DU FER
Il est inut'le de s'attarder à la description de ces poteries insulaires de style géométrique courant. Elles sont presque toujours ornées d'oiseaux d'un caractère plus ou' moins banal (fig. 9). Ce style se
(i) Iliade, chant II. vers 461.
prolonge jusqu'à une époque assez basse et aboutit à des produits tardifs très négligés où les oiseaux et les poissons deviennent à peine reconnaissables (fig. 10).
Laissons de côté ces céramiques insulaires et passons immédiatement aux vases chypriotes. Leur décor est pour nous d'un grand intérêt. Il est la suite logique du mycénien prolongé, représenté au Louvre par une série assez importante de vases. M. Pottier nous
Fig. 9. — V.\SE ORXÉ d'oiseaux. — Style géométrique des îles. Début du vu'' s. av. J.-C. Collection Morin, n" 2422.
apprend que ces vases peuvent être postérieurs à la guerre de Troie (i) . Leur fabrication descend jusqu'au ix^ ou viii<' s. av. J.-C.
A Chypre, en effet, l'art mycénien a pu se développer plus librement qu'ailleurs, n'ayant pas été arrêté dans son évolution par les invasions doriennes. Ces poteries sont comme les prodromes de la céramique chypriote du premier âge du fer. C'est pourquoi il est utile d'en connaître le style. L'art n'y est pas très déve'oppé, mais le dessin n'y est pas tellement enfantin qu'il soit dépourvu de cette liberté d'allure qu'on rencontre habituellement dans les œuvres préhelléniques.
(i) Bulletin de correspondance hellénique de 1907, pp. 228-269.
22 LES ANIMAUX EN GRÈCE D'APRÈvS LEvS VASES PEINTS.
Il y a une certaine intensité de vie dans le rendu de ce taureau
FiG. lo. — Vase okné d'oiseaux et dp; poissons fortement stylisés. — Style géométrique insulaire. Ile d'Anaphi. — Collection Morin, n° 1394-
puissant (fig. ii). Le sujet est champêtre. Le peintre a voulu repré-
I-IG. II. — Taure.w et voL.iTiLE. — Peinture d'un cratère d'Enkomi (Chypre). .Style mycénien prolongé. Brilish Muséum. The First' Vase Room. Cases 14-15.
senter non pas un burlesque combat entre un quadrupède et un vola-
tile, mais tout simplement ces oiseaux qui se perchent sur le dos des bœufs et, à grands coups de bec, les débarrassent de leurs parasites (i). Le dessinateur cln-priote a fait l'oiseau beaucoup trop grand et ne l'a pas mis à sa place. Il a été absorbé par l'idée de remplir tous les vides et il a un peu perdu de vue son sujet.
Dans les compositions cj^ro-mycéniennes d'époque tardive apparaissent des signes extravagants, des combinaisons de points et de
FiG. 12. — T.AUREAL" A TÊTE DE FACE. — Peinture d'un cratère chypriote. Style mycénien priiloiigé.
Louvre. Salle A. Vitrine E.
lignes devant lesquels l'exégète se trouve fort embarrassé (fig. 12). Dans cet exemple, la tête se présente de face sur un corps de profil. Le mouvement était difficile à rendre. L'artiste primitif n'est pas parvenu à le reproduire correctement.
Bien des écoles, même lorsque la science du dessin sera plus développée, se heurteront à cette difficulté sans pouvoir la vaincre de façon plus satisfaisante (2).
(1) Sur une amphore iouienne du vi<' siècle conservée au musée de Munich, on retrouve une scène champêtre du même genre (Griechische Vasen von X)' FriTZ HcEber, p. 26, fig. 12 a)
(2) L'animal de profil à tête de face fait l'objet d'un très intéressant article de M. Pottier,
La céramique ch\^Driote du premier âge du fer se place entre iioo et 600 environ av. J.-C. On la trouve dans les tombes, associée à la fibule à arc et à ressort unilatéral caractéristique de la période dite Hallstattienne.
Au vieux fond mycénien se joint une forte part d'influence orientale, surtout ég>'ptienne ; ce qui s'explique par la position géographique de l'île. Combinant tous ces éléments avec ceux qui leur viennent du continent, les Chypriotes forment un style propre sur lequel la critique ne semble pas s'être encore suffisamment exercée. Les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons que nous allons voir sont étroitement apparentés entre eux. Ils constituent au point de vue esthétique, une famil'.e à part, très éloignée du géométrique rectiligne continental. Plus de divisions en compartiments et en zones. L'animal est comme jeté au hasard sur la panse du vase (fig. 13 et 18). Cette manière d'établir la composition est plus pittoresque, mais elle amène quelquefois des déformations dont l'art attique de la belle époque ne sera pas exempt. En passant sur les courbes d'inflexion du vase, la figure subit une fâcheuse anamorphose.
L'artiste chypriote est aussi éloigné de la nature que les décorateurs du continent, mais les déformations de ses animaux sont moins naïves. Il met plus de raffinement dans sa composition décorative. Il cherche ses moyens d'expression dans le développement exagéré
paru sous le titre « L'histoire d'une béte >> dans la Revue de l'Art ancien et moderne, n° 165, t. XXVIII, 14"= année, décembre 1910, p. 41g à 436. Originaire de l'Orient, cette formule a pénétré de bonne heure dans la zoographie grecque, pour se répandre ensuite en Europe où elle s'est maintenue dans l'ornementation des bijoux gallo-romains et mérovingiens (Th. Eck. Les deux cimetières gallo-romains de Vertnand et de Saiiit-Qiteittin, 1891, pi. XV, n" irt), des étoffes byzantines (Musée des arts décoratifs à Diisseldorf, Axdké Michel, Histoire de l'art, t. I, p. 256, fig. 137), des édifices religieux du haut moyen âge (Musée lapidaire d'Auxerre, n» 39. Tympan du xf siècle provenant de l'ancienne abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, fig. I).
l'ii;. I. lAUVE A lÊIE DE FACE. — Détail
d'mi tympan du haut moyen âge provenant d; l'ancienne abbaye de Saint-Germain d'.^uxerre. — Musée lapidaire d'Auxerre (Yonne).
des courbes. Si les effets qu'il tire de ce procédé sont Umités, ils n'en sont pas moins d'une réelle puissance ornementale (fig. 13 à 15). Fréquents sont les exemples où les mouvements de l'animal sont outrés et tumultueux. C'est une conséquence des traditions mycéniennes. On a peine à discerner le cou d'avec la tête dans cette capricieuse figure
Fig. 13. — (lîNOCHOÉ CHYPRIOTE ORNÉE d'un OISEAU. — Style géométrique curviligne. Premier âge du fer. — Louvre. Salle A. Vitrine G.
d'oiseau (fig. 13) X'artistepoussel'invraisemblable jusqu'àenchevêtrer le corps du volatile dans un motif floral. Il n'a pas l'air de savoir au juste s'il veut dess ner une plante ou un animal. Il se complaît dans le domaine du symbolisme et de la fantaisie. C'est du pur ornement (i).
(i) Nos enlumineurs calligraphes des x' et xi^ siècles auront, beaucoup plus tard, une façon analogue de concevoir la décoration. Sous leur plume jailliront des ornements qui, toute proportion d'époque gardée, seront conçus dans un sentiment analogue.
Là encore, il existe une influence orientale considérable, et pourtant l'art chypriote de cette époque a sa facture propre.
La manière de faire les pattes des oiseaux en remplaçant les doigts par des ligues parallèles n'est pas exclusivement caractéristique de cette école. C'est une formule orientale que nous verrons employée
l'iG. 14. — Oiseau peint st-Ti u.xe (Exochoé chypriote du premier âge du fer. de M. Marguerite de la Charlonie, à Paris.
Collection
aussi par les céramistes étrusco-ioniens du vi^ siècle (fig. 162). Elle est fréquente dans le décor des faïences persanes du moyen âge, et des potiches chinoises. Elle est commune aux écoles éprises de synthèse de la ligne et de la forme.
Autour de la tête des volatiles (fig. 15) sont tracés ces mêmes signes bizarres qu'on a vus sur les poteries cypro-mycéniennes d'époque tardive (fig. 12). Seules les personnes qui s'occupent de la magie dans
l'antiquité pourront peut-être éclaircir le problème que fait naître l'emploi de ces cercles radiés, séries de points, flèches, swastikas, zigzags, etc.
Examinons maintenant un poisson et un oiseau imprégnés d'art égyptien (i) (fig. 16 et 17). Le poisson est d'une beauté simple et sauvage. L,es moyens que le décorateur a employés ici sont peu com-
FiG. 15. — Oiseau accompagné de signes symboliques. — Peinture d'une œnochoé chypriote du premier âge du fer. — Louvre. Salle A. Vitrine J
pUqués : ils consistent en deux grandes lignes, l'une courbe, l'autre droite, se croisant pour indiquer la queue. Les longues épines parallèles formant les nageoires sont d'un heureux effet décoratif. L'oiseau est facile à identifier. C'est le Flamant ou Phœnicoptère des anciens (Phœnicopterus antiquorum) particulièrement abondant dans le bassin oriental de la Méditerranée et dans la vallée du Nil. En dessinant ce palmipède, l'artiste chypriote devait avoir sous les
(1) Sur l'influence égyptienne et orientale dans le décor chypriote à l'époque gréco-phénicienne, voir R. DusSAUD, Lis civiUsaiions préhelléniques dans le bassin de la mer Egée, p. 156.
FiG. i6. — Poisson ornant une coupe chypriote du premier âge du fer. — Louvre. Salle A. Vitrine G.
FiG. 17. — Flamant ou Phœnicoptère des anciens. Détail d'une œnochoé chypriote du premier âge du fer. — Louvre, Salle A. Vitrine H.
yeux vin modèle venu d'ÊgJTDte, car certains détails nous prouvent qu'il a obéi à un esprit naturaliste que son tempérament ne lui permettait pas d'avoir. Lorsque, livré à lui-même, il peint le bec d'un oiseau, il se soucie peu de sa forme et se contente de tirer deux lignes
FiG. 18
CExoCHOÉ CHYPRIOTE ORNÉE D'UN BOUQUETIN. l'remier âge du fcT. — Louvre. Salle A .
Vitrine G.
droites (fig. 15). Ici, au contraire, c'est le bec qui permet de déterminer l'animal, ce bec caractéristique, plus haut que large, brusquement courbé et comme cassé vers le milieu.
Les figures de quadrupèdes nous ramènent au style chypriote pur. Les jambes d'un bouquetin sont de simples lignes légèrement incurvées. Pas de modelé. C'est l'amour de la ligne pour la ligne.
(fig. i8). La queue est encore plus curieuse ; on croirait voir un petit arbrisseau. La tête est formée de cercles concentriques et le museau tracé d'un large coup de pinceau écrasé à l'extrémité.
Le chien à l'attache est d'un art différent (fig. ig). Un réalisme analogue à celui des céramistes rhodiens s'introduit dans 1 île de Chypre. On cherche à représenter une race bien déterminée. La tête volumineuse, le cou empâté, l'oreille triangulaire et courte, les pattes médiocrement longues, le train de derrière plutôt grêle, nous permettent aisément de distinguer un dogue d'une espèce voisine de ces
yv/
4Kç<
I*IG. 19. — - Chien a l'attache. — Peinture d'un vase ch\-])ri(:)le. — Loiwre. Salle .-J, n*^ 152
chiens de guerre figurés sur les bas-reliefs assyriens (i). Dans l'exécution de cet animal, il y a simultanéité des deux procédés de la silhouette noire opaque et du dessin au trait sur fond clair. Nous touchons à la technique de l'école rhodienne.
Il n'est peut-être pas inutile, avant de terminer ce chapitre, de résumer en quelques mots les caractères généraux du style chypriote. Ce style est avant tout une décoration fantaisiste dans laquelle l'animal est un thème très modulé. Les formes sont bizarres, l'expression outrée, et pourtant cette étrangeté dans l'emploi des lignes a son charme. Les courbes, élégantes, accentuent la souplesse et la flexibilité des formes.
(!) Sur les chiens de races asiatiques consulter le Dictionnaiic des antiquités, de iOI. Darem- BERG et Saclio, t. I, p. S79.
C'est un style qui puise sa force dans la négation même du naturalisme.
Les Chypriotes du premier âge du fer n'ont pas été les premiers à pousser à ses extrêmes limites l'interprétation conventionnelle dans
FiG. 20. — Vase a étrier orné d'i^n- poulpe. — Fouilles de Gouniia (Crète). — Crotiuis d'après la grande publication de Harriet Boyd Hawes. — The american exploration Society, i90i-iyo3 et 1904.
le dessin des animaux. Les Mj^céniens les ont précédés dans cette voie et ont même connu toutes les étapes qui séparent la fidèle copie de la nature de la pure ornementation. Quelques représentations du poulpe (cet animal si fréquent dans le décor préhellénique) suffisent à le prouver (fig. 20 à 23) .
Le spécimen (fig. 20) reproduit d'après le grand ouvrage de Miss
FiG. 21. — Poulpe stylisé. — Peinture d'un cornet mycénien trouvé à Rhodes. Louvre. Salle A, n" 276.
FlG. --■ — COnPE MYCÉNIENNE ORNÉE D'UN POULPE FORTEMENT STYTJSÉ. — Rhodes.
Louvre. Salle A. Vitrine M.
Bo^-d sur les fouilles de Gournia (i), est d'un réalisme saisissant.
Les tentacules ont des ondulations pittoresques et pleines de vie.
Le t>-pe fig. 21 est un premier stade de stylisation. Les bras s'enroulent en spirales monotones, en rubans s'étageant les uns au-dessus des autres, dans un mouvement plus décoratif que réel. Puis, la schématisation s'accentue (fig. 22). Le décorateur, peu soucieux de la vérité, supprime les yeux, les suçoirs et plusieurs tentacules. Le corps prend l'aspect d'une racine pivotante. L'animal tout entier pourrait être aisément confondu avec un motif floral. Enfin l'artiste s'éloigne tout à fait du modèle (fig. 23). Comme le dessinateur chypriote, il semble avoir des yeux pour ne pas voir la nature. Il est abstrait mais il conserve, dans le développement du r>i;hme ornemental adopté, d'incontestables qualités.
Fig. 23. — Ornement xiRt dl" poulpe. — Détail d'une coupe mycénienne
Salle I. Vitrine 23-23.
British Muséum.
(i) Il ne m'a pas été possible d'exécuter ce dessin d'après l'original. Mais, pour la clarté de mon exposé, j'ai pensé utile d'en faire \m croquis d'après la planche de l'ouvrage ci-dessus relaté.
L'école rhodienne.
La grande floraison de la céramique rhodienne a lieu dans le courant du vue siècle av. J.-C.
La personnalité des Rhodiens se fait alors jour. Mais cette personnalité échappe un peu à l'exégète. Elle est malaisée à définir car elle n'exclut pas, comme on pourrait le croire, une puissante influence des modèles extérieurs. Les Rhodiens s'inspirent des broderies venues d'Orient (i), ils reproduisent les animaux de l'art oriental.
Pourtant ils savent rester Grecs.
Sont-ils les héritiers directs de cet art barbare connu sous l'appellation de Style Dipyloii}
Ce style a eu trop peu de répercussion à Rhodes ; il faut chercher ailleurs et remonter plus haut dans le passé, jusqu'à l'art crétois et mycénien. Cet art, né sous l'influence de l'Orient, mais néanmoins très original par certains côtés, se manifeste à nouveau dans les créations des Rhodiens et les marque de sa séculaire empreinte.
La facture de l'école de Rhodes est aussi diftîcile à définir que son style. Elle est à la fois naturaliste et stylisée. LTn mélange bien dosé de réalisme et de maniérisme fait sa force.
(i) Nous apprenons, par les textes anciens, que les tapisseries grecques étaient orientales ou tout au moins fabriquées à la mode des Orientaux. Euripide emploie l'expression Bapêipwv ■J^iiTtiaTo, .significative à cet égard (Texte cité dans un volume de la Bibliothèque de l'enseignement des beux-arts : EuGK.N'E MiiNTZ. La Tapisserie, p. 35).
L'ECOLE RHODIENNE
Tout en conservant des attitudes familières et une grande vérité d'expression, les figures rhodiennes touchent de très près à l'héraldisme. L'artiste sait rendre les formes avec précision.
FiG. 24. — CEn'ochoé rhodiexne a zoxes d'animaux. — \iv= s. av. J.-C. — Louvre. Salle A, 110312.
Pourtant, il n'insiste pas sur le détail comme le fera plus tard le peintre des hydries dites de Csere. Il aime les grandes lignes, souples,
onduleuses, et se plaît à les conduire autour de la silhouette de son modèle, sans embarras, sans incertitude, sans repentir. Il y a là, avec de profondes modifications dues à l'esprit grec, quelque chose du dessin enveloppé des Êg>"ptiens.
Harmonie, eurythmie des lignes, savant équilibre des pleins et
FiG. 25. — Daim donnant du front sur le sol. — Détail d'une œnochoé rhodienne. Louvre. Salle A, n" 315.
des vides, correction et élégance des formes, telles sont les qualités dominantes du décor zoomorphe rhodien.
La disposition des animaux en zones circulaires superposées, qui n'est pas nouvelle dans l'art grec et dont l'origine semble orientale, ajoute à la beauté de ce décor (fig. 24).
C'est un moyen facile d'orner une grande surface sans avoir à chercher une composition d'ensemble, tâche délicate où l'artiste archaïque a plus de chance d'échouer que de réussir (i).
Les zones des œnochoés rhodiennes sont peu variées dans leur ornementation. Les animaux sont quelquefois représentés donnant
(i) Au moyen âge, sous l'influence de poussées artistiques venues d'Orient, !e même procédé fut souvent employé dans la décoration des églises. Dans les édifices romans, les tympans des portes sont divisés le plus souvent en deux et même trois registres horizontaux couverts de personnages miuxiscules. L'usage de ces registres se perpétue à travers l'époqtie dite «gothique ». Toutes les fois qu'une exception se produit elle est due à un artiste qui a le courage de rompre avec la tradition pour donner à son sujet la dimension de toute la surface à décorer.
I/ÉCOLE RHODIEXXE. . 37
du front sur le sol, daus une attitude violente (fig. 25) ou tombant sur les genoux et retournant la tête (fig. 26).
Mais le plus souvent ils broutent et se suivent à la file, dans le même sens (fig. 24). L'impression qui se dégage de ce décor est monotone. Mais cette monotonie, engendrée iDar l'esprit synthétique de l'artiste rhodien, est tout à fait charmante. L'effort tenté par les décorateurs de vases pour abandonner le procédé de l'ombre opaque et
Fig. 26. — Bouquetin tournant la tète. — Détail d'une œnochoé rhodienne. — Louvre. Sallf .•), n" 317.
se rapprocher de la grande peinture apparaît nettement dans certaines parties' du corps des animaux et dans les têtes dessinées au trait sur fond clair. Iv'incision, dont les potiers se servirent plus tard, n'est pas encore en usage. On emploie, à sa place, des blancs réservés qui exigent une sûreté de main toute particulière.
La technique de la peinture sur vases se complique et emprunte des formules à une autre industrie, à l'industrie textile.
Le décorateur use de son pinceau de façon à ce que ses représentations paraissent avoir été tissées dans une étoffe. S'il fait un bouquetin, l'animal donne l'impression d'une broderie brune foncée sur fond jaune pâle, dans laquelle un trait épais dessine le museau, la barbe, l'oreille et le dessous du ventre (fig. 27). Les œnochoés rhodiennes nous montrent donc la transposition, sur l'argile, des
motifs semés sur les riches tissus dont s'enorgueillissait la Grèce archaïque (i).
Les étoffes devaient affluer sur les marchés de Rhodes. Les plus grands centres de fabrication n'étaient pas loin, sur la côte d'Asie, à Millet et en Phénicie. Rien de surprenant, par conséquent, de voir les céramistes, hommes de métier très humble, imiter ces tissus qui jouissaient d'une si grande renommée. Des objets de différentes na-
Kio. 27. — Bouquetin broutant. — Détail d'une œnoc'.ioé r'.iodie;ine. — Louvre. Salle A, n" 317.
tures, spécialement des objets en métal ciselé, ont encore contribué à faire leur éducation artistique et ils leur ont fourni quelques-uns de leurs éléments décoratifs les plus heureux.
L'artiste rhodien dessine à l'exemple des Orientaux, non seulement les animaux existant dans la nature, lions, bouquetins, daims, taureaux, sangliers, chiens, oiseaux, etc., mais encore les figures allégoriques : sphinx, chimères, griffons. Son travail est pourtant plus qu'un simple reflet de l'art oriental. De cet art il ne s'inspire que pour rendre avec plus de précision encore sa pensée personnelle. Il s'affranchit, en effet, de certaines règles rigoureusement appliquées en
(i) Il n'est pas rare, de nos jours encore, de voir des artistes s'approprier, sans raison pratique, les procédés employés par nécessité, dans un autre art que le leur. C'est ainsi que certains peintres cernent leurs figures d'un large trait noir imitant le sertissage en plomb des vitraux.