‹ Le déserteur,: drame en prose en cinq actesChapitre 5 sur 32 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

D U R I M E L , Mad. LU Z E R E, ^

Mad. L u Z E R E.

Clary! Clary I ( A Durimel qui cnfre. ) Retenezla^ Durifnel. ^ Mais, bon ! elle est déjà bien loin.

Durimel.

Oq diroit que c'est ma présence qui cause sa fuite, »- pardonne?. , j'ai peut - être interrompu un entretien. ...

Mad. L IJ z E R E , souriant.

Point du tout. .- Alle7, c'est une jeune folle qnf ne vou« fuira pas toujours. ( Prenant un ton noble et sérieux. )KcoGtte2y Durimel : il est tems de donner à votre mérite , à votre attachement à mes intérêts ^ à un autre sentiment que j*ai vu naître avec plaisir, tout le prix que vous en attendez, et que je puis dîre qui vous est àh.{P endant ce couplet ^ Durimel laisse échapper des marques d'une douleur concentrée. ) Mais qu'avez - vous ? Votre regard est sombre , inquiet; —vous soufFretintérieurementj — vous n'avez pas le visage que je vduxirois vous voir pour les choses que j'ai à vous annoncer : — que signifie ce*^ silence ? Auriez-vous reçu quelques nouvelles désib-^ gréabies ? Auriez-vous à m'^pprendre quelque retard^ quelque faillite ? Nos fonds auroient-ils essuyé des revers entre les mains de quelques uns denos correspondans ?

Non, Madame; vos affaires me paroissent sûres : hier je vous remis les registres dans un ordre exacte et qui les vérifie toutes.

Mad. LUZERE , avec ufie sorte ^inquiétude.

Mais, à propos, je ne vous les avoispas d'emandé$. Qu'est-ce que cela'veat dite, mon cher DurU

D RAME. • th

meîî Avoir un air aussi triste î — et dans quel moment! ^ tous vos compatriotes vainc|ueurs et pleins d allégresse» se répandent en foule dans tous ces can<^ tons. On ne célèbre plus que le nom français. Tou^. vous rît. — Car , on a beau voyager, le cœur est toujours jdu coté de la patrie -- et. .. . le vôcre n*a't-il pas un secret pressentiment de ce que }9\ veux lui annoncer ?

Du R 1 m £ L , aprh avoir soupiréé

A moi, quelque chose d'heureux 1 ^ Ah! Madame 1 je ne m'en flatte plus.

- Mad. L u Z £ R £ , plus inquiète.

Vous n'êtes pas dans votre état ordinaire* ^ Nous ce n'est pas là vous; «^ je respecte vos secrets ; — je vais vous confier les miens , nous verrons après si l€$ vôtres tiendront Contre. {ELU le fait aseoir au^ j^rh delU. ) Durimel , ce n'est pas devant mol que vous vous êtes caché d aimer. Vos sentimens hou-» nêces vous ont acquis mon estime et ma confiance*; Vous êtts français , et vous n'avez pas cherché à^ séduire ma fille ; je vous la donne , ^ demain sera le jour heureux que poursuivoît votre attente. Du RXM£L, trcs^vivtmcnt.

Ah ! Madame I «-* de quels coups venez- vous de m» frapper ? et dans quel moment l .— Vous êtes loin de connoître la situation de mon ame; ^ oui ^ j'adçMre Clary . , . . Mais. . . . Vous êtes sa mère , vous m*es-' rimez; répondez-moi, Gary, m'aime- 1- elle ? un mot va décider de mon sort.

Si je vous le dis ce mot , serez-vous plus sage ? Gar, je vous l'avouerai, je ne vous reconnois plus. —. Oui ^ mon cher Durimt;!, je vous fais, cet aveu en taute confiance, le cœur de Clary est à vous.

Durimel, se levant avec transport»

'- Ah! je puis donc défier le destin; elle m'aime; ^ demain je puis être son épou:ir, ^ et je la fuirois! i^ Non , dussairje payer de ma tête l'instant du boat heur, • • . Je resterai i^ je mourrai content.

i2 LEDÉSER T E U R,

Ma<^. L u Z E R E , interdite , et se levant aussi. •

Que dites- vous? Vous avez jette le trouble dans mon ame. ( D'un ton timide. ) Vous n"êces pas iasensé , seriez-vons malheureux ?

Si je le suis ! Ah ! . . . Vous me donnez votre fille. Mais me connoissez-vous ? Vous pourriez du moins soupçonner qu'un homme qui s'expatrie, n'abandonné pas sans sujet le lieu chéri de sa naissance. Qui sait si un seul mot prononcé ne révoqueroit point l'aveugle penchant qui vous^ parle eu ma faveur ? si Clary , elle-même , ne rougiroit pas ? l^c me rejetréroit point. . , •

Mad. L u z E R E , avec tendresse.

Vous , mon cher Durimel 1 ^ Non , je ne puis me tromper. Si je n'ai jamais songé à vous faire rompre le silence que vous avez toujours gardé , c'est que U première impression que vous avez faite sur nos âmes a répondu pour vous. J'ai respecté votre secret, sûre qu'avec vos vertus on n'a point un cœur coupable. »- J'ai descendu dans le vôtre, je l'ai bien étudié : par ce que vous êtes , 'je juge de ce que vous avez été. — Epoux de Clary , vous allez devenir mon fils , vous Têtes déjà : — . gardez maintenant votre secret, ou épanchez-le dans mon sein , vous êtes libre.

Durimel.

Vous allez tout savoir, — . J'allois vous quitter ^ madame. ( Ici madame Lw^re témoigne la pliBS grande surprise.) Si j'ai le courage de parler, prenez celui de m'entendre. ( Ils s asseyent. ). Je suis fils d'un soldat. Elevé loin des yeux de mon père, j'aî joui r-arement du bonheur de l'embrasser. A seize ans, dépourvu de ressource^, emporté par l'exemple , j'ai pris le parti des armes , sans avoir la consolation de me trouver dans le régiment où servoit mon père; le sien ^ passa les iners, et depuis ce tems j'ai été privé de ses nouvelles* D^ns c^ métier

pénible^ mon coarage ne fut point abattu; inab c^ue j'eus de fréquentes occasions de l'exercer 1 '7'étois tombé sous un colonel dur, inflexible : p^ cinq années de patience àvoient ployé mon ame sous un joug de fer. — Arrive un instant fatal : — injustement molesté , je Veux répondre j et mé sens frapper • . . diffamant outrage qui fait encore rougir mon front : — • un mouvement involontaire fit mouvoir mon'bras pour venger, — l'instant d'après , je sentis coûte l'étendue de ma faute ^ mais elle étoic irréparable, i-h On me saisit , on m'emprisonne : ua hasard heureux se présente, le sort seconde ma hardiesse, j'ai le bonheuc de m'échapper. ^ Je me trouvai, dansun mêmejour, poursuivi^ dénoncé*, déserteur , jugé à mort. — « Errant, fugitif, j'ar- *rive sur cette frontière ; le bonheur semble me sourire , en m'o^fFrant chez vous un asyle dont je jouis en paix depuis ^^pt an<s. Mais, au moment le plus désiré, le plus beau de ma vie, la guerre amène ren ces lieux le même régiment qui porte mon. arrêt; inei juges sont à votre porte, madame: une fois reiconnu, je n*ai plus qu'à mourir; et sans vous, sans Clary , depuis trois jours j*aurx)is disparu* Mad. L U Z £ R £, anéantie. Mon cher Durimel, un instant. — Peripetteï que je recueille mes sens :^ ma tête est troublée. ( Jprh un moment de réflexion. ) Je croîs q.tie la fuite seroit plus dangereuse que le séjour* de ma maison : des soldats remplissent au loin la campagne ; ce régiment ne fera que passer , et cet asyle est préférable à tout autre. ^ O mon Dieu! — que m'avei-Yous appris ?

Je voudrbis ne vous causer que de fausses allarmes. -^ J'ai entendu" dire que le régiment avoit beaucoup souffert; le tems a dd détruire plui de la moitié des chefs et des soldats :à la faveur du renouvellement, j'espère n'être pas reconâu.^aigne

Page 1