TRAITE ET ESCLAVAGE MUSULMANS
BdeT« le U tnHe. — M fA régtoMi rcKliTage. — latvc et rodaufe «km. ta csdava bUia.
C'est en vain que la loi musulmane eût tenté dV bolir Tesclavage. Cette institution, consacrée en Orient par les siècles , est plus forte que 'toutes les lois ; mais si Tislamisme ne Ta pas condamnée , il ne Ta du moins pas passée sous silence. U est intervenu pour adoucir la condition de Tesclave, faciliter sa libération, rappeler au mattre l'étendue de ses devoirs et mettre des limites à sa puissance. Cette puissance est bien grande encore telle que la consacre le texte de la loi , mais Tesprit de cette loi suffit à arrêter les abus que le législateur ne serait pas toujours à même de réprimer; aussi m*arréterai-je moins à Texamen de la loi elle-même qu*à celui de )a situation faite aux esclaves dans les États musulmans.
D'après la loi le musulman libre peut posséder des esclaves mâles ou femelles en nombre illimité : ce sont ou des prisonniei-s faits sur les idolâtres, ou les enfants nés de parents captifs.
Il a sur eux un droit absolu de propriété, n'est
TRAITS BT ESCLAVAGE MUâUUlAMS. 49S
soumis s'il les blesse ou les tue qu'à uue peine correclionnelle, dispose de ce qu'ils peuvent acquérir, peut cohabiter avec ses esclaves femelles, pourvu que ces esclaves ne soient pas idolâtres.
Il ne saurait vendre séparément la mère et l'enfant ; s'il reconnaît pour sien Penfant de son esclave , cet enfant est réputé libre, ainsi que tous ceux qui jiaitront après lui de la même femme. Quant à la mère, il ne peut plus ni la donner ni la vendre, et s'il vient à mourir elle est libre.
L'enfant légitimé ainsi a les mêmes droits que ceux nés dans le mariage, à la succession paternelle.
Le patron peut habiliter son esclave ; ce dernier est apte dès lors à se livrer au commerce , à exercer une industrie pour son propre compte , etc. ; ses profits lui appartiennent en entier, mais il est responsable de ses dettes et ses créanciers ont le droit de le vendre s'il n'est pas à même de s'acquitter vis-à-vis d'eux.
Le patron majeur et sain d'esprit peut toujours affranchir son esclave, il n'a pour cela qu'à lui dire : Tu es libre.
Il peut l'affranchir à titre gratuit ou à titre onéreux (kitabet). L'esclave qui ne veut pas se racheter ne saurait toutefois y être contraint.
L'affranchissement peut être vague ou incomplet, la loi en dislingue plusieurs sortes. J'ai déjà cité Taffranchissement maternel (isstilad), qui ne reçoit ses pleins effets qu'à la mort du patron, et l'affranchissement à titre onéreux. Je citerai encore l'affranchissement testamentaire (tedbir) , en vertu duquel l'esclave est déclaré libre à la mort de son maître , pourvu que
494 US noms couNiiate.
sa valeur vénale Q*excède pat la qooUté disponible de la succession de celui-ci (le tiers); s'il en est au* trement l'esclave ne devient libre qu'après avoir ac« quitté le surplus de sa valeur.
L'affranchissement d'un esclave est toujours un acle méritoire , la loi religieuse l'impose souvent en expiation de péchés graves, tels que l'inobservance du jeûne pendant le ramadhan, etc.
Les moeurs sont plus favorables aux esclaves que la loi.
Trois jours sont accordés à celui qui achète on esclave pour s'assurer que celui ci n'est affecté d'aucun, vice rédhibitoire , tel que maladie chronique ou incurable, démence, incontinence d^ urine, etc.
Ces trois jours écoulés, le marchand reçoit le prix convenu et le maître s'occupe de former son nouveau serviteur.
Il le traite d'abord avec peu de bienveillance et de ménagements, afin de lui inspirer de la crainte et de l'habituer à la soumission ; peu à peu cependant, et à mesure que l'esclave se forme, le maître se relâche de sa sévérité , ne lui parle plus qu'avec douceur, lui témoigne de l'intérêt , l'habille convenablement , lui accorde de temps à autre quelque petite gratification, lui fait donner quelque instruction , évite enfin , à moins de faute grave , de le maltraiter et surtout de le maltraiter publiquement.
L'esclave de son côté s'attache à son maître, le sert avec dévouement, se préoccupe de ses intérêts, qu'il s'habitue à regarder comme les siens propres; il s'identifie à son maître , dont il devient Tœil et le
TRAITE HT BSCLAVÀUIt MUSULMANS. 49r*
bra8y et qui ne tarde pas à lui confier la direciiou de sa maison et à se reposer sur lui de tout le détail de ses affaires. L'esclave est alors un personnage important , les domestiques tremblent devant lui , les marchands du bazar cherchent à capter ses bonnes grâces, afin de s'attirer par lui la pratique du maître, lui font mille politesses, Tinvitent quand ils le voient passer à s'asseoir un instant dans leur boutique , lui offrent le café, la pipe, le narguileh, et on comprend que si le maitre est un pacha , un général , un gouverneur de province, Tesclave qui possède sa confiance est courtisé par de plus hauts personnages encore que de simples marchands , et que dans un pays où la vénalité est à Tordre du jour, il doit trouver l'occasion de vendre plus d'une place ou plus d'une faveur, ^ sauf à en partager le prix avec le maitre qui tolère ce désordre.
L'esclave devenu majeur est marié et doté par son maitre, qui rémancipe souvent et le garde néanmoins auprès de lui. Vendre son esclave, à moins que cet esclave ne soit un homme indomptable ou dangereux, c'est le dernier degré de la honte. Si l'on n'en peut venir à bout , on préfère même en général le chasser de chez soi ou le donner à l'État , qui en fait un sol* dat. Le musulman qui a perdu sa fortune, qui se voit réduit à la dernière extrémité , vend d'abord sa maison , puis ses chevaux , puis ses armes , puis enfin ses esclaves , s'il ne peut plus les nourrir, et encore ne le fera<-t-il pas si ceux-ci viennent lui dire qu'ils sont prêts à s'accommoder de sa misère et qu'ils l'aideront à en sortir.
496 LES NOUS COLOMlSÉS.
Les filles esclaves ne sont en général pas moins bien traitées que les esclaves mâles. Lorsque leur maître n*a pas d'autre femme dans sa maison , elles y commandent sans partage; mais s^il est marié, que sa femme soit jalouse , méchante , et Tesclave jolie , le sort de cette dernière devient insupportable , car le mari musulman ^ qui est le plus pacifique deà maris , ose rarement se révolter contre le despotisme de sa femme.
Beaucoup de chrétiens et d*israélites possèdent en Orient des esclaves noirs. Malgré la différence religieuse qui sépare ces derniers de leurs patrons, et la méchanceté publique qui la leur rappelle sans cesse pour leur en faire honte, ils montrent en général de rattachement pour leurs maîtres, surtout ceux qui sont au service des israélites, toujours plus généreux • et plus bienveillants pour leur entourage immédiat que les chrétiens, et surtout que les chrétiens européens , qui ne comprennent pas assez que Tesclave est un orphelin auquel son maître doit tenir lieu de famille, et non une brute qu'il faut battre et un rouage qu'on peut briser.
IjOS musulmans ne donnent pas d'ordinaire à leurs esclaves noirs (1) les noms des prophètes ou des attributs de Dieu, parce que la majesté de ces noms semble exiger dans celui qui les porte la plénitude de
(1) Les esclaves blancs font exception à cette règle ; on leur donne , du reste , plutôt encore des noms tirés du persan que des noms empruntés à Thistoire sacrée, tels sont ceux de Pertew, de Khourchid.
TRAITS ET BSCLAVAQB HtS^ULMANS. 497
ses facoltés et la libre disposition de lui -même , parce qu'enfin la conversion postérieure à la perte de la liberté ne saurait être regardée comme spontanée et pourrait même n'être pas sincère. Mais les noms qu'ils leur donnent n'ont rien qui puisse blesser leur amourpropre : ils les appellent Serour (joie), Merzouk (le favorisé) y Mabrouk (le béni), Rihan (basilic), Mourdjan (corail), etc.; on encore Bellal, du nom de l'esclave abyssinien du prophète Mohammed , qui fut le premier muedden de Tislamisme ; et Seïd , du nom d'un affranchi du même prophète, et le seul de ses disciples dont le nom soit mentionné dans le Coran.
Les femmes portent des noms analogues , tels que Zaffaran (safran;, Myriem (Marie). Outre la mère de Jésus, on connaît dans la religion musulmane une Marie qui fut l'esclave du prophète : elle lui avait été envoyée en présent par Mocaoucas, et lui donna un fils du nom d'Ibrahim, qui mourut en bas âge.
Tel est le régime de l'esclavage chez les musulmans. D'une institution dont l'origine est barbare, ils ont fait une institution bienveillante et féconde. Un tel fait suffit à faire l'éloge de la religion et du peuple au sein desquels il a pu se produire. Le maréchal Bngeaud l'appréciait de même et a rendu une éclatante justice à l'humanité des Arabes , dans une lettre adressée par lui à M. le duc de Montmorency, et dans laquelle il se prononçait pour le maintien de l'esclavage en Algérie.
Je ne puis résister au désir de dire ici quelques
498 LES NOIRS COLONfSfiS.
moto des esclaves blancs , bien que cela poisse paraître étranger au sujet que je traite. Les esclaves blancs du sexe masculin sont connus sous le nom de qiamelouks (pluriel memalik), qui est le participe passif 9 ou le nom de patient, du verbe malaka , il a possédé. Les ftlles blanches portent, en Turquie » le nom de kbalaïk, comme les filles noires.
Les mamelouks proviennent surtout du Caucase , et plus particulièrement de la Géorgie et de la Circassie.
Il y a , entre le Géorgien et le Circassien , la même différence morale qu'entre l'Abyssinien et le nègre fertit : le Géorgien est doux, généreux, fidèle; le Circassien est féroce, vindicatif, enclin à là trahison ; aussi un proverbe turc dit*il , eu parlant des (émmes du Caucase :
Tcherkess bouiouni kess , bir ptn stmes , 99uiYiji kharadj padiflchah un.
(La Gircassienne, il faut lui trancher la tète, elle ne vaut pas un para ; mais la Géorgienne est digne d*élre offerte en présent à un empereur.)
Les Caucasiens ont les vices des Grecs, mais, comme ies Grecs, ils rachètent ces vices par une énergie et une bravoure que rien n'émeut. Ce sont des montagnards, des hommes primitifs, presque des sauvages; tout est grand chez eux , la vertu comme le crime. La Tcherkesse ne connaît que son sabre ; le brigand grec ne se rend jamais ; le soldat arnaoute ne se querelle pas , sans s'émouvoir, il tire de sa ceinture un
TRAITE BT B9CLAVA01 IIU9IILHAN8. 499
pistolet, ajuste et tue celui qui l'offense j puis il frise sa moustache et passe son chemin.
Quant à Tintelligence des Caucasiens , elle est loin d'être au niveau de celle des Grecs , qui sont le plus intelligent peut-être ^ le plus industrieux, et certainement le plus rusé de tous les peuples.
La fede greoh a ohi non À pales^?
Le Géorgien , et surtout le Circassien , sont mémo en général assez bornés et d'un entêtement incroyable. Les esprits médiocres en sont tous là ; on s'attache d'autant plus à ses idées qu'on en a moins.
Lors du soulèvement de la Grèce contre le sulthan Mahmoud , un grand nombre de garçons et de filles grecs furent réduits en esclavage par les armées turques ; il existe encore dans l'empire ottoman et en Egypte beaucoup de mamelouks grecs , dont plusieurs exercent de ^très-hauts emplois.
Il est arrivé souvent aussi que des enfants kurdes, druses , etc. y aient été faits prisonniers et vendus à la suite d'une victoire remportée par les Turcs sur les populations rebelles du Kurdistan ou de la Syrie.
On vend quelquefois des enfants qui ont été ravis à leurs parents dès l'âge le plus tendre et qu'on cherche à faire passer pour Caucasiens.
Les Européens réduits en captivité par les Turcs ou les Algériens étaient autrefois partagés en deux classes.
La première comprenait les enfants , les jeunes hommes et les jeunes filles d une physionomie agréa-
500 LB8 NOIRS COLONISAS.
ble et qui paraissaient intelligents ; on les vendait à des particuliers : ils embrassaient généralement Pislamisme et arrivaient souvent à une position élevée.
La seconde classe j c'est-à-dire le reste des captifs, était enfermée dans le bagne, comme cela s'était pratiqué chez les chrétiens à Tégard des prisonniers musulmans 9 et contrainte , au profit de TÉtat, à un travail manuel , quelquefois assez rebutant.
Le Caucase, bloqué par la Russie qui surveille les ports orientaux de la mer Noire , vend aujourd'hui peu d'esclaves et ne les exporte qu'en contrebande. On sait que les enfants y sont livrés aux marchands par leurs parents eux-mêmes , qui vont plus tard les revoir à Gonstantinople ou dans les villes de l'empire où ils ont été conduits.
Cette servitude, en effet, dont le nom nous révolte, est en Orient le marchepied des grandeurs. C'est ainsi que se recrutait celte formidable milice des ghouzz ou mamelouks d'Egypte , dont l'histoire finit aux Pyramides; c'est parmi ses mamelouks que le padichah choisit ses ministres et parmi les siens que le ministre choisit des agents politiques ou des chefs militaires, instruments fragiles de ses caprices (1).
(i) Antérieurement du reste à la conquête ottomane , le kbalife abasside Abou-Djafar-mansour avait déjà mis en honneur cette triste politique, qui fut, à Rome, celle d'Auguste, de Tibère et do leurs successeurs. Ce khalife écrivait à son fils : « Vous ferez bien de vous entourer d'affrauchis et d'en multiplier le nombre ; ces gens-là vous seront dévoués, tandis que vous ne pourrez jamais compter sur rattachement d'une noblesse indépendante. •
TIAITB BT BSCLAYAGB HUStLlUMS. 501
Un mamelouk vaut à Gonstantinople de 1,000 à 2,000 francs; une fille blanche se paye de 1,000 à 10,000 francs, suivant son âge et sa beauté. ]*en ai vu en Egypte une fort jolie , âgée tout au plus de quatorze ans , et dont on demandait 30 bourses (en* viron 3,700 francs) ; elle fut enlevée pour 24.
On m'en a souvent offert en Syrie , mais , à Texception de deux Gircassiennes provenant de la succession d'un général de brigade, ces esclaves n'étaient propres qu'à un service grossier et n'excédaient pas une valeur de 1,000 francs.
Ni ces filles ni les mamelouks ne se vendent publiquement ; le bazar des esclaves est une fiction : les marchands d'esclaves comme tous les autres marchands peuvent descendre, à leur arrivée dans une ville , dans un okale ou khan particulier, et y déposer leurs esclaves, mais personne ne va les chercher là. Les Européens seuls fréquentent par curiosité ces prétendus bazars ; celui qui veut acheter un esclave blanc ou noir fait appeler l'esirdji-bachi (chef des marchands d'esclaves), ou Tun des courtiers de ce commerce, et lui explique ce qu'il désire. L'esirdjibachi reparatt le lendemain avec un marchand qui amène un ou deux esclaves. L'acheteur se décide;
Ce qui veut dire que la tyrannie cherche des complices et craint de rencontrer des Juges ; mais en écartant ces Juges importuns , elle éloigne des conseillers précieux , elle désarme des auxiliaires puissants. Malheur dès lors au tyran qui n'est pas un grand homme, et malheur au peuple dont son aveuglement précipite la perte. Quant au dévouement des affranchis, J*ai dit ce qu'on en devait penser.
^92 LB8 N0IA8 GOLOHlSfifi.
tt est rare qu'il deiDande à eu voir d'autres j surtout s'il s'agit de ûiles blanches ; ]e marchand , dans ce dernier cas , ne manque jamais de demander à la fille qu'il vend si elle consent à passer entre les mains de l'acheteur. Si l'acheteur n^est pas de son go6t elle le refuse 9 et, à nooins que cet acheteur ne soit nubien grand personnage , la vente n'a pas lieu.
Tout musulman libre peut posséder quatre femmes légitimes et un nombre illimité de filles esclaves; bien peu cependant sont polygames, et bien peu possèdent à la fois une femme et des filles esclaves : il faut ^ en général ^ choisir entre les deux. La femme légitime apporte souvent à son mari une fortune ou l'espoir d'une ricbe succession , ou des protections politiques utiles} mais elle lui apporte en même temps ses caprices et ceux de sa famille , toujours empressée à juger et à critiquer le mari ; elle exige un coûteux entrelien : le harem est la ruine des maisons turques; enfin , elle ne soufire pas de rivales et surveille les menées de son époux mieux qu'aucune police ne le pourrait faire*
Le mari achèterait volontiers des esclaves blanches sous le prétexte de les consacrer au service de sa iemme; mais celle-ci a pris les devants, elle a rempli la maison conjugale de vieilles filles, laides à faire peur et sur lesquelles son mari n'aurait d'ailleurs aucun droit, car c'est elle qui les a achetées et c'est à elle seule qu'elles appartiennent.
Beaucoup de gens préfèrent, en eonséquenoet ne point se marier et posséder une ou plusieurs esclaves blanches; ils finissent, à la vérité, par les épouser
TRAITE ET BSCLAYAGE M18ULMA:«S. 5U5
dès qu'ils en ont des enfants, mais ils n'ont pas sans cesse à leurs trousses une belle-mère qui les tracasse et un beau-père qui les gronde.
Le padichah n'épouse que des esclaves, parce qu'il n^y a pas, dans le sein de Tislamisme, de fatnilfe avec laquelle il puisse contracter une alliance assortie, il y a fort peu d'eunuques blancs ^ je crois que le paidichab seul en possède.
D'après sir Fowell Buxton (The slatfe^rade and Us remedy), la traite, avant 1840, livrait annuellement 120,000 esclaves aux peuples chrétiens, et 50,000 aux peuples musulmans. Ces chiffres paraissent sin*gulièrement exagérés , surtout en ce qui Concerne les peuples musulmans. Ils le devieudraient bien plus encore , si nous y ajoutions les évaluations que fait le même auteur de la perte subie par les négriers.
Je ne crois pas , quant à moi , que la traite musulmane fasse en Afrique plus de 20,000 tictimes chaque année. Voici du reste les élémentè de cette évaluation :
Les contrées du littoral africain ouvertes à la traite musulmane , reçoivent par an^ ati maximum :
Zanzibar et la côte opposée , d'après des renseignements que J'ai lieu de croire exacte i,500
Les ports! de la mer ftouge (Massawa et Soakea), diaprés une évaluation personnelle probablement exagérée. 1,500
L'Egypte, du Gordofan et de Khartoum, d'après mes propres observations 1,500
Pbr la caravane de Darfoun . < « * I46OO
A reporter 5,500
RqxnH 5,500
rai vu arriver cette caravane en 1850, elle amenait 9A5 esclaves.
Tripoli, du Bomou et de Kachnah • i»500
Ben-Ghazy, du Waday 1,600
Ces deux chiflï^es sont déduits des annales du commerce extérieur ; J'ai augmenté ceux fournis par cette publication pour en faire des nombres ronds. Le Maroc , de Tomboctou 1,000
Ghijn*e hasardé, probablement trop élevé; car le Maroc reçoit aiJ^ourd*hui de TAlgérie, des esclaves que leurs possesseurs font refluer de ce côté. D'après TAiiitsUxoery reporter^ le Maroc aurait une population esclave de 120,000 individus, dont 3,000 consacrés à un service militaire de confiance.
Tunis , Alger, le Sénégal en contrebande 500
Ge chiffre est plutôt trop fort que trop faible.
Total 10,000
Des uoirs réduits en esclavage par les musulmans, je suppose :
Qu'un quart reste dans le Soudan ou est acheté avant d'atteindre le Rir.
Qu^un autre quart meurt dans le Soudan ou pen* dant le voyage.
Que la moitié atteint le Rif.
Que trois huitièmes ne dépassent pas cette région.
Qu'un huitième est expédié sur la Turquie d'Europe et d'Asie , la Perse et les contrées voisines.
Or nous avons constaté l'arrivée dans le Rif de 10,000 esclaves; si c'est la moitié du nombre total des victimes de la traite , nous aurons :
TRAITE ET ESCLAVAGE MtSULMANS. 505
Esclaves vendus dans le Soudan (1) 5,000
Morts dans le Soudan ou pendant le voyage. . . 5,000
Esclaves vendus dans le Rlf. 7,500
Esclaves vendus en Europe ou en Asie 2,500
Total 20,000
20,000 esclaves valent au plus dans le Soudan 4,500,000 francs.
7,500 esclaves, dont près d'un millier sont des esclaves de choix , abyssiniens ou autres , valent au plus dans le Rif 3,000,000 franco.
Enfin 2,500 esclaves valent en Turquie et en Perse au plus 1 ,500,000 francs.
On voit que les capitaux engagés dans la traite musulmane ne sont pas très-considérables, et que ce commerce procure d'assez grands bénéfices à ceux qui Tentrepreunent.
Tripoli et Ben-Ghazy gardent peu d'esclaves; tout ce que reçoivent ces ports est dirigé sur Smyrne et Constantinople. Le Maroc, au contraire, n'en exporte pas, et rimam de Mascate qui , il y a quelques années , en faisait passer un grand nombre de Zanzibar en Arabie et en Perse, a conclu en 1847, avec la Grande-Bretagne, un traité par lequel, en échange d'une indemnité annuelle que cette dernière puissance
(1) Les esclaves sont cependant plus nombreux dans le Soudan que dans le Rif, parce qu'ils y sont exposés à moins de maladies que dans un climat tempéré ou froid , ne sont pas épuisés par la longue traversée du désert, vivent en conséquence plus longtemps , et de plus ayant toujours des femmes à leur disposition , procréent davantage.
s'est engagée à lui payer, il a renoncé à faire la traite des noirs au nord de I*équateur. Les esclaves sont en conséquence tombés à vil prix sur tonte la côte de Zanguebar.
II en est résulté pour Ttle Zanzibar un notable accroissement dans les cultures, auxquelles ont été appliqués en partie ces esclaves. L'imam de Mascate a lui-même donné plus d'extension à ses girofleries.
Tandis que la traite américaine ne demande à l'Afrique que des hommes faits et recherche les races les plus vigoureuses, les individus les plus robustes} la traite musulmane , chargée de fournir au Rif des serviteurs , non des ouvriers ou des laboureurs , ne prend guère que des enfants et des femmes. Le petit nombre d'hommes faits que les ghazwas lui fournissent ne dépasse guère les limites du Soudan, où il est appliqué à des travaux pénibles et quelquefois soumis au service militaire.
Les musulmans du Rif, les Turcs, les Asiatiques, préfèrent acheter pour le service de leur maison des enfants qui s'habituent facilement à ce qu'on exige d'eux , ne connaissent au monde que leur mattre et se distinguent par une soumission et une fidélité à toute épreuve.
Les esclaves qui se vendent le mieux sont, en conséquence , parmi les mâles , ceux dont la taille varie entre six et sept empans (sédasi et sébâl) : ceux dont la taille ne dépasse pas cinq empans (khomasi), et les adultes (balegh), valent im quart et quelquefois jusqu'à un tiers de moins*
Les filles nubiles, ou qui approchent de leur nubi-
TRAITE ET BiCLAVAGE MUSULMANS. 507
lilé, se payent 50 p. 100 de plus que les garçons sédasi pour les races dont le type est le moins éloigné du nôtre, et 25 p. 100 de plus seulement pour les races tout à fait communes.
Les eunuques se payent encore plus cher; leur va- , leur est ordinairement double de celle des esclaves mâles du même âge et de la même race. L'émasculation se pratique moins dans le Soudan musulman que sur ses limites méridionales : les idolâtres émasculent souvent leurs prisonniers; les Abyssiniens, qui sont chrétiens, et les Gallas, avec lesquels ilô sont presque toujours en guerre, en agissent toujours ainsi. Aussi le nombre des victimes de cette mutilation est-il considérable en Abyssinie.
Les anciens Égyptiens émasculaient aussi leurs prisonniers, comme le montrent tant de sculptures qui consacrent à la fois le souvenir de leurs victoires et celui de leur férocité. Les Coptes , qui sont leurs descendants , conservèrent la tradition d'un crime qu'ils surent rendre lucratif: pendant des siècles des moines chrétiens, dont le couvent n'était pas éloigné de Girgeh , eurent le monopole de celte industrie sans nom , que les musulmans eussent rougi d'exercer euxmêmes.
Ils l'encourageaient cependant en achetant des euntiqties , mais ils ne faisaient et ne font encore en cela que se montrer les héritiers et les émulés des Grecs. Le Gynécée avait ses eunuques avant que le harem n'eût les siens. L'Europe moderne elle-même ne serait pas sans reproche , car si , au mépris de l'islamisme y contrairement à l'esprit et à la lettre
bOS LES NOIRS COLONISÉS.
même du Coran , les mosquées de la Mecque et de Médine comptent au nombre de leurs gardiens des eunuques, à la chapelle Sixtine, dans plus d'une église dltalie , dans plus d*une cathédrale du Nou- . veau-Monde on entend résonner la voix des castrats, et il s*est trouvé au sein du christianisme des hommes qui regardèrent remploi des castrats au théâtre comme plus moral que celui des femmes.
Le nombre des eunuques noirs est considérable en Orient ; il n*est pas de pacha qui n'en ait deux ou trois et d'homme riche qui n'en ait au moins un. Ils suivent à la promenade et dans leurs courses les femmes de leur mattre; ils leur transmettent ses ordres , mais ils ne se tiennent pas toujours auprès d'elles comme on le croit, et ne pénètrent même que rarement dans le haremlik (appartement réservé aux femmes).