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DES CIELS DANS LE PAYSAGE AU FUSAIN

Un des grands avantages du fusain, c'est qu'il permet d'obtenir très-rapidement l'effet désiré et de masser immédiatement l'ensemble que l'on veut reproduire sans se préoccuper de réserver aucune lumière ou de suivre très-exactement un contour; de là cette allure vive et franche qui se rencontre rarement dans les dessins au crayon noir et à la mine de plomb.

Ce qui lui donne surtout une si grande supériorité dans le paysage, c'est qu'il est presque impossible d'obtenir, avec quelque méthode que ce soit, des ciels aussi beaux, aussi vrais et aussi variés. Et ce n'est pas là une chose insignifiante. John Constable, le peintre anglais, qui comprenait si bien l'importance du ciel dans le paysage, a dit :

« Le paysagiste qui ne fait pas de ses ciels une « partie dominante néglige un des principaux « moyens de son art. . . Il serait difficile de citer un

« paysage quelconque dans lequel le ciel ne soit « pas le diapason, l'indicateur de la gamme, le prin- « cipal organe du sentiment. »

Le Titien, Salvator, Claude, ont toujours fait des ciels en harmonie avec leurs sujets. Quant à Rïiysdaël, on ne Tapas égalé.

Toutes les formes de nuages, soit qu'ils flottent immobiles, roulent et s'amoncellent lentement, soit qu'ils glissent rapides et déchiquetés par le vent du midi, les éclaircies de soleil entre deux nuages, les crépuscules sombres ou étincelants, le fusain permet de les saisir jusque dans leur aspect le plus bizarre et le plus capricieux.

Dans un paysage au fusain, c'est toujours par le ciel que le dessinateur devra commencer. Après avoir tracé la silhouette de l'horizon et lui avoir donné sa valeur, on écrase du fusain très-tendre sur une feuille de papier rugueux, puis on l'essuie avec un tampon de coton ou de laine très-fme, et on frotte ce tampon sur le ciel sans s'occuper des lumières. Gela fait, on dessine les nuages avec un morceau d'amadou ou une petite estompe en peau que l'on a soin d'essuyer fréquemment. Les lumières franches s'obtiennent ensuite avec la mie de pain . Inutile de dire que cette dernière ne doit jamais être fraîche, sans quoi elle graisserait le papier.

Mais si le ciel est très-ciiargé, comme on ne pourrait arriver, avec le coton noirci de fusain, à une assez grande vigueur, on prend un fusain très-tendre et on passe un frottis sur les nuages les plus foncés; ce frottis est ensuite écrasé et fondu avec le doigt. Il faut avoir soin, dans ce cas, de s'essuyer le doigt auparavant, car s'iljétait seulement un peu humide, il enlèverait le fusain etj tacherait le papier. On peut aussi se servir d'estompés en papier gris, mais elles donnent rarement le moelleux qu'on obtient toujours'avec le doigt ou le coton.

Si Ton avait à représenter un ciel bleu uni ou blanc lumineux, il faudrait bien se garder de couvrir son papier d'une teinte uniforme. Les orientalistes qui nous ont rapporté des paysages ressemblant à des^ ombres chinoises plaquées sur des fonds d'un bleu uni, sont tombés dans une profonde erreur, en s'imaginant rendre ainsi la profondeur et l'intensité des ciels du Midi, Decamps^et Delacroix ont toujours vité ce défaut ; ils étaient trop observateurs pour y tomber. Le ciel le plus pur n'est jamais uniforme ; si on le regarde fixement,"on distingue des myriades de taches d'un bleu plus ou moins foncé qui ont Tair de se mouvoir. Cestjcette résonnance, cette yibration de la lumière, que l'on doit chercher à rendre, sans cela pas d'air, pas d'espace, pas de profondeur dans un tableau.

Un léger frottis au coton, sur lequel on revient en Je criblant de points lumineux avec la mie de pain, rend assez bien Feffet dont nous venons de parler; mais il s'en faut que Ton réussisse toujours ; aussi choisit-on le plus souvent des ciels nuageux qui exigent bien moins de peine et de travail.

Ce qui vient d'être dit pour les ciels s'applique naturellement à la reproduction des eaux.

On aura soin aussi de ne pas oublier que ces dernières, qui foncent quelquefois les ombres des objets reflétés, éteignent toujours leurs lumières.

Si l'on employait du papier teinté fortement , et avec lequel il fût nécessaire de rappeler les lumières au crayon blanc, il faudrait avoir soin de ne se servir de ce dernier qu'une fois le dessin terminé et fixé.

On sait que le fixatif décolore complètement tous les crayons blancs, et lorsqu'ils sont tant soit peu mélangés de fusain, il leur donne une teinte d'un noir violacé très-désagréable.

Il en est de même pour le pastel : faute d'y avoir songé, on éprouve souvent des déceptions. Aussi vaut-il toujours mieux dessiner sur des papiers de

ton assez clair, avec lesquels on obtient autant d*effet et bien plus solidement.

Le blanc de gouache seul résiste au fixatif; on l'applique au pinceau, mais toujours après avoir fixé le fusain, sans cela il se salit et se ternit trèsvite.

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