SCENE V
St. FRANC, DÛRIMEL, Soldats-
D u R I M E L, au milieu des soldats.
Ah ! Clary , où es-tu ?
( J*/. Franc fait signe aux soldats de se retirer:
ils sont censés rester à la porte de la maison. )
o D 1/ R I M E L , allant à St. Franc.
Monsieur , c'est à vous que je dois la liberté dô revoir ces lieux . • • qui me sont si chers : ^ à ce bienfait daignez eu ajouter un autre : ^ de cous
\t LE OË^ÈRtEUR,
me^ juges , vous m'aver paru le plus attendri strr mes malheurs; . , . ils sont grands. ►-Vous nie Voyez pleurer ; maïs ce nVst pas sur moi que je répands dès làrrftes. ( A part. ) O mon père 1 mon pèrel que vas -ta devenir , si jamais la fin de ma frîste destinée parvient jusqu'à toi? ( // tire une lettre de son sein. ) Puisse cette lettre te consoler^ en t'appr ehaiit que je n'aî jamais oublié tes leçons , et que , jusqu'au dernier soupir , j'ai toujours eu 'devant las yetix , Dieu , la vertu et Thonneur^ ( k St. Franc. ) Monsieur ^ il n'y a que le nom et la compagnie qui pourront vous aider à la faire parvenir à son adresse. Mon père est un soldat , dont le régiment a passé les mers ; ce régiment ayant beaucoup soufFert, a été incorporé dans un autre , dont j'ignore le nom. Je vous en conjure , ne négligez pas vos recherches, je mourrai content sî vous me le promettez.
St. F.R a N C, après un silence.
Donnez. ( St. Franc prend la lettre , rompt le tâchet et la parcourt. Cette action porte Durimel à le fixer; St. Franc ouvre ^es bras tremblans ^ et s'écrie avec famé dun pèrs : ) Mon pauvre Charles î
Dieu !
St. F H a k c.
Embrasse ton père. { Il s'appuie sur l'épaule de son fils i ils demeurent embrassés. Durimel mec un genou en terre , ^e saisit dune main de son père i ^uil baise avec une tendrts^e respectueuse. )
D U R 1 M Ê L, avec joie.
• Mon père 1 dans quel état l . . . Grâce au ciel, c'est vous. — Quel, heureux moment !
St. F 8. a K c , le relevant avec tristesse.
Oublies-tu le motnent qui doit le suivre ?
D u K I M £ L , avtc la plus grande réflexion'. Gui , je Toublie. h- Je voulok vocis voir avant
ëerriotirîr, et je bénis la faveur du de! qut m6 ftttn^i y à ce prix, d'embrasser vos genoux.
St, F R A N c.
Mon cher fils , ^ tu te sens donc la force de te soumettre à cette main invisible ? .• . Dis, conserveras-tu ce courage jusqu'au dernier moment î
J'y suis résolu , quoique mon cceur ait à re^ grctter ; et si quelque ^trouble vient à rafFolblir ^^ ô mon père 1 c'est de vous que j'attends uti regarda qui me rende toute ma fermeté.
St. F R A N a
Ton père,malheureux, n'a plus que ce triste bîèrf-* fait en son pouvoir : je ne tequitte plus: taff<fi*mir^' t'encourager, e^t un droit trop précieux pouir lé céder à personne. ^ Emploi cher et terrible ^ fû^-^ père te remplir 1 -
D y R I M B Im Vous y serez , mon. père 1
St. F r a K" c.
; Igiioi'es-tu que c'est moi qui donne te signal î Tout déserteur a trouvé en moi un père ; je croyoi» tè voir daii3 chacun d'eux ; et je l'abandon neroisî et je perdrois le fruit du plus cruel apprcntissfagel -- Non ; qu'il m'en coûte ta vie, *- ton ame ne aenvolefa sous l'œil d'un père , cjae pour se réfugier dans le siein d'un Dieu : c'est le père commun des hommes ^ man fils , et tome ma tendresse pïternelle n'est qu'une foible image de la sienne*
: Ah I ce Dieu, dont j'adore la bonté , saîtqti^ j'ai plus d'ufie victoire à remporter. ^ Je vous retrouve, mon père; à peine ai-je le tems de vous baigner de mes larmes, qu'une voix impitoyable m'appelle sur le li^u où ma fosse est déjà creusée.
St. F R A I* c.
. N'outre pas tes regrets: un monfieiit plus tjti'cl €tl ttiourois teitt de iftièi, et je viVoris désespéré;
Vas, bénissons le cîel ; je sens toutes tes donleurs; mais c'est ensemble qu'il nous faut apprendre à les surmonter.
Il faut donc mourir 1 . . . mais ce crime. . .
St. Franc, s échauffant par degrés.
La loi est générale , et la plainte inutile. — Si ta étoîs tombé sur le champ de bataille, tu seroîs mort sans regret :—. mon fils , tu peux mourir en héros. Songes que ta mort sera plus utile que ta vie: ta mort retiendra sous les drapeaux de la patrie mille jeunes imprudens qui les auroient abandonnés poijir se trouver ensuite aussi malheureux que toi. En tombant , tu préviens leur perte , tu raffermis les colonnes de l'état. — . Embrasse cette idée digne 4\un citoyen, dis à toi-même : « Si j*aî trahi la. ji^- loi de mon pays , il n'aura rien à me reprocher. »> La réparation aura été plus éclatante que la faute h même ». '
Je rappellerai mon courage qui chancelé. Mais qu'il est affreux de quitter la vie aux portes de la félicité ! lorsqu'un père, une amante. . .Le sentiment l'emporte ^ et je ne suis qu'un foible mortel.
St. F R A N c.
Ce cœur paternel souffre en prononçant ces mots : mais quand les calamités de l'homme sont montées à leur comble , que tout échappe à ses mains, qu'il se trouve seul sur le bord d'un abîme inconnu , ( il prend Durimel par la main , ) mon fils, connoîs-tu l'être qui console et qui se plaît à consoler le malheureux qui l'implore î
Durimel.
Dieu , mon père.
St. Franc, avec une noble chaleur.
' Sa présence nous environne , il entend , il recueille nos soupirs : ^ quand tu es sous son regard , connoîtras^tu le désespoir ? Et oii peux-tu tomber.
SI ce n'est dans son sein ? Que gagneroît ton ame à s*irruer? En te montrant rebelle, tu te rendrois encore plus malheureuîî. '>^ Si td as toujours été homme de bien, lève ce front abattu.; ayes la confiance d*un fils ,. et non la terreur d'un esclave. C'est au vil incrédule à trembler; mais toi, qui vois au-delà de cette* vtfe, tends tes bras au père universel. D u R I M E L.'
Ah 1 mon père, que cette idée auguste est consolante pour mon cœurî — • Allons, demain je saurai ce que c'est de mourir.
St. F r a n c.
Je resterai s'en! : qui de nousserale plus infortuné?
D u R I M EL.
Vivez pour lès malheureux, pour bwf^^vî^e père. ^
St. franc, durimel;
Valcourt.
^ 'Ecoute-moi , St. Franc , j'espéroîs en monpère , je croyois pouvoir fléchir sa rigueur , obtenir du moins uii délai ; maïs il est inflexible y i\m, rebuté mes prières. — Major , nous pouvons le sauver, il né tient qu'à toi d'y consentir.
St. F R A N C.
'Le sauver I et comment ?
V A L c ou R T.
Ayes le courage de te prêter à mon projet. \ La garde est dfevànt cette maison .; nîaîs an boi;it du sentier qui mène à une porte de derrière , deux de mes gens affidés sont prêts avec ma chaise de^ poste ; ils sont instruits de ce qu'ils doivent faire. en présente un papier») Cette sauve-garde servira en mon npm.de passe^port, «^Choisis la rpute qu il doit ^ tenir.
/ ST. F R A li C.
"p. Ciel! que nfi'as^tu dit? cruel! qiie m^ofFrcj? lu \\ \ . est-ce lâ h^rtu peui risquer?...
Ne me parle p9,s des risques que je cours. ^ Je veux accomplir ce projet, tout hardi qu'il te paroîr. St. Franc, pénétré.
Tu me déchires Ta me. ^ Et qui peut c'inspirer uqe pitié si courageuse ? •
Mon honneur. ^On m*a accusé d'être son delà-»teur , je me dois à moi -même* de \ç sauver.
St» f r A K c , h serrant dans ses bras.
Mon ami, mon cher ami! — tu ignores de quels traits tu viens de me frapper. J'admire ton ame : ri y^ ^ je n'oublierai Jamais ce moment.
\ ' Je^TJ^iêXi^^ profites- en : agis, si tu l'aimes. Mes
ànôÎP^s , œ .pà^e-port , ma livrée , tout lui assure^
«nie^^^fràjte grortipte ^t facile ; que délibères- tu ? ^V.V.JT st^. ^f ^ A N' C.
.^^'^'î q;ue dç^toûps dans nn jour l -^ Ta connoî-i tra's ce cœur et quel sacrifice il sait faire; ^ il s'agît ici plus que de ma vie.. . Ta, chaise Tattend, dis-tu ? ^ laisse-nous en décider.'
; Que ftrs-tuî Est-ce dans une pareille cîrcopstar^ce qu'il faut peser ce qu'on doit- faire î — Croismai , les momens sont précieux.. ( îl remet à St. Franclepasse-port et une bourse.) Tiçns , prends» ( A DurimeL i.et point d'adieux.
D 17 R 1 ME li. j .
• Arrêtez, homme généreux. Tout ce q^ue je pourroisVrépondre est trop au-dessous de ce que je sens. .-, Mais je vous dois une entière confiance. -r.Je. suis . ici sur la parole d'honneur dé votre ami ; dois- je Teng^ager à'manjquer î Soyez mon jugf j;
r- ît est mon père.' . / i.
V'alco u RT, avec la plus grande surprise. * Ton père 1 .- ^h pieul (^AprU un moment' de réficqçiçn , ilprmd un parti décidé, y etpatt avec la plus grande vivacité , sans^ dire^ une pçrple. )r ^ ,