SCENE
$T. FRANC, lAW. LUZERE.
St; F R A N C.
Epargnez-moi , madame , épargnez-moî ; je 1 aî vu . . . je IVi reconnu, ^ Oui^ c'est mon fik*
Mad. L u z il R E.
Durîmel ! votre fils !
St. Franc, avec une douleur nohU.
II n'est que trop viai: je redoutois le coup, îî ji*a pas manqué. C*est contre moi que s'épuisent tous ies traits dfa malheur. Je ip'efFof'cerai à monter 3mon ame à un degré aussi haut que celuf de mes infortunes. — Dans ou moment je vais conooître ce qu'est mon fils , si son coeur est grand , il saura mourir. — . Le reste sera bien aisé ; je n'aurai plus qu à 1^ suivre.
, Mad. t U z Ê R E.
^^Jlfaîs vou^ êtes un de ses jwges, îl est votre fils: ne peut- on , en faveur de ce titre et des services que vous avez rendu à la patrie. . • .
St. F R A N c. ^ — ta loi est inflexible et ne connoît personne. \, Mad. L u z E R E.
Quoîl votre sarrg prodigué. ...
St. Franc.
!je vous lai dit, madame, le colonel est mon ennemi, il est inexorable. Si je disoîs un mot, je ne ferois que hâter la mort de mon fils. — . Ce matin même^ il a osé m'accuser en plein conseil, de trop d'indtilgence pour les déserteurs, et j*ai poiic la parole terrible de n'embrlsser la cause cl aticuii. *- J6 ire savoir pas qu'elle dût retomber sur h tête qaî m'edt lar plus chère.
Mad. t u 2 È R E.
' Qire tardez- votîs 7 AHct rronver le^ ancreii^i tùttth
pagnons-de vo^ exploits ; écrîez-vous devant eux r >> Cest raon fils que vous allez mettre à mort. »* Alors leurs cœurs attendris . . •
-Sr. Franc.
Je ne le sauverois pas. Sa mort est signée depuis sept ans, et l'arrêt est irrévocable. J*ai vu presque toutes leis voix passer à la condamnation. ^ Ahl si sa grâce étoit possible, pensez- vous que je balançcrois un instant ? — Si j'obtenois un délai, peut-être... mais non: dans ces momens terribles, accompagner ses pas , m'attâcher à lut , est. la seule consolation qui me^este.
Mad. L u i: E R E.
Et vous vous êtes dérobé à si vuel et ses regards ne se sont point fixés sur un père l , . •
St. F R A N c.
Il n'étoît pas tems. — . Dans mon malheur, j'ai pourtant goûté quelque joie, mon cœur a été satisfait de son courage; j'ai reconnu mon sang. 11 n'a affecté ni^jne contenance hardie, ni une contenance ab.atue ; il ne^ s'est point humilié devant ses juges pour mt ndier si vie. Il a répondu aux interrogations sans fierté comme sans faiblesse ; tranquille et poussant quelques^ soupirs par intervaîes. .— Mes yeux, que je détournois, retomboient sans cesse sur les siens: Cependant j'ai conservé toute ma fermeté, et j'ai la constance de disputer pour lui un trépas qui ne fut point infamant.
Mad. L u Z E R E.
Comment avez- vous pu> dompter ce mouvement de la nature ?
St. Franc.
Il faudroit être moi pour le savoir'; mais cet effort étoit indispensable. — L'unique soulagement à mes maux , c'est d'avoir obtenu une faveur que je n'ai demandé qu'en tremblant , et qui m'est bien précieuse: c'est que votre logis lui serve de prison^ jusqu'au moment où son arrêt doit être exécuté ^ j'ai
DRAME. I 4f
répondu de sa personne. ^ Il n'y a que voits, ma-^ dame, qui sachiez un secret que je voudrois encore renfermer dans mon sein; et vous l'eussiez toujours ignoré sans le bien q;ue vousm'avez dit de lui; j^aurois fait plus : si j'eusse trouvé mon fils indigne de i;noi, il ne m'auroit janiais connu; mais ce cœur paternel vole au-devant delui, il me tarde de Tembrasser, de l*inonder àt mes larmes, de le presser contre mon cœur.
Mad. L u Z E R E.
Dieu! Je le reverraî 1
St. F R A N c.
Je meurs d'impatience et je fréniis du moment. -^ Madame , j'aurai besoin d'être seul avec lui. Je croîs entendre.,..
Ses regards vont me chercher, et ne me trouvant pas. ...
' St. Franc.
Laissez-moi, je suis jaloux de posséder ses derniers momensjil me les doit. ( Madame Luière sort.)