‹ Le dessin d'après nature et sans maîtreChapitre 10 sur 47 · SANS DONNER A L · texte numérisé non relu

SANS DONNER A L

[ci nous devons déclarer que nous sommes bien éloigné de nous interdire à jamais de faire dessiner d’après des dessins bien exécutés, mais seulement comme moyen auxiliaire et en nous gardant bien de laisser croire aux élèves que ce puisse être Ià sérieusement le but qu’on se propose lorsque l'où se met à apprendre le Dessin pour soi-même, et, à plus forte raison, lorsque l'on veut l'enseigner aux autres.

Quand l'élève aura été exercé d'après nature de manière à n'être pas exposé, comme cela ne se voit que trop souvent, à concevoir du dessin une idée radicalement fausse, il pourra être avantageux de lui faire connaître, d’après des dessins, les ressources du crayon, de l'estompe et du pinceau. Mais les copies que nous donnerons alors à copier ne seront jamais pour nos élèves que des termes de comparaison et des objets d’émulation. Les dessins modèles ne seront là que pour guider, en l'absence de l'objet matériel, et ce sera , toujours et avant tout, à cet objet lui-même que l'élève devra, par la pensée, rapporter son travail. On peut-être persuadé que ce ne sera plus qu’un jeu de dessiner d'après un dessin, quand on aura été suffisamment exercé d’après nature.

C'est là le moment qu'il faut savoir attendre * pour exercer utilement l'élève au maniement du crayon, de l'estompe ou du pinceau, aux détails d'exécution et suivant l'expression technique, au métier propre à chacun des genres dans lesquels on est convenu de diviser le dessin.

Pour ce qui concerne ce métier proprement dit, nous ne nous proposons pas d'en traiter spécialement dans cet ouvrage. Au reste il a été remarqué que les élèves formés selon notre méthode font

preuve d'une égale aptitude à tous les genres. Il en doit être ainsi parce que notre méthode est une méthode générale.

* Les maîtres de dessin se trouvent souvent dans un grand embarvas par suite d’un usage très respectable sans doute mais très mal, ou plutôt très peu raisonné. Il est presque de rigueur, qu'après un certain nombre de leçons, l'élève soit tenu de présenter, comme accessoire au bouquet, dans une fête de famille, un dessin bien ombré, bien précieusement fini, non sans le visible secours du maïtre,

et les bons parens ne manquent pas d'udmirer ce gage qui atteste plutôt la piété filiale que l'espoir d'un véritable talent. Le croquis le plus simple et même le plus grossier, mais franchement dessiné d’après nature, né vaudrait-il pas mieux cent fois, d'abord pour l’accom-

plissement du pieux devoir qu'il

it de remplir, mais plus encore pour l'avenir du talent de l'enfant?

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