‹ Le désert et le SudanChapitre 38 sur 43 · TRAITE ET ESCLAVAGE AMÉRICAINS · texte numérisé non relu

TRAITE ET ESCLAVAGE AMÉRICAINS

Origlie^ractaTaie et «eu traite. — OrifiM le U tnitt uièrkilM. — Sa dtHtlM « SOI rdevé actiel. — Kgtne le rodaTaie. — Mliaé 4e cMleir.^ GhâUmu, ikèif, lèMspilr, TeigeaKcs in eecUTCs. — 9 VwUniit ctlt itai fat être nHriaè.

L'esclavage n'est pas moins ancien que la guerre , et c'est à la guerre qu'il doit son origine : le vaincu qui se voit à la merci d'un vainqueur irrité , rachète

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sa vie par le sacrifice d'une partie de ses biens, s'il est riche 9 et par celui de sa liberté , s'il est pauvre. Le vainqueur , dans ce dernier cas , devient maître d'un esclave , dont il utilisera les services ou qu'il échangera contre les objets dont il aura besoin.

La guerre entretiendra l'esclavage chez les barbares; cette institution leur sera d'autant plus nécessaire que les rangs seront parmi eux moins marqués, qu'ils auront moins d'industrie , et dès lors moins de luxe à la fois et moins de misère y que leurs aspirations seront plus belliqueuses et leur fierté plus grande, parce que , dans de telles conditions , nul ne se prête volontairement à en servir un autre, et que, si le chef trouve des soldats , il manque de domestiques et doit y suppléer par des esclaves , qu'il lui est toujours facile de se procurer.

Les premiers colons d'une terre sans paysans sont entraînés à en agir de même ; il leur faut des bras ; ne pouvant les engager , ils les prennent ; ne pouvant les louer , ils les achètent.

Parmi les peuples très avancés, il en est autrement ; la population augmente sans cesse , la terre ne suffît plus à l'homme , et la faim contraint le pauvre à accepter du riche comme un bienfait une servitude, moins rigoureuse peut-être que l'esclavage, mais dont le bénéfice est précaire.

Il est évident que l'esclavage est impossible à côté du prolétariat : l'esclave mangerait un pain dont le prolétaire a besoin. Le travail du premier serait même plus dispendieux. Le salaire, en effet, ne représente guère que l'entretien de celui qui le reçoit; il faudrait

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donc le payer en nature à resclave, qui co&terait de plus à son mattre Tintérêt du capital sacrifié à son acquisition , et la prime des risques de mortalité y de maladie, d*épuisement auxquels il serait soumis.

G*est pourquoi l'esclavage ne saurait de nos jours exister en Europe. Les républiques de Tantiquité connaissaient peu ou ne connaissaient point le prolétariat. Le peuple romain , nourri par la victoire, ne travaillait pas; il n*y avait à Rome que des citoyens ou des esclaves : le peuple de l'Europe moderne travaille ; il ne se compose ni de citoyens ni d'esclaves. Mais la tendance éternelle de l'esprit humain est de voir la paille dans l'œil d'autrui. Aussi l'Europe moderne at-elle condamné l'esclavage , le flétrit-elle encore chaque jour et le pourchasse-t-elle sur toutes les mers « sans prendre garde à toutes ces poutres qu'on appelle l'Irlande, la Flandre belge , la Forêt-Noire, le paupérisme, la prostitution et le crime (1).

L'esclavage se retrouve chez tous les peuples de l'antiquité , chez les Égyptiens , chez les Grecs et même ceux des temps héroïques , chez les Romains enfin qui ne se montrèrent pas moins impitoyables pour leurs esclaves que les Égyptiens ou les Spartiates.

Moïse n'abolit pas l'esclavage , mais il en mitigea le caractère et en limita la durée ; la libération sep-

(1) On parle beaucoup de la hutte du père Tom , qui est ai \<An , on ne dit pas un mot de celle du père Paddy, qui est ai près. On ferait mieux , selon moi, de ne pas parler de la première si Ton croit dangereux de s^occuper de la seconde.

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teanale en devint Tissae nécessaire chez les Israélites. Mohammed , comme nous Tavons vu déjà , se borna à le régler et ne chercha qu*à l'adoucir.

Le christianisme ne Tavait pas aboli ; indifférent anx choses de la terre , il ne voyait comme les stoïciens, de servitude que dans le crime, et saint Paul renvoyait à son mattre Tesclave fugitif qu'il avait converti.

Inspirali enim a divino Spirilu apostoli servos quidem ip809 docebani obedlre dominis carnalibm sicut Christo et facere voluntatem Dei ex animo (Lettres apostoliques de Grégoire XYI sous la date du 3 décembre 1839).

Le monde romain cependant, envahi par ceux mêmes que Rome avait coutume de réduire en esclavage , avait vu disparaître cette institution à laquelle s'était substitué le servage. L'islamisme l'avait conservée mais sans accroître le nombre de ses victimes , et Ton peut dire que depuis les temps historiques jusqu'au XV* siècle, il n'y eut en matière d'esclavage aucune innovation.

Mais en 1 443 un événement dont l'histoire fait & peine mention devait faire atteindre à la traite des noirs et à l'esclavage entre des mains européennes des chiffres qui eussent effrayé l'antiquité païenne et que les efforts les plus patients n'ont encore pu réduire que dans une proportion insignifiante.

En 1442, le prince qui gouvernait le Maroc offrit aux Portugais, en échange de prisonniers musulmans, quelques esclaves noirs qui furent conduits à Lisbonne.

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Les Portugais prirent goût aux esclaves et ne tar*dèrent pas à établir eux-mêmes à Arguin y suivant Barros, un comptoir pour la traite des noirs.

Les Espagnols imitèrent l'exemple des Portugais et la Péninsule ibérique se remplissait d'esclaves, quand la découverte de l'Amérique et la conquête de cette partie du monde suivie du massacre d'une partie de ses habitants et de Tinterdiction de réduire le reste en esclavage ^ appelant de ce côté le travail des esclaves noirs, les enleva sans retour à l'Europe.

Encouragée par tous les princes et tous les ministres y par Charles-Quint , par la reine Elisabeth , par Richelieu , exercée par toutes les marines de l'Europe, par des compagnies privilégiées et par des contrebandiers sans nombre, la traite américaine acquit bientôt une extension prodigieuse; c'est en vain que les papes Pie II, Urbain VIII, Benoît IV, Pie VII, lui opposèrent à diverses époques les plus généreux efforts; les peuples les plus soumis, en apparence , au joug de l'Église catholique , furent même ceux qui dans cette question écoutèrent le moins la voix de ses pontifes; bien plus, on vit et on voit encore au Brésil jusqu'à des ordres religieux expédier des navires pour la traite des noirs.

Antérieurement à 1807 la traite maritime faisait annuellement 72,000 victimes environ.

Le Danemark, la Suède, les États-Unis, avaient proclamé l'abolition de la traite; l'Angleterre adopta en 1 807 la même mesure.

Son gouvernement était mû en cela par le besoin de satisfaire l'opinion publique, que les sociétés phi*

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lanthropiques avaient excitée au plus haut point en faveur des noirs, et par Tespérance, en grande partie déçue, d'amener tous les élate possesseurs de colonies florissantes, à la suppi*ession du môme trafic et bientôt à l'abolition de Tesclavage ; de ruiner ainsi leur puis* sance coloniale , tandis que celle de la Grande-Bretagne se développerait sur un nouveau théâtre, celui de rinde , assez riche pour la dédommager de tous ses sacrifices.

En 1810 cependant le Brésil recevait à lui seul 80,000 esclaves. Sans parler des cinq cent millions de francs consacrés au rachat des noirs de ses colonies, la Grande-Bretagne avait, en 1844, dépensé déjà quatre cent millions dans le but de réprimer la traite des noirs , et cependant elle n'était encore arrivée à aucun résultat.

Elle continue ses sacrifices, mais elle les continuera en pure perte tant que Tesclavage subsistera en Amérique.

L'Europe, TAfrique et T Amérique, conspirent en effet contre elle.

En Europe, l'Angleterre elle-même fournit les marchandises qui sont troquées à la côte d'Afrique contre les esclaves.

La France, l'Espagne, le Portugal , fournissent des navires ou des équipages.

En Amérique , les États-Unis fournissent des navires , un armateur de la Nouvelle-Orléans en expédie deux à la côte d'Afrique, chargés des marchandises qui servent à la traite : L'un des deux est vendu

aux négriers , reçoit un équipage brésilien , espagnol

.vu LKS ^0118 COLOMSfiS.

OU autre et charge des esclaves. L'autre prend à son bord réquipage américain débarqué et regagne la Nouvelle^Orléans.

Âtt Brésil , à Cuba , les autoritéô protègent et encouragent sous-main la traite ; les réclamations de l'Angleterre ne changent rien à cet état de choses. Ses agents ne peuvent constater qu'un petit nombre de contraventions y tous les habitants ayant intérêt à leur donner le change,. et dans les tribunaux mixtes les navires négriers ne sont jamais déclarés tels que par les Anglais. La capture de ces navires pour justifiée qu'elle puisse être, entraîne même assez souvent la condamnation du capteur à des dommages-intérêts au lieu de lui valoir les parts de prise qui l'avaient alléché.

En Afrique la traite se fait sur la côte occidentale et sur la côte orientale.

La première seule est bien surveillée, mais les traitants ou agents des négriers ont établi siir cette côte leurs commis, leurs pourvoyeurs, leurs complices de toute nature, en surveillent tous les points et s'informent los uns les autres de l'approche des croiseurs par des signaux particuliers ou simplement de grands feux qui montrent leur fumée pendant le jour, leur clarté pendant la nuit.

Ces signaux répétés de distance en distance mettent les négriers sur leurs gardes et leur donnent le temps de s'éloigner avant même d'avoir été aperçus de ceux qui les cherchent.

Ils ne font d'ailleurs que paraître à la côte, ils évitent aujourd'hui (es embouchures des fleuves qu'ils

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remontaient autrefois et cpiî forment de véritables souricières.

Sur le littoral du Congo , la mer est ordinairement ti belle, qu'on a surnommé Lago dos patos ( lac des oies), cette partie de TOcéan , à la surface de la*quelle des oies et des canards ne craindraient pas de prendre leurs ébats»

Les négriers attendus à peu près à Jour fixe par les traitants, n'ont qu'à se montrer an large, ils ne mouillent pas, se bornent à mettre en panne, char-> gent en quelques heures leurs esclaves amenés le long du bord sur des chalands , reçoivent leur matériel (chaudières, menottes, blocs), leurs vivres et leur eau , qui a été faite d'avance par les soins du traitant , et dans la même journée ils reprennent le large.

Les négriers sont toujours d'une marche supérieure, ils se couvrent de toile, les navires de guerre eux-mêmes ont peine à les atteindre. C'est en vain qu'on emploie à la répression de la traite des ba^ teaux à vapeur, la traite adopte de son côté la vapenr, ou se sert de bâtiments mixtes ; j'ai vu moimême en 1845, à Sainte- Hélène, un fort joli brick à hélice que les croiseurs anglais avaient capturé par hasard et qui malgré ses proportions exiguës avait reçu 500 esclaves.

Il est à ma connaissance qu'il y a deux ans un navire à vapeur de 600 chevaux de force, a chargé à la c6te orientale , entre Mozambique et Zanzibar, 4,500 noirs à destiiiation du Brésil. Ce navire peut, année moyenne, faire quatre- voyages et introduire par conséquent à lui seul 6,000 noirs en Amérique.

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Les esclaves ne valent aujourd'hui que 4 9 francs sur la côle orientale d'Afrique , ils en coûtent environ 80 sur la côte opposée (1) ; ils se vendent de 1 S à i 400 francs au Brésil. Le propriétaire de la frégate dont je viens de parler, pourrait donc, dès la première année et tout en mettant de côté deux millions, armer quatre autres frégates à vapeur et transporter Tannée suivante 30,000 noirs sur cinq navires.

On a prétendu que les croiseurs prenaient un navire sur cinq , je crois cette évaluation fort exagérée. Ils en prennent peut-être un sur cinq dont ils ont connaissance , mais il y en a dix autres dont ils n'entendent pas parler. Supposons néanmoins qu'ils en prennent un sur cinq , les bénéfices sont encore immenses, pour l'armateur d'une part, qui, s'il ne possède qu'un ou deux navires, a encore la ressource de les assurer contre la croisière ; pour le capitaine etréquipage, de l'autre, qui, en outre d'une solde Irès-élevée, ont le droit d'embarquer pour leur compte un certain nombre d'esclaves de choix.

Les bénéfices réalisés par les négriers tendent évidemment à produire l'accroissement de la traite , et la surveillance à laquelle ils sont soumis, ne peut avoir d'autre résultat que d'augmenter les horreurs de ce trafic, en faisant, par exemple, entasser les noirs dans des entre-ponts, où ils ne peuvent ni se mouvoir ni respirer ; aussi la mortalité qui, antérieurement à 1807, était portée à 1/42 seulement du

(I) On les achète en masse par lot de 50 à 1,000 ; on se borne à les compter et à offrir un prix moyen par tête.

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nombre des noirs embarqués, est devenue si grande, qu'on assure, anjourd'bai, qu'il meurt la moitié des noirs pendant le voyage ou ]e séjour sur les côtes , et le quart pendant la traversée seulement {1).

Quant au nombre des esclaves qui atteignent le Brésil ou la Havane, sans m'arréter au chiffre trop faible auquel arrive le gouvernement anglais , réduit à ne constater que rarement les opérations qu'il voudrait entraver; sans m'arréter non plus aux protestations des autorités de Cuba et du Brésil , et sans accepter les exagérations produites dans un sens opposé par les abolitionistes , je crois ne pas m'éloigner beaucoup de la vérité en portant ce nombre total à cent mille, dont soixante à soixante-dix mille pour le Brésil , et trente à quarante mille pour la Havane.

SMI en mourait un nombre égal avant la vente, la traite américaine prenant à l'Afrique deux cents mille esclaves , se trouverait être décuple delà traite musulmane, qui, comme je l'ai montré, n'en demande pas au delà de vingt mille.

Mais, en outre de ses proportions gigantesques, la traite américaine diffère de la traite musulmane en ce qu'elle est beaucoup plus barbare, et l'esclavage américain se distingue de l'esclavage musulman par le ménie caractère de barbarie. Je cherche à le démontrer ici, cette tâche me deviendrait plus facile si je voulais puiser à pleines mains dans les écrits des

(1) Ces renseignements sont puisés dans un rapport adressé, en 18AÂ , & la convention générale des abolitionistes , à Londres ; je les crois entachés d'exagération.

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dbolitionistefii ^ mais Févidente exagération qui règne dans ces écrits m'engage à leur prérérer les renseigne* ments que j'ai pu recueillir par moi^^méme. Je préfère être plus vrai au ritîqae d'être moins émouvant et de ne pas dépasser d'aussi loin mon but- Il est certain que sans la traite américaine les guerres que se font entre eux les peuples africains serraient moins fréquentes , leur principal mobile est le lucre qui résulte de la vente des prisonniers. Il ne faut pas croire cependant que la suppression de la traite fit régner en Afrique TÀge d'or ; les sauvages se battraient moins souvent, mais ils se battraient encore et tueraient peut*étre leurs prisonniers s'ils ne trou-» vaient pas à les vendre.

Les nouveaux esclaves sont parqués à la côte, dans des établissements appelés Barracons ou Barrancos (4). Des écrivains abolitionistes ont avancé que les chefs de ces Barracons se débarrassaient par un crime des enfants que leurs esclaves fe« melles mettaient au monde, afin d'épargner a ces dernières des soins et une fatigue qui en diminueraient la valeur vénale. J'ai, quant à moi, entendu parler du régime des Barracons par des mariof qui avaient fmt la traite, et, d'après les renseignetnettts très-exacts et très-naïfs qu'ils m'ont donnés , je crois

(i) BarrancOy en portugais, signifie un ravin. Les établissements des traitants sont souvent situés sur les bords des grands ileuves, dans le fond de quelque ravio ou dans le voislnsige d'une forêt qui permette de soustraire les noira aux recherches des agents de la Grande-Bretagne.

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pouvoir révoquer en doute cette accusation ; Tinfan^ ticide ne serait du moins qu'un fait très-exceptionnel. II en est de même de la répercussion de certaines ma*» ladies de la peau , au moment de la vente des es<« claves, produite dans le but de leur donner une meilleure apparence , et qui aurait pour résultat ha^ bituel d'amener les accidents les plus graves et d'enr traîner souvent la mort des malheureux qui y seraient soumis. Ce dernier crime doit être d'autant plus rare, que les acheteurs, toujours en garde contre les supercheries du vendeur, examinent avec soin les esclaves qu'ils veulent acquérir, se font montrer leur langue , les font marcher devant eux ^ s'assurent - qu'ils mangent de bon appétit , etc.

Quant à la vente séparée des mères et de leurs en« fants I elle n'a guère lieu que lorsque les enfants ont atteint déjà l'âge auquel ils peuvent se suffire à eux« mêmes; cette séparation est cruelle sans doute, mais les prolétaires d'Europe ne sont*ils pas souvent séparés de leurs enfants par une nécessité impitoyable , et le mousse qui embarque sur un navire baleinier , pour une campagne de quatre ans dans l'océan Pacifique, mérite*t-il moins notre intérêt et notre sympa* thie, que l'enfant enclave employée des travaux, qui du moins n'exposent pas sa vie, sur quelque habita*' tion voisine de celle où travaille sa mère?

La lâche imposée à l'esclave cultivateur n^est en général pas très-fatigante , elle ne le devient qu'à cer-^ taines époques de l'année-, en tout temps du reste lo noir dispose d'un ou de deux jours par semaine, et les emploie à cul li ver pour son compte personnel un

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petit jardin dont les produits s'ajoutent aux aliments qu'il reçoit de son maître. Sa situation , on doit en convenir, ne difière pas l3eaucoup de celle du serf. Plus heureux en cela que la plupart des prolétaires de l'Europe , son avenir est assuré : on le nourrit dans la saison morte, on le soigne en cas de maladie, et le pain ne saurait manquer à ses vieux jours; mais combien son sort n'est-il pas différent de celui de l'esclave oriental , qui possède la confiance de son maître , dirige sa maison et gouverne ses domestiques !

Le musulman 9 en effet, adopte son esclave, tandis que l'Américain (1) exploite le sien. S'il y trouve plus de profit, il le détourne des travaux agricoles, le loue comme domestique ou comme ouvrier à raison de dix et quinze francs par jour, et ne lui accorde cependant qu'une chétive nourriture; il prostitue quelquefois même ses filles esclaves ou les contraint à se prostituer, en exigeant d'elles chaque soir une somme d'argent qu'elles ne peuvent gagner qu'en vendant leur corps.

Le Musulman regarde l'affranchi comme son égal et ne reproche pas au noir la couleur de sa peau. Le créole , au contraire, n'a que du mépris et de la haine pour celui qui le sert ou qui l'a lervi; ajoutant l'insulte à l'oppression , il donne à son esclave des noms que l'habitude applique aux plus vils animaux : il l'appelle Âzor, Médor; quelquefois, par une ironie sanglante , il attache à cet être misérable et flétri le nom d'un grand capitaine, ou, mû par la haine que

(i) Par Ainéricaf n , j'entends ici le créole en général.

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