SCENE y I l
St. fra^îC, çlary, durimel»
Mao. liUZERE.
c L A R Y , j« dérobant à sa mère.
Laîssez-inoi aller à lui : je ne Tai p^s vu depuis qu'il est malheureux,
, C'est jçlle ! ô mon coeur, afFermis-toL St. Franc, arrêtant Clary.
M^ chère fille, ménage/, ménage7> notre foîfclesse * ^ ii a besoin de tout son courage.
Clary, h Durîrnel qui se détourne.
Tourne donc leç yeux $ur moi , Durimel.
D U R I M E L , se précipitant dans ses bras.^ • Qary ! ô nja chère Qary l .
Ç fi A R Y, cyprès un moment de silende.
Quel regard au milieu de tes larmes l -^ Que veut-il me dire ? ^ Je per4s U voix.... Le ciel tc^^nd-ilàmol ?
Va , bénis sa bonté : ce jour n'appartient pas tout entier au malheur.
Ah 1 Durîmel ! . . . ta grâce . . . est- elle accordée ?
Oui... La plus grande que je pouvoîs obtenir dti ckl ; r^ i*ai retrpuvé mon père , le voici , — prçcipite-toi dans ses br^s.
C L À R Y ^ sy fetarît\ Vçus^son çèrel
St. Fr ANC, (Ztf reçoit,, lui rend ses cmbrdsstmens^ et se détourne pour lui cacher ses larmes et dit à part. ) Titre précieux qui va bientôt s effacer.
Vous êtes son père? AHI vous serez le mien; mon coeur vous a nommé : vous le défendrez , vous le sauverez. ^ Je meurs s'il pérît, r-^ Mais qu ai-je à vous dire, pour lui ? la nature a parlé dans votre ame. — • Qu'il va m être doux de vous honorer , de vous chérir sous le double titre de père et de libérateur de mon époux 1 •- Vous vous taisez!
St, F r a N C^ pénétré.
Chère enfant !
Hélas 1 si je vous suis chère ,,assurez-moî qu'il ne périra point. --« Et pourquoi faut-il donc qu'il meiire?
Que mes juges s'appaisent ou deviennent inflexibles, ma tête est dévouée au malheur, et je ne puis plus aspirer à votre main; c'est à rhoî à vous épargner ces déchirantes allarmes. Séparez votre^ sort du mien : -* un homme plus heureux remplira 'la brillante carrière que je n'ai fait qu'entrevoir. »-^ j^h l je sens qu'il est des pertes plus sensibles q^ue celle de la vie.
O paroles cruelles l ^ £t c'est toi qui m*accables ainsi.... Non., tu ne le crois pas : 7- ai^jie besoin de te le dire ?'Non , ce cœur n'appartiendra jamais, à un autre. Parle-moi plutôt de subir la mort ensemble ; mais garde-toi de penser que Clary puisse renoncer à toi. Je ne dois plus cacher l'excès de xpon amour, ton infortune m'en fait un devoir sacré. D y R I M E L 5 transporté.
O mon père, mon pèrel comme elle m'aUroît aîmél { lise f^tte aux pieds de Clary*)
Mad. L u Z'EÔ. e , les séparant avec tendresse. Arrêtez , mes enfans : mon cœur se brise entre
vous
vous deux. ^ Dans ces momens aJfFreux, vos transports sont, de nouveaux .traits que vous enfoncez dans nos âmes. Tristes victimes d'un amour, malheureux, attendez ce que le ciel doit décider de vous , et respectez deux cœurs que vous déchirez,
, Madame , je saurai braver la mort , la recevoir d'un œil tranquille ; mais ce cœur ne peut renoncer aux charmes qui lui étoient ofE rts; toutes les puissances de la terre et du ciel ne peuvent même Taffoiblir. — • Que cette chaîne de jours fortunés vienne à se rompre , un d'ebx , tlu moins , peut m'appartenir. — Vous m'aimez 1 J*ose vous en demander It preuve, --* Qu'importe ce que le jour de demain peut amener de sinistre ? Je peux mourir en portant le nom de son époux. ( /J madame Luiere.) Ce nom heureux m'étoit destiné. ^ Ah ! je vous croîs trop généreuse pour changer comme le'sort.
Mad. L u z £ R E , se couvrant le visage»
%h 1 cruel t
DuRiMEL^à son pèrCé
Vous aurez une fille si vous perdez un fils ; elle
vous tiendra lieu de moi. — . Sur les bords de la tombe
j'embrasserai le bonheur un seul instant , et j'aurai
assez, vécu.
Cl a r y , dans le plus grand transport de la
passion.
O ma mère ! je l'aime de toutes les forces de mon ame ; j'unirois ses destinées aux miennes , quand l'univers ordonneroit son opprobre. ^ Donnez-luî ma main ; c'est le ciel qui l'éclairé et qui l'inspire ♦ dans ce dessein. Cette main lui fut promise s ♦ i. il a de nouveaux droits sur elle. Il est malheureux^ ^ le ciel aura pitié de ces nœuds foj"més soirs ses regards; les barbares les respecteront malgré eux * .et n'oseront les briser sans frémir. —. Oui ^ nous . serons unis , cher Durïmel 1 et malheur à qui osera nous séparer.
D U R I M £ t , /22/ comble dt la foie.
Eh je ne suis pas heureux !... Et je me plaîndfoîs , crtcbre 1 ^ O mort , tu peux frap^r j j ai connu Taiiliiii'é, Tambur et la nature.
St. F r a K c, à madame Laièteé Madame, on peixt accomplir cet hymen. Le ciel hè défend pas l'espérance: c'est le trésor des infortunés : — . Qui seroit assez cruel pdùt le leur ravir î
C L A R Y^à St. Franc.
Ah 1 qu'il m'est doux de vous hommet mon pèrel
St. F R A N c.
Mais. . . . ô rtà fille l eh déveniiit son épousé, Ce "îîeh que vous âllei former vous îthpoise un devoir.;. 'c'est dé respecter la paix de son ame; t*est die défendre Tabàtement à votre cœur ; c'est d'imiter son coût ag^e et sa constance; c'est de vous soumettre aux arrêts ^àû ciel. Me le promette!- vous ? à ce prix^ul, ...
En lui donnait ma main , n'ai-je ^a^ tout promis î tendresse , obéissance. ...
St/ Franc.
; t>st assez : ( A madame Lu{ère. ) Miadame , que tout soit prêt. ( // les serre entre ses ^ràs. ) O mes énrans \ laissez- îé, chère Qary : ^ rAôn fils recevra le titre sacré d époux. ^ J'ai besoin d'être seul avec lui. Làissez-nôus; ^ les minutés ^ont àes années.
Hélas ï je hè le sais que trop , mon père : et je vous cWS sacrifie. ( Etle donne la main à DurimeL ) Ah!
( Elle sort, avec sfi mïre. )
S C E if E IX.
: St. franc, b u r I m E L.
St. F r a N c^ après un silence.
iJôû^ siommes seuls. ^ Ecoute-mbi , inon fils , ^ *ttL touches â.a dèriiiér terme de Tespérance qui appartient à la terre , et tu semble y voir encore le
DRAME. ^t
bonheur attaché: tu vas paroître devant Dîeu , quel sacrifice lui as- tu fait? Cet instant est peut'-être le seul dont tu puisses disposer , et tu oses le donner à tout autre qu'à lui.
Mon père, ce Dieu que j'adore , pourroît-îl s'offenser d'un lien pur, formé sous son nom? Clary et moi nous le bénirons ensemble de nous avoir permijj d*être unis comme frères ^ avant une séparatioa éternelle.
St. F R a N C, /« prenant parla main et lui lisant
dans les yeux»
Mais s'il falloit mourir à l'heure même, sans \xA parler, sans la voir; si la voix redoutable t'appeloît pour subir ton arrêt , ^ dis , — ton courage ne fléchirpit-il pas? Marcherois- tu en chérissant ton père , en adorant le ciel ?
Cette loi me seroit dure , je Tavoûrai : mais s'il falloit obéir. ... Si votre bouche Tordonnoît. . . Sî tel étoit mon sort. ...
St. F R A N c.
Eh bien î
On me verroit gémir ; mais me soumettre à Tar-; rêt le plus cruel.
St. F R A N c.
Tu viens de le prononcer , et j'en croîs ta promesse. — Il faut me suivre, mon fils ; — échapponsnous sans bruic de cette maison; évitons l'inutile désespoir de ces femmes que j'ai éloignées, et qu2 rendroient ta mort plus amère et plus douloureuse. Tu mourras sans avoir à souffrir de leurs derniers adieux. *- Marchons. ( H fait quelques pas four, sortir. ) D U R 1 M E L,
O ciel ! mon cœur est brisé.
St. F r A n c, j« retournant.
Me suis-tu ?
\i L E D ES E R T E U R,
XJn instant, mon père^ un instant.
: St. Franc
Tu hésites ? ton courage foiblit ? -^ Ce quêta viejis de promettre étoit trop au-dessus de toi.
. OaîjSàns doute; — mais je ne succomberaî/poînr. O.Clary ! ô mon père! Puisqu'il le faut, allons. ^ Saisissez-vous de tes mains triemblantes. ... Arrachez-moi de ces lieux, , . . Oui , je veux la rempor- -ter cette terrible victoire, ( // avance du coté de la ^pçrte. )
St. Franc, arrêtant son fils.
Cen est assez , mon fils , demeure • ... Le maître qui veille sur toi ntn demande pas davantage, le sacrifice est fait, n: Tu as encore douze heures à toi ^ tu reverras Clary , ta maiti sera unie à la sienne, jnais songe qu'en cts momens terribles, le nom d epoux n'est qu'un, titre qui doit te la rendre encore 'pîùs respectable.
Il semble à mon cœur que vous lut redonniez la VIP. — Je la reverrai. ... je n'ai plus à me plaindre. [^ Avec fermeté, ) Dès que ces instans seront écoulés, vous me verrez reparoître sans crainte : vous me trouverez prêt à vous suivre. Je me regarde déjà comme entouré de l'appareil militaire , et votre fils sans pâlir. ...
St. F R A N c.
N'achèves pas: je vois que nos âmes s'entendent; je lis dans tes regards la fermeté de la tienne. . . . Allons, mon fils, jouis de la félicité pure qui peut encore t'appartenir, et ne parlons de l'heure funeste qu'au moment où elle doit sonner. ( Ils sortent en se tenant embrassés. )
Fin du quatrième Acte.