A L'OEIL ET SUR LE PORTE-CRAYON
Rien de plus simple que l'opération dont il s'agit ii, et cependant elle est d’une très grande importance. Elle se présentera à chaque instant, dans la pratique du Dessin d’après nature, et il.est absolument indispensable de s'appliquer à la bien concevoir et de s'habituer à l'exécuter promptement et avec exactitude.
On nous propose de dessiner d'après nature un objet quelconque. Nous ne savons pas encore comment nous nous y prendrons; mais nous ne pouvons pas ignorer que notre premier soin doit être
de bien examiner cet ol jet, pour chercher à le bien voir, à le bien connaître. 11 faut évidemment que
nous nous formions une idée exacte des proportions de cet objet, c’est-à-dire que nous connaissions les
rapports de grandeur qui existent entre les diverses parties de cet objet. Nous ne pouvons connaître ces rapports qu'au moyen d’une comparaison. La manière ]
a plus simple de faire cette comparaison, c’est de comparer successivement chacune de
s dimensions de l'objet à l’une d'entre elles, que nous adopterons pour terme de comparaison. Il faut prendre pour
terme de comparaison la plus grande dimension de l'objet, et chercher combien de
fois chacune des autres dimensions se trouvera comprise dans cette dimension la plus grande de toutes. Quand nous aurons achevé cet examen, nous ne
saurons pas encore comment nous nous y prendrons pour dessiner l'objet, mais au moins nous c
onnaîtrons mieux cet objet; nous en aurons une idée moins confuse; nous commencerons à le mieux voir.
Manière d'exécuter la Comparaison indiquée ci-dessus, à l'œil et sur le PoOrte-crayon.
La comparaison dont nous venons de parler doit s’exécuter à l'œil et sur le porte-crayon. Voici de quelle manière on peut s'y prendre.
Vous avez devant vous un objet quelconque dont il s'agit de
comparer entre elles les diverses dimensions. Le bras et la main étant placés dans la
position indiquée par la figure 3, planche », vous tenez le porte-crayon autant d'aplomb que possible , plus ou moins près de l'œil,
et vous hausséz ou baissez le porte-c
rayon jusqu'à ce que son extrémité supérieure se trouve, par rapport à votre œil, de niveau avec l'extrémité supérieure de l'objet, c'est-àmant l'extrémité supérieure de lobjet se trouve du porte-crayon. Alors, vous tenez le porte-cr
dire, jusqu'à ce que le point forcaché, à votre œil, par le point extrême supérieur rayon fixe à la position où vous venez de le placer, mais, sur le même porte-crayon, vous haussez ou baissez ensuite trouve, sur le porte-crayon, et par rapport à votre œil , de c'est-à-dire, cachant avotre œil le point extrême infé
l'index jusqu’à ce que son extrémité se niveau avec l'extrémité inférieure de l'objet, rieur de la base de cet objet.
Vous venez d'obtenir ainsi, depuis l'extrémité supérieure du porte-crayon, jusqu'au point où est placé votre index, une ligne qui vous représente la hauteur de l'objet, telle que vous la voyez, à la distance où vous en êtes, en la trouvant sur le porte-cr. fait incontestable, puisque cette portion du porte-cr
hauteur totale de l'objet. Vous pouvez donc
ayon dans la position où il est placé. C'est un ayon se trouve réellement cacher à votre œil la vous représenter que vous venez d'obtenir cette hauteur sur votre porte-crayon. Mais ce n’est qu'une première partie de l'opération. Cette hauteur ainsi trouvée doit vous servir à connaître les proportions des autres dimensions de l’objet.
Comparez, par exemple, cette hauteur à la largeur de l’objet. En ayant bien soin que, le bras ne changeant pas de place, la main et le porte-crayon restent toujours bien exactement à la même distance par rapport à votre œil et à lobjet, vous retournez seulement la main, en tenant toujours l'index à la même place-sur le porte-crayon et vous placez alors le porte-crayon dans la position
ni
rie horizontale, parallèlement à la ligne qui vousyreprésente la largeur de l'objet. I peut arriver que l'espace précédemment trouvé sur le porte-crayon ne soit plus assez grand pour cacher à votre œil toute cette largeur de l'objet. Vous reconnaissez alors que l'objet vous apparaît plus large que haut. En faisant mouvoir alors le bras, mais toujours de manière à ce que la main et le porte-crayon soient encore à la même distance de votre œil, vous trouvez, par exemple, qu’il faut que vous portiez trois fois de suite, dans la même direction, cette portion du porte-crayon , pour cacher à votre œil la largeur totale. Vous en coneluez que cette largeur est triple de la hauteur de l'objet, et vous êtes arrivé à ce résultat sans autre secours que l'œil et sans autre instrument que le porte-crayon, que vous pourriez même remplacer, au besoin, par le premier objet que vous aurez sous la main, par une règle, un petit bâton, ou même l'un des doigts de la main gauche.
Il est évident que la même opération servirait à trouver les proportions des autres parties de l’objet que l’on comparerait de même à la largeur.
Il sera utile de répéter cette expérience sur plusieurs objets, et l'on fera bien, après l'opération, de constater la fidélité du résultat obtenu, en prenant bien exactement les mesures des diverses dimensions de l'objet, et en comparant les proportions données par ces mesures avec les proportions que l'on aura trouvées à l'œil, suivant le moyen que nous venons d'indiquer.
Au reste, il importe de faire observer que, pour arriver à un résultat exact, la chose à laquelle on doit faire le plus d'attention, c’est, lorsqu'on a trouvé la hauteur et qu'on tourne la main pour comparer la hauteur à la largeur, d’avoir grand soin de ne point avancer ni reculer la main, de manière à ce qu'il y'ait toujours de l'œil au porte-crayon, ou du porte-crayon à l’objet, précisément la même distance qu'auparavant, sans quoi le résultat de la comparaison serait faux, l’opération serait manquée.
Supposez en effet que l'œil À (planche », fig: 2) regarde le bäton BC. les rayons qui partent des extrémités B et C, se rapprochant pour passer par la pupille (Démonstration de la Vision, page 9) forment un angle ou cône, dont le sommet est censé au point A. Or, si vous mettez votre porte-crayon aux points E et D, lorsque le sommet de ce porte-crayon touchera le rayon BA, il est évident qu'il 2e ce sommet. L’index en-
achera à l'œil A le sommet B du bâton BC, parce qu'il sera de niveau av suite, touchant le rayon CA, cachera de même le point C, base du bâton BC. Mais si vous rapprochez la main de votre œil aux points G et F, par exemple, la mesure GF sera plus petite que DE et ainsi desuite. Donc, après avoir pris sur le porte-crayon l’une des dimensions d’un objet, si, en retournant la main pour comparer, vous approchez ou éloignez cette main, par rapport à la position qu'elle occupaitauparavant, les mesures que vous prenez ne sont plus comparables entre elles et si vous faites une comparaison ,elle est fausse.
Application de la démonstration précédente.
facile, pour
L'opération dont nous venons de parler est trop importante et en même temps assez que l’on ne doive pas se dispenser d’en présenter ici l'application à l’un des cas les plus simples.
Supposez un observateur À (fig. 3), regardant la colonne BC et cherchant à reconnaître les proportions de cette colonne. S'il veut comparer la hauteur DE de la base de la colonne à la hauteur totale BC, il placera son porte-crayon perpendiculairement et bien d’aplomb, de manière à ce que le sommet de ce porte-crayon touche le rayon qui reporte le point E à son œil. Le sommet à sera done, pour l'observateur, à la hauteur du point E de la colonne, Ensuite, haussant ou baissant l'index jusqu'à ce qu’il rencontre le rayon qui reporte le point D à son œil, l'observateur trouvera le point a marquant pour lui le point D, et il aura, sur son porte-crayon, ab qui lui représente la hauteur ED. Cette hauteur trouvée, il s’agit de la comparer à la colonne entière pour savoir combien de fois cette première hauteur est contenue dans la hauteur totale. On y parvient en élevant la main avec le porte crayon, mais toujours sur une ligne bien d'aplomb,, et à partir du point au niveau duquel était placé le sommet du ponte-crayon. Vous trouvez que cette hauteur ab est contenue encore deux fois, de & en c. Il en résulte que la hauteur de la base DE est le tiers de la hauteur de la colonne BC. La hauteur 2c représente à l'œil A la hauteur de la colonne BC.
avoir pris la mesure a et dans le moment où la main se hausse pour que l’on puisse comparer,
Aprè:
si l'observateur eût rapproché la main de son œil, le résultat de la comparaison eût cessé d'être juste.
, tandis que DE est le tiers de BC, et cependant ac et gf représentent également, à PObséE at À, la hauteur BC. S
En effet, ab serait les deux tiers de g
, au lieu de rapprocher la main, on l'éloignait, il est évident qu'il en résulterait un inconvénient "ne même sorte.
Nous devons supposer que l’on conçoit assez maintenant la nécessité de tenir la main toujours à la même distance de l'œil, pour comparer ainsi les dimensions des corps, quel que soit le point où vous aurez d'abord posé la main. Pour comparer, par exemple, BK avec BC, peu importe que l’observateur À, s’il le juge commode, pose la main au point » où au point », pourvu que la main descende ensuite bien exactement selon la verticale mp ou ns.
Nous avons souvent rencontré des personnes qui, n'ayant pas bien compris d'abord , après avoir
trouvé la première mesure, au lieu de comparer, portaient aussitôt cette mesure sur le papier, comme si l'observateur A eût reporté la hauteur ab sur son papier , au lieu de faire la comparaison, comme on l'a exposé précédemment. Mais lorsque vous aurez marqué cette ligne sur le papier, qui vous dit que vous reporterez votre main juste à la même distance de l'œil où elle était auparavant, pour continuer à prendre les dimensions de l’objet et les comparer entre elles? Cette manière ne serait bonne que dans le cas où la main et l'œil auraient pour appui un point fixe.
Il estbien entendu cependant que vous n'êtes obligé de tenir la main à la même distance fixe, que pendant le temps juste que durera la comparaison qui doit vous donner l’une des dimensions. Quand
il s'agira ensuite de trouver l’une des autres dimensions, peu importera la distance où vous placerez
votre main, pour fair
cette nouvelle comparaison , pourvu que vous teniez la main à la même distance fixe, pendant tout le temps que durera cette nouvelle comparaison.
Moyen facile pour prendre en méme temps les grandeurs comparées des diverses dimensions d'objets que l’on veut dessiner d’après nature.
On peut prendre en même temps les grandeurs comparées des diverses dimensions d’un objet F I
quelconque, en procédant de la manière suivante :
Vous prenez une bande de papier que vous fixez sur une règle ou bâton. Vous tenez cette règle à une distance quelconque de votre œil, dans la position verticale, si vous voulez comparer les hauteurs, où horizontale, s'il s'agit des largeurs. Nous la supposerons verticale. Cette bande de papier étant tenue, d’ane main, perpendiculairement devant l'œil, de l’autre main vous marquezsur le papier, avec un crayon, les deux points correspondant aux points extrêmes de l’objet. Vous marquerez de la même manière les dimensions des diverses parties ou détails de l'objet. Cette opération doit s'achever de suite, sans déranger la main ni l'œil.
Prenons encore pour exemple l'observateur A (planche », fig. 3)/quenous supposons vouloir trouver en même temps les hauteurs comparées des diverses parties de la colonne BC. Il tiendra perpendicu-
lairement, à une certaine distance de son œil , une bande de papier, »2p, par exemple. Il marquera sur cette bande les points 72, d, /, p, qui représenteront à son œil B, K, E,
Autre exemple. L’observateur A (fig. 4), trouvera de la même manière, sur la règle de papier MP, les différentes proportions de la figure BC. S'il prend la mesure en EF, plus près de son œil, la figure sera plus petite, mais les proportions seront les mêmes entre elles.
EXPLICATION DE DEUX TERMES EMPLOYÉS FRÉQUEMMENT DANS LE DESSIN D APRES NATURE, LE PLAN DIT GÉOMÉTRAL, ET LE PLAN DIT PERSPECTIF.
On a vu dans les notions préliminaires de Géométrie ce que c'est qu'un plan. Il est bien évident que tous les objets que l’on aura à dessiner se présentent à nos regardsvterminés par des faces qui sont des plans. Avant de commencer à nous mettre à dessiner d'après nature, il est indispensable de connaître deux sortes de plans, qui se présenteront à nos yeux, à chaque instant, dans la pratique.