'y reviendrait pas à plus de 300 francs et Ton pourrait en former quelques bataillons auxquels la garde du désert et de nos postes les plus avancés serait plus spécialement confiée ; on épargnerait ainsi le sang et la santé de nos soldats, et Ton aurait acquis des auxiliaires sobi^es, infatigables, courageux, dévoués et ennemis acharnés des Arabes.
Ils fourniraient un corps d'infanterie montée. Par cet accouplement de mots qui peut sembler étrange, j'entends une troupe qui se transporte rapidement à dromadaire, partout où Ton a besoin de ses services^ et qui combat comme l'infanterie, le dromadaire étant plutôt un animal de transport qu'un animal de guerre comme le cheval.
Les nègres en sont encore aux premiers éléments d'une théorie religieuse. Us ont peur de la foudre, ils ont peur des éclairs, ils cherchent à conjurer le serpent, le crocodile , le tigre, mais ils reconnaissent rarement, soit un Dieu suprême, soit cette foule de dieux dont fourmillait le paganisme. Il semble le plus souvent qu'ils n'admettent aucune divinité, et leurs réponses à ceux qui les interrogent à cet égard diffèrent peu de celles qu'adressaient à un missionnaire catholique les Bari du fleuve Blanc : Si ce Dieu dont tu nous parles, lui disaient-ils, existe réellement et est aussi puissant que tu le crois , quel souci peut-il
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prendre de rbomme^ et comment nos prières pour'» raient-e]Ies s'élever jusqu^à Ini (1)?
Malgré cette indifférence qn'ils témoignent en générai pour toutes les religions , les noirs ne sont pas difficiles à convertir. Le moindre prestige suffit k oon^ vaincre leur esprit crédule , et depuis plusieurs siè^ des, les Arabes eussent converti l'Afrique tout en* tière à Tislamisme, s'ils* n'avaient compris que le succès d'une telle entreprise anéantirait la traite des noirs et l'esclavage 5 qui ne sauraient , en suivant la loi religieuse, s'exercer aux dépens des populations musulmanes*
Réduits en esclavage, les noirs frappés de la sn-^ périorité qu'ont sur eux les Arabes, s'empressent d'adopter d'eux-mêmes la religioi^ de leurs mattres: il n'est jamais nécessaire de les y contraindre; ceux même qui avant la perte de leur liberté possédaient d^à une théorie religieuse , comme les Abyssins qui
(1) C'est une étnoge erreur de croire que tous les peuples admettent Texistence de Dieu; j'ai vu beaucoup de sauvages qui n*en avaient aucune idée, et parmi les esclaves que J*ai eu Toccasion d'interroger à ce sujet , plusieurs m'ont avoué quMl en était de même dans leur pays ; quelques-uns du reste m'ont cité et décrit leurs Idoles et d'autres, peut-être pour se vanter, m'ont assuré qu'on reconnaissait chez eux un Dieu créateur du ciel et de la terre. Je dis pour se vanter, car tout esclave un peu intelligent auquel on demandera, en Orieût, la religion de son père , dira qu'A était musulman : il méat par vanité.
Si on le presse davantage, il dira que sans connaître le prophète, son père adorait le vrai Dieu.
Mais s'il est moins fin ou qu'on le questionne encore, on saura réellement à quoi s'en tenir.
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Bont chrétiens , font boa marché de leur croyance et adoptent l'islamisme avec enthousiasme.
Un fait analogue s'accomplit au Brésil et dans les colonies américaines, les esclaves y embrassent le christianisme assez volontiers, à Texception cepen*» dant de ceux qui sont nés dans le sein de Tislamisme. Il est, du reste, à remarquer que les nègres esclaves sont en Orient plus fanatiques que le reste de la population, et, s'il n'en est pas de même en Amérique , cela tient surtout à ce que Ton cherche peu à développer dans leur âme le sentiment religieux et que l'exemple de la foi et de la dévotion ne leur est pas toujours offert par leurs maîtres.
Quant aux missions chrétiennes, catholiques ou protestantes, établies dans diverses parties de l'Afrique, je ne crois pas qu'elles puissent jamais avoir de bien grands résultats ; le christianisme s'éloigne trop des idées des nègres pour que, dans leur propre pays, il soit possible de les y enchaîner. Lç mariage chré* tien , si différent de la promiscuité dans laquelle ils vivent, y serait, h lui seul, un invincible obstacle. Le nègre, en vue d'obtenir quelques verroteries , une pièce de toile, quelques clous, se laissera sans doute baptiser de très-bonne grâce, mais il n'abandonnera pour cela aucune de ses idées, aucune de ses habitudes. Du reste , les missions que j'ai pu voir, soit à Madagdscar, soit dans le Sennar, n'aboutissaient exactement à aucun résultat. A Madagascar même , j'ai été témoin d'un résultat négatif très-remarquable. Le chef d'une peuplade malgache, alliée de la France, Tsiniiare, pour se débarrasser des importunilés d'un
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missionnaire , se fit instruire dans Tislamisme par des marchands arabes qui trafiquaient à la côte et em« brassa cette religion, ainsi que presque tous ses sujets.
La mission du Sennar, a cependant formé le projet d'établir une succursale sous le 4"" degré, dans le pays des Bary. Les bénéfices du- commerce de rivoire permettront aux missionnaires de faire les dépenses indispensables, et placés ainsi à une grande distance des autorités turques, il leur sera plus facile d'accomplir leur apostolat. La vertu et l'intelligence remarquables des prêtres qui composent cette mission leur ont déjà valu , dans de précédents voyages , l'amitié et le respect des populations qu'ils devront évangéliser.
La mission dont je viens de parler appartient à l'Église romaine, qui en entretient encore d'autres en Afrique. Je crois néanmoins que le protestantisme y a fondé plus d'établissements. Les missionnaires luthériens occupent une grande partie de la côte orientale de cette partie du monde , mais rien ne me porte à croire que leurs succès soient plus grands que ceux des catholiques qui sont , en général , animés de plus de zèle et possèdent cette émulation , cet esprit de corps et cette ambition qui distinguent les corporations religieuses.
nPUCAnoi SI la puicii n.
A U érolto da robtenrateur, «n arrière d'un angareb sur laquai sont assis le gouyemaurdu Gordotan at une autre peraoïuie, on toU arriver» au lieu fixé pour la halte , quelques esclaves dont le cou est saisi par une fourohe an bols qu'ils doivent soutenir avee la main; onremarque des ioldata à dromadaire } des Arabai baggara montés anr des bœufs; enfin, sur le premier plan, des esclaves, des soldats noirs qui montent la garde et quelques têtes coupées en arrière desquelles on voit la boucherie;
A la droite de l'observateur, les cuisines; 4 sa gauche, deux tentes; devant celle du gouverneur sont placés deux obusiers de montagne;
Au-*dessous dn baobab, da même oèté, sont suspendues à deux ehe^ valets des outres pleines que garde un factionnaire;
Un grai.d baobab ; des Arabes montés à la naissance des grandes branehcs, polaent, à l'aide d'un seau de cuir, de l'eau dans le tronc da l'aibre et laissent deaoendre les seaux Jusqu'à eaux qui les attendant au pied du baobab, et s'occupent à remplir les outres.
Ila"/lic IX. - tpi^ode d'une sli««» <iw^ ï« Cordofan,
GHàZWÀB. 471
GHAZWAS.
Ul II ilihai. -~ mmit éts gbnwas. - Cknwas de NrkeiKt-AII. -- EalèveMia yMVà d'escJiTes. — TraiieKit 4cs oclavcs lais le Soilai.
Parmi les pcn|)les iDUsuImans» la traite des noirs a toujoui^ été el est encore , de nos jours y alimentée par deux sources principales : les ghazwas, grandes chasses aux(|uelles des armées entières prennent part, el les enlèvements partiels d'enrants et de femmes, commis par des Arabes isolés. Chacune de ces dernières incursions ne livre à la traite que deux ou trois victimes , mais comme elles se répètent chaque jour et s'exercent sur toute la lisière fort étendue du territoire des nègres, il est à croire qu'elles ne four-^ nissent pas moins d'esclaves que les expéditions mili* taires les mieux dirigées.
D'après la loi musulmane, les vrais croyante ont le droit d'envahir les terres des infidèles dans le bot de les amener à la vraie religion ; car l'objet essentiel de toute guerre juste (djibad) est l'exaltation de la parole de Dieu , le triomphe de la foi et la répression do crime.
Trois sommations doivent être faites avant que l'attaque puisse avoir lieu et que la guerre devienne
légitime. Le cher de l'armée , parlant aa nom du khalife, c'est-à-dire du prophète, c'est-à-dire de Dieu, doit dire d^abord aux infidèles :
« Reconnaissez qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que Mohammed est son prophète. Adoptez Tislamisme, par cela seul vous deviendrez nos frères, et loin de vous combattre, nous vous protégerons au besoin. »
Si les infidèles rejettent l'islamisme, le chef musulman doit leur dire encore :
m Gardez votre religion , nous ne chercherons point à la détruire ni à vous détourner de la suivre , car le Livre saint nous dit : « Point de violence en matière de religion , la vérité se distingue assez de l'erreur n ; consentez seulement à payer un tribut qui constate votre soumission , et que nous regarderons comme le rachat de vos biens, de votre liberté, de votre sang. Vous deviendrez ainsi nos sujets ; mais tout en obéissant à notre souverain , vous garderez vos lois et vos juges , et, en échange du tribut que nous réclamons, vous serez, eu égard à votre infériorité religieuse , exempts de tout service militaire. »
Si cette condition est encore repoussée par les infidèles , on les somme de se rendre à merci, la guerre est déclarée; toutes les suites qu'elle peut entraîner sont justifiées aux yeux de la loi par l'obstination de l'ennemi. Le musulman vainqueur peut , s'il ne se lie par aucune capitulation , partager entre ses soldats le butin et les terres , réduire en esclavage leà prisonniers ou les égorger même s'il le juge convenable.
En réalité, il n'en arrive guère jusque-là; lorsqu'il a affaire à des chrétiens ou à des juifs, il se
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borne j en général , après la victoire , à leur imposer les conditions qu'il leur avait proposées en deuxième lieu ; il fixe le tribut qui , généralement , est minime , et, à moins de violer la loi, ne contraint pas les vaincus à changer de religion.
Dass deux cas seulement le général des fidèles est dispensé de toute sommation.
Le premier cas a lieu lorsqu'il s'agit de réduire des apostats. Leur retour à Tislamisme suffit à arrêter les conséquences de leur impiété , mais on n'est tenu vis-à-vis d'eux à aucun avertissement. Le deuxième cas est celui des Arabes idolâtres. Le peuple arabe ayant donné le jour au prophète Mohammed est, par cela méme^ plus saint et plus noble que tous les autres peuples r les Arabes ont été les premiers appelés ; le Coran est écrit dans leur langue : l'idolâtrie serait chez eux un crime énorme , et si ce crime pouvait ailleurs trouver quelque excuse , il ne mériterait jamais chez les Arabes la moindre commisération, la plus légère pitié.
Il est facile , d'après ce qui précède , de reconnaître que la manière dont les ghazwas se procurent des esclaves est on ne peut plus condamnable aux yeux de l'islamisme, et combien il serait injuste d'attribuer à cette religion un orime qu'elle est seulement im« puissante à prévenir.
Les nègres de l'intérieur de l'Afrique ne pouvant être considérés ni comme apostats ni comme Arabes ido* lâtres, la loi exige donc qu'avant d'envahir leur pays, l'armée musulmane se fasse précéder de la triple som* mation dont j'ai parlé.
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Il n en est cependant jamais question, et la raison en est que, mis en demeure d'embrasser Tidamisme ou de subir une invasion , les nègres ne manqueraient pas de prendre le premier parti. On ne pourrait plus aloi^ les réduire en esclavage et le bot de la campagne serait manqué, car ce n'est pas là une guerre religieuse , mais une guerre impie, qui ne se propose pas le triomphe de la religion , mais le pillage, la dévastation et la traite des noirs.
Les prisonniers faits sur Tennemi pendant une guerre légitime appartiennent au khalife qui peut , comme je Tai dit , les libérer et les soumettre au tribut, les réduire en esclavage et les vendre, enfin leur ôter la vie , s'il le croit nécessaire.
Ces captifs s'appellent ussera (sing. yessir); réduits en esclavage , ils prennent le nom de reguig ou rikik (sing. rikk).
Mais si la guerre était illégitime , c'estr-à-dire de la nature desghazwas, les captifs doivent être réputés libres, et l'on a seulement le droit de les inviter à embrasser l'islamisme et à payer le tribut; leur refus d'accepter ces conditions peut seul justifier d'autres mesures.
Tout ennemi d'ailleurs qui , avant d'être fait prisonnier, proférerait la profession de foi musulmane, ne pourrait plus être considéré que comme rebelle et devrait être traité avec bienveillance; on devrait lui rendre ses armes dès qu'il aurait déclaré no plus vouloir s'en servir contre les fidèles (<).
(I) Quant à la conversion postérieure à la perte de la liberté,
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Il est inutile de faire observer que les promoteurs de la chasse aux nègres méconnaissent toutes ces lois ; il arrive môme très-souvent que , trouvant quelque difficulté à s'emparer des noirs infidèles , ils se rejettent sur ceux qui professent Tislamisme. C'est ainsi que Mobammed-Ali avait autorisé tacitement les Arabes Baggara à faire sur le Darfour le nombre d'esclaves nécessaires à Tacquittement de leurs impôts.
Les ghazwas dirigées par les noii*s musulmans contre les noirs païens, ont tantôt lieu sous le patronage immédiat et obligatoire du prince , comme cela se pratique dans le Waday, tantôt elles sont entreprises à leurs risques et périls par des chefs audacieux y auxquels leur renommée et Tappàt du butin ont bientôt formé une troupe.
Ces expéditions s'appellent aussi salatieh (1). La colonne d'attaque , profitant de la saison sèche , se met en marche, préludant à ses sauvages exploits par le pillage de son propre pays. Api*ès un mois de marche , elle atteint les frontières du Soudan idolâtre. A son approche les villages sont abandonnés , elle les brûle; les populations prennent la fuite, elle s'élance à leur recherche, les traque et les atteint.
il est toujours permis de la considérer comme infirme, et elle ne saurait valoir à un esclave sa liberté , puisqu'il serait toujours à craindre que, redevenu libre, il n*abjuràt Hslamisme, ce qui serait le plus grand de tous les crimes.
(1) Ce mot signifie prières et bonnes œuvres ; ainsi ces mots : « Ellazina yéqimouna es salata, » peuvent également se traduire par : ceux qui se dressent pour la prière ; et par : ceux qui se lèvent pour la guerre sainte.
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Quelquefois uq village placé sur le sommet d*un roc inaccessible 9 abondamment pourvu de grain, cherche à leur opposer quelque résistance ; ie blocus est alors décidé^ les puits, les sources situées dans la vallée sont gardés avec soin. Ceux des assises que les tortures de la soif y conduisent sont immédiate-ment saisis et garrottés ; bientôt toute la population envie leur sort et se rend. Un peu d^eau paye sa liberté, et sans verser une goutte de sang, sans perdre une tête de ce bétail humain, la ghazv^a se trouve terminée.
Il est cependant des noirs aux yeux desquels la perspective d'une transportation lointaine , d'un dur esclavage , la crainte de servir de pâture à leurs ennemis paraissent si effroyables , quMls n'hésitent pas à préférer , à l'avenir qu'on leur préparait , les longues angoisses, l'horrible agonie de la soif et de la faim. Ils s'étendent sur la paille de leur cabane et at tendent, sans proférer une plainte, la mort qui bientôt doit terminer tant de soufiVances.
Les envahisseurs , s*aperoevant souvent alors que le village n'est plus défendu ni gardé, se hasardent à y pénétrer , et parmi les cadavres déjà froids de leurs victimes, ils cherchent à reconnaître ceux qu'il est encore temps de rappeler à la vie ; la charité qu'ils déploient dans l'accomplissement de cette rechercha ne dépasse pas celle du garde qui recoud ses chiens après la mort du sanglier. Le marchand connaît tout ce qui est relatif à son commerce et les chasseurs de nègres possèdent au plus haut degré l'art de ranimer les victimes de la soif et de la faim. Ils savent, ^i elles
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y opposent lé refus le plas obstiné , en triompher en leur bouchant les narines f en introduisant dans leur bouche un instrument de bois ou de fer qui les oon«* traint à l'ouvrir ; ils y jettent rapidement de Teau , de la farina , du beurre fondu , qu'ils poussent avec les doigts dans le gosier de ces malheureux.
Les négriers européens, plus habiles, plusingé^ nieux , emploient à cet usage un instrument de fer qui s'ouvrant après avoir été introduit dans la bouche , facilite cette inglutition d'aliments, qui ne se pratique en France que sur les dindons ou les canards.
Mohammed-Ali , qui fut réellement un héros et un grand homme , qui se créa un empire tandis que son rival Mahmoud ne savait que perdre le sien, n'a pas mérité cependant les éloges prodigués à sa philanthropie par des voyageurs qu'il comblait de prévenances, et qui ne voyaient de l'Egypte que ce qu'il leur en montrait (1).
La critique a fait justice de ces éloges, et il ne faut pas s'étonner si, dans un travail consacré à l'examen de la traite des noirs, le nom deMohammed-Âli se pré-
(i) G*6Bt à Mohammed-Ail qu'est due cette admirable sécurité dent Jouit encore l'Egypte , et que les- provinces turques ne con* naissent pas. Mais entraîné par une aveugle ambition, il réVa trop de conquêtes : les bras manquaient à la terre , il en trouva pour porter les armes ; 11 expropria son peuple pour payer ses victoires et prodigua sans mesure le sang et les richesses de l^Ëgypte. Une telle politique n'a qu'un temps, parce que les armées s'usent et que les trésors s'épuisent. Son successeur actuel ne pouvait évidemment la continuer : il a fait mieux peutêtre, 11 a amélioré le sort de son peuple , sans se préoccuper de ce que diraient de lui les étrangers.
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sente soos ma plume. Il était le promoteur de ces expéditions militaires qui, chaque année, quittant le Gordofan sous les ordres d'un colonel, n'y revenaient après quelques mois qu'en poussant devant elles plusieurs milliers d'esclaves. Le nombre de ces esclaves devint si considérable , que ne pouvant tous les vendre, on conçut l'idée d'en former des régiments. Les maladies décimèrent ces juments mal vêtus et plus mal nourris , et le pacha d'Egypte ne conserva de soldats noirs que dans les garnisons du Soudan.
Les ghazwas de Mohammed-Ali avaient ceci de pariculier, qu'elles accomplissaient un acte sauvage avec toutes les ressources de la tactique la plus avancée. L'artillerie y jouait son rôle plus bruyant que meurtrier, car c'était une guerre où l'on ne tuait pas , une conquête qui se terminait par l'encan. Arrivé près des montagnes occupées par les noirs, le chef de l'expédition les faisait cerner , le cercle formé par les troupes se rétrécissait, on se rapprochait des villages, le canon chargé à poudi^ grondait, une fusillade tout aussi innocente achevait de terrifier les nègres, et l'on montait à l'assaut. Quelquefois on avait à vaincre une certaine résistance , la baïonnette en faisait justice ; d'autres fois les noirs se réfugiaient dans les cavernes où ils renferment d'ordinaire leurs provisions de grain , et refusaient obstinément d'en sortir : un sac de cheteta , ou piment rouge , était alors lancé par les soldats dans le souterrain , on tirait sur le sac quelques coups de fusils, et les malheureux noirs, asphyxiés par la poussière acre du piment qui péné-
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trait dans leur nez , dans leur boacbe , dans leurs yeux j étaient contraints à se rendre.
Après la victoire on comptait les esclaves et on les inscrivait, un médecin habile pansait leurs blessures, des aliments de bonne qualité leur étaient distribués, afin que la gourmandise ftt taire leur désespoir : on se reposait un ou deux jours avant de partir, le commandant de Texpédition mettait en liberté le chef du village et quelques couples, afin que le repeuplement pât avoir lieu et que quelques années pFus tard le pays fût de nouveau mûr pour une ghazwa. Des branches fourchues de quatre à cinq pieds de longueur avaient été coupées dans les bois, on liait une de ces fourches sur le cou de chacun des nouveaux esclaves , et de la main il devait en soutenir le manche toujours prêt à tomber sur ses genoux , ainsi empêtré il ne pouvait songer à prendre la fuite. On se mettait alors en marche ; les cavaliers , armés de cravaches , poussaient devanteux ce bétail à face humaine; de nuit on liait ensemble les noirs, et quelquefois, en marche, si, épuisés de fatigue, quelques esclaves refusaient d^avancer, se couchaient par terre et appelaient la mort, en se bornait à leur passer une corde au cou, au bras, à la jambe, un cavalier en fixait l'extrémité libre au pommeau de sa selle, et bon gré mal gré, furieux ou épuisé, vivant ou mort, l'esclave marchait, rampait ou traînait sur le sable.
Parmi les esclaves il y en avait de vieux , d'infirmes; les soldats, qui craignaient qu'on en fit leur part de butin , n'épargnaient rien pour que leurs cadavres restassent en route, et il ne leur était pas difii-
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cile d*y parveoir. Quaot aux filles noirea , on comprend ce que leur vertu avait à souffrir pendant la route, et surtout pendant la nuit. Il leur était difficile de goûter un instant de sommeil, ou môme de repos^ et les officiers» tout en donnant à leurs addats Texemple de la paillardise, ne pensaient pas sans inquiétude à la colère que pourrait éprouver Mo«* hammed*Âli s'ils venait à savoir que ses soldats faisaient si bon marché de la virginité des négresses, une chose qui avait sa cote, et dont le prix devait rentrer dans les coffres du maître de TÉgypte.
Mohammed-Ali avait accueilli en Egypte un prôten-* dant fourien du nom d*Abou-Mediaa. Ce prétendant , sans cesse préoccupé du désir de rentrer en maître dans le Darfour, faisait au vice-roi la cour la plus assidue. Sollicitant le concours des troupes égyptiennes, il est à croire qu'il offrait en échange de se soumettre , une fois sur le trône , à un tribut annuel de quelques millier^ d'esclaves. Toujours est-il que Mohammed- Ali promit de l'aider *et préparait déjà une expédition dans ce but, lorsque les agents européens accrédités auprès de sa personne, et surtout le consul d'Angleterre, comprenant qu'il ne s'agissait que d'une ghazwa gigantesque, d'un accroissement énorme de la traite, s'opposèrent avec fermeté à l'exé* cution de ce projet et parvinrent à en détou^sper le vice-roi.
Ses ghazwas mêmes du Gordofan devinrent bientôt Tobjet d'une si sanglante critique , de si vives récria minations, qu'il se vit obligé de les suspendre* Il se contenta dès lors de faire accomplir par ses soldais
GHàZWàS. 481
ce qu*on appelle vulgairement la contre-traite. Chaque année, au lieu d'aller chercher dans le pays des noirs les esclaves que le.maitre demandait, on se bornait à quelque expédition contre les pasteurs arabes*^ les Baggara surtout , qui n'acquittent pas toujours leurs impôts, étaient et sont encore Tobjet principal de ces poursuites; comme ils possèdent, outre un bétail considérable , un grand nombre d'esclaves , on peut dans une bonne année leur enlever quelques milliers de boeufs, de chevaux, de chameaux, et de mille à douze cents esclaves. J'ai assisté en 1850 à une ghazwa semblable , qui eût été continuée dans le pays des noirs si l'attitude ferme de ces derniers et Tabon* dance du butin déjà fait n'eussent engagé le gouverneur du Cordofan à terminer plus tôt l'expédition. Le gouvernement égyptien , recevant de plus pour le payement des contributions et pour le rachat du seryice militaire un grand nombre d'esclaves , cette in« dustrie n'a que très- peu souffert des mesures prises en dernier lieu par Mohammed-Âli.
Un seul acte du gouvernement de ce prince a pu contribuer sensiblement à réduire l'effectif de la traite : ce dontlesdroitsassezélevésdontila, pendantlesdernières annéesdeson règne, frappé la marchandise humaine, et que les djellabs doivent acquitter dans la haute Egypte.
Je doute fort qu'une philanthropie généreuse ait inspiré cette mesure, prise fort tard, alors que l'Egypte était encombrée d'esclaves, dont le nouveau tarifa fait monter le prix vénal , non peut-être sans quelque bénéfice pour Mohammed-Ali. Ce prince, engagé dans une lutte que l'intervention de l'Europe rendait
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inégale , avait befioin d'argeat : n*ayant riea laissé à son peuple » il se vit obligé de chercher à ses revenus quelque source oubliée, et un esprit de fiscalité avide lui fil établir ce tarif, corome il lui avait fait établir, à son avènement , le ferdet er rous et^le kharaci^en-nakhU
Les Arabes sur lesquels s'effectuent encore les ghazwas se procurent des esclaves soit en entrepre* nant, au nombre de deux ou trois cents, de petites campagnes , soit en pénétrant isolément , et à la dé* robée ; dans la région occupée par les noirs. Ce que j'ai dit déjà relativement aux goums arabes me dis* pense de revenir sur ce sujet ; il ne me reste à parler que de la chasse individuelle. Je vais tâcher d*en don* ner en quelques mots Tidée la plus exacte.
On sait que le Soudan tout entier n*est qu une vasle forêt interrompue seulement çà et là par des clairières, de grands marécages, des plateaux élevés et arides ou des montagnes sur lesquelles Teau ne s'arrête pas et aux flancs desquelles la végétation ne saurait s'accrocher. C'est dans ces bois touffus , ces taillis épineux que se glisse l'Arabe, tantôt à cheval, tantôt à pied , tantôt seul , tantôt accompagné de deux ou trois de ses amis; sans être signalé ni vu , il s'approche des clairières humides où paissent les troupeaux des nègres; quelques enfants conduisent et surveillent les bœufs, il s'embusque et lesguette; lorsque la nuit s'approche ou que le jour ne brille pas encore, il saisit le momeât favorable, s'élance sur sa proie, étouffe ses cris et disparait avec elle dans les broussailles. Sa fuite est plus rapide encore que sa
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venue n'est soudaine, et quand l'alarme eat donnée il e§t d^à trop loin pour qu'on puisse Tatteindre. En deux ou trois jours il a regagné sa tente et rêve de nouvelles captures.
S'il est pourvu d'une bonne jument , il s'approche quelquefois des villages , il a soin d'arrjver à peu de distance du puits une ou deux heures avaot le jour, il cache sa jument derrière un buisson ou derrière un rocher, s'embusque lui-même à quelques pas de l'aiguade et attend.
Bientôt il voit les jeunes filles sortir du village, descendre le coteau et s'approcher du puits pour y remplir leurs jarres ; il en choisit uue , aussi prompt que l'éclair se précipite sur elle, la charge sûr ses épaules, la porte en courant jusqu'à son cheval, la lie solidement, saute en selle et galope.
Aucune parole ne saurait peindre la stupeur, le dé-* sespoir , l'effroi de ces enfants , de ces filles dans ces tristes moments, qui sont le début de leur captivité. L'Arabe cherche à les rassurer chemin faisant; mais les liens qui meurtrissent leur chair, la fatigue d'une course impétueuse neleur rappellentquetropleurtriste situation. Que veut-on faire d'eux ? Ils ne le savent pas ; mais ils croient vaguement qu'ils seront égorgés et que des maîtres féroces s'abreuveront de leur sang, se repaîtront de leurs entrailles fumantes.
Telle est Vidée qui domine et trouJble l'esprit de tons les nouveaux esclaves. En vain ^on cherche à apaiser leurs craintes, à leur inspirer de la confiance,: le premier tarbouch qui s'offre à leurs regards ranime leurs vaines terreurs : Vois , se disent-ils l'un à Tau-
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Ire, ce bonnet rooge ; il est teint da sang de nos pareils. Notre sang servira au même usage ; noas serons déchirés par le fer, brûlés par le feu ^ et ils nous feront servir à leur festin.
Ne pouvant enlever à leurs esclaves cette préoccupation constante , ceux qui les ont pris finissent quelquefois par leur dire que les blancs seuls recherchent leur chair et que pour le moment ils n'ont rien à craindre.
Les djellabs renchérissant encore sur les Arabes , leur assurent qu'ils n^ont rien à craindre des Turcs, et qu'il n'y a absolument que les Européens qui aient la coutume de manger leurs prisonniers, cette pratique faisant partie de leur religion. Je me rappelle à ce sujet que me trouvant un jour à Djedda , devant l'okale des djellabs, occupé à regarder quelques enfants Gallas qui jouaient sur la porte , le consul anglais, coiffé de sa casquette à galon d'or, vint à passer dans la rue : Mon père, dit un des petits noirs à un djellab qui se trouvait là, quel est donc cet homme qui passe et qui s'habille autrement que les autres? — C'est un Franc, dit le djellab. Cette révélation terrible fut comme un coup de foudre ; les enfants s'enfuirent en courant dans la cour de l'okale : Yoilà l'anthropophage, disaient-ils; il va nousmanger ! Il va nous manger !
Si le consul m'eût vu, il se fût peut-être approche de moi , et Dieu sait alors jusqu'où aurait été la ter* reur de ces négrillons mal inspirés. Heureusement, il passa fort tranquillement sans rugir, sans aiguiser ses dents, sans menacer du regard et ne se doutant
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probablement goère de Tefifet qu'avaient produit son approche et des appétits qu'on lui attribuait si bénévolement.
On comprend que ces craintes se dissipent facilement d'elles-mêmes 9 après quelques mois de voyage ou de séjour dans les contrées musulmanes, et que ceux qui les avaient le plus vivement ressenties ne tardent pas eux-mêmes à en rire de bon cœur , en même temps qu'à se féliciter d'une servitude généralement très-douce et préférable de beaucoup à la sauvagerie de leurs pères. Aussi estril bien peu d'esclaves employés dans la domesticité des Égyptiens ou des Turcs qui consentissent à retourner dans leur pays.
Quoi qu'il en soit , tous les esclaves ressentent indistinctement une horreur invincible pour ceux qui les ont enlevés ou vendus. Les Arabes , les Nubiens , les Fezzanais qui font ce commerce leur sont également odieux 9 et dès que l'esclave se sent soutenu par un maitre puissant , il ne perd aucune occasion de vexer ou de maltraiter les individus de ces races intermédiaires qui ont le malheur de tomber sous sa main. J'ai vu des noirs parcourant avec leur mattre turc le pays où ils avaient été vendus une quinzaine d'années plus tôt , devenir , de doux et de tranquilles qu'ils avaient toujours été, insolents , querelleurs et féroces.
Leur mattre , qu'ils écoutaient toujours avec respect , ne parvenait à les contenir qu'en sa présence , et chaque jour quelque nouvelle violence de leur part lui amenait de nouveaux désagréments. Jamais, toutefois, les Turcs ou les Egyptiens n'avaient à se plain*
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dre d*eax , et je ne les ai jamais vas si empressés pour moi que quand ils venaient de rosser qnelque Arabe ou de casser la tête à quelque marchand d'esclaves:
Il me reste à parler dn régime auquel sont soumis les esclaves dans la demeure des traitants et de Texistence qui est faite dans le Soudan musulman à ceux d'entre eux qui n'en dépassent pas la limite.
J'ai dit que l'esclavage était chez les musulmans une adoption pleine de bienveillance ; mais ici , je dois me reprendre ou plutôt établir une distinction entre le Soudan et le reste des contrées musulmanes.
On comprend , en effet, que les sentiments élevés, généreux, humains, que peuvent éprouver des Turcs ou des Arabes pour l'enfant qu'ils adoptent plutôt qu'ils ne l'achètent, ne sauraient se retrouver au même degré chez les pourvoyeurs et les courtiers même de ce commerce. Le Turc ne vend pas son esclave : il l'élève, le garde, l'émancipé, le dote, le marie.
Le Nubien , au contraire , n'acquiert d^esclaves que pour les revendre; c'est, à ses yeux, une marchandise, un bétail, une monnaie. S'il en possède une cinquantaine de l'un et de l'autre sexe, il les accouple sous ses yeux et livre au commerce les produits de son haras dèè qu'ils peuvent se passer des soins de leurs mères. S'il ne possède que des femmes, il les loue moyennant une dizaine de francs par mois à des soldats turcs , égyptiens , à des blancs de préféreace« Dès que ces filles deviennent enoentes, il les remj^aoe par d'autres et les reprend. Il obtient ainsi des mu** làtres dont la qualité est de beaucoup supérieure à
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celle des Abyssiniens, dont la couleur claire promet an prix élevé. Tout pour lui est matière à commerce, et il ne dédaigne pas d* ajouter quelquefois sa propre progéniture à rassortiment de son magasin.
L'esclave est sa monnaie ; l'argent ne manque pas précisément dans le Soudan , mais Tesclave a sa cote au marché, et Técoulement en est toujours facile» Aussi toutes les marchandises s'évaluent-elles en tètes de noirs : les tributs et les contributions ne s'acquit** tent guère autrement. L'homme appelé sous les drapeaux se libère en fournissant un esclave; le débiteur abandonne le^ siens comme gage entre les mains de son créancier, qui , ne sachant qu'en faire , les occupe à creuser des puits.
Le gouvernement égyptien ne paye pas autrement ses employés dans le Sennar, le Fazogl, le Cordofan, et l'officier traîne sa solde au marché. Quelquefois son compte est plus compliqué : il reçoit des chameaux, un ou deux bœufs, deux ou trois vieilles femmes. Il faut qu'en sortant du divan où il a touché sa paye, il mène en laisse les uns, pousse les autres, attache celui-ci , empêche de brouter celui-là. Son rôle, dans ce moment, tient du gendarme et du berger : c'est un sergent de ville pastoral , dont la tâche n'est pas facile et dont l'embarras serait risible si, derrière cette grotesque situation, il n'y avait un acte de cruauté profonde et de cynisme brutal.
La facilité extrême , le bon marché avec lesquels on acquiert des esclaves dans le Soudan font que tout le monde en possède, que leur perle devient peu sensible et que dès lors on ne fait que peu de cas
de leur santé, de leur vie, qu'on ne prend d*enx aucun soin; malades on les abandonne , estropiés on les tue 9 morts on jette leur cadavre hors de la ville et les hyènes le font disparaître.
Le spéculateur avide vent augmenter la valeur de son bien , aucun crime ne Tarréte : il saisit Tenfant qu*il vient d'acheter y Témascule d*un coup de rasoir, frotte avec le suc de quelques herbes la plaie saignante, ensevelit jusqu'au cou sa victime dans le sable brûlant qui entoure sa hutte, et attend, pour Ten retirer, que la guérison s'opère. Quatre enfants sur dix succombent d'ordinaire à cette opération, qui, si elle est pratiquée par une main très-exercée, est cependant moins dangereuse. J'ai même vu six esclaves appartenant au cachef d'Abou-haras , dans le Cordofan, qu'à la suite d'un complot tramé contre la vie de leur matlre, ce dernier avait fait émasculer; tous étaient pubères lorsqu'ils subirent cette mutilation , aucun cependant ne mourut : leur caractère changea entièrement et la soumission qu'ils montrent aujourd'hui diffère d'une façon remarquable de l'esprit de rébellion et de vengeance qui les animait auparavant.
Cette barbarie avec laquelle sont traités les noirs esclaves dans le Soudan amène souvent de terribles représailles. Il estd'autant plus facile aux esclaves de se venger que leur pays, étant peu éloigné, leur offre un refuge assez sûr. C'est là le motif qui oblige si souvent à leur faire porter à la jambe une lourde chaîne, à leur passer aux chevilles une sorte de double anneau, de la forme d'un 8, d'un S, ou dont les deux:
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parties principales sont réunies par une pièce droite et quelquefois par une chatne. Les maîtres ont si peu de confiance dans leurs esclaves qu'ils ne dorment ja* mais sans fermer et barricader leur porte , il est même assez commun dans le Soudan qu'un homme riche ait plusieurs huttes situées dans Tenceinte de son -harem. Il couche rarement deux nuits de suite dans la même et a soin de cacher à ses esclaves celle dont il fait choix.
Le chef Hatita le disait naïvement à Denham^ et j'ai bien souvent été témoin moi-même de cette précaution, qui montre que le crime trouve souvent en luimême, à défaut de remords , l'inquiétude et le châtiment.
Une année environ avant mon arrivée dans le Gordofan , un employé du gouvernement égyptien , partant de Lobéidh pour se rendre à Khartoum , et ayant besoin pour ce voyage d'un serviteur de plus , pria un habitant de Lobéidh de lui prêter un de ses esclaves; cet habitant lui confia un noir nouba, jeune et robuste , qui s'était toujours montré plein de sou* mission et d'empressement pour lui ; il recommanda seulement au voyageur de le bien traiter pendant la route et lui assura que dès lors il n'aurait jamais à s'en plaindre. L'employé partit avec sa petite troupe qui pouvait être de sept ou huit hommes ; tous étaient à dromadaire , lui-même en montait un de race bycharienne, dont la vélocité était bien connue dans le pays.
Dès le premier jour, l'esclave ayant commis quelque oubli ou quelque maladresse très-pardonnable ,
son nouveau maître lui fil administrer cinquante coups de cravache. Le Nouba les reçut sans rien dire et se releva sans se plaindre. Une nouvelle faute lui attira le deuxième jour un châtiment semblable. Le dépit, la colère firent germer dans son cœur le désir de se venger; il contint Texpression de sa haine , baisa la main de celui dont il eût voulu percer le cœur et médita sa vengeance. La nuit ne tarda pas à lui en fournir l'occasion. Arrivé à la couchée, on dressa la tente du maître, on prépara son repas; il soupa, les serviteurs sou pèrent, les chameaux reçurent le grain, on fixa les tours de garde , et, sauf celui qui prit la première garde, tout le monde se fut bientôt endormi. Le Nouba s'endormit comme les autres; sa garde tombait la dernière , les deux heures qui précéderaient le jour lui appartenaient sans partage* Son tour vint, et celui qui le réveilla , s'enveloppant d'une peau de mouton , ne tarda pas à sommeiller à son tour.
L'esclave se vit seul , l'heure de la vengeance était venue pour lui. Sans faire de bruit, il pénétra dans la tente, saisit le sabre de l'employé, le tira, et avant que son ennemi eût le temps de pousser un cri , il lui coupa la gorge et les artères du cou. Il passa alors sur son épaule le cordon du fourreau, dans lequel il replaça le sabre, garnit de pistolets sa ceinture, s'arma d'un fusil et sortit de la tente. En un instant il avait sellé pour lui le dromadaire bychari , et, sans éveiller per^ sonne , il disparaissait dans le désert.
Un moment avant l'aurore, les serviteurs se levèrent, il était tem|)s d'éveiller leur maitre et de fiartir.
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On fit lever d'abord les chameaux , mais le dromadaire avait disparu; peut-être pendant la nuit avait-il brisé ses entraves et s'était-il éloigné pour paître. L'esclave manquait aussi , sans. doute il cherchait le dromadaire et le ramènerait bientôt; il valait mieux ne pas éveiller de suite un homme sévère , que cet événement mettrait hors de lui. On attendit une demi-heure, une heure, rien ne reparaissait; le maitre s'irriterait encore plus de n'avoir pas été averti : on se hasarda à soulever les rideaux de sa tente et le soleil levant éclaira son cadavre plongé dans une mare de sang. Alors on se rappela les violences des jours précédents , le silence de l'esclave : on comprit le crime et la fuite. Quelques-uns , suivant les traces laissées par le dromadaire sur le sable, s'élancèrent à sa poursuite ; ils ne purent l'atteindre , et sans doute il gagna ses montagnes » car on ne Va pas retrouvé depuis et le dromadaire n'a été vu sur aucun marché.
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