I-IG
■ Protome de fauve a tête de f.\ce. — Peiiituru d'un bombylios corinthien.
■ CoUeclinn Morin,
fauve est en colère, est ici rendu par un zigzag tracé par l'artiste avec rage (fig. 83). Le dessin de l'œil varie légèrement d'une étude à l'autre (fig. 83 et 84). L'oreille est toujours schématisée de la même manière. La crinière est exprimée par un simple quadrillé. Des lignes parallèles figurent les poils des joues et les moustaches.
La tête du fauve de face émane d'une formule presque invariable, très simple, facile à retracer de mémoire (fig. 85). Le dessin de l'oreille est le même que dans la tête de profil. Le nez est formé par deux lignes droites s'écartant légèrement vers le bas et rejoignant, dans le haut, les traits qui indiquent les arcades sourcilières. Le naseau est formé de deux demi-circonférences se soudant à la ligne du nez. Au centre de ces demi-circonférences, on trace souvent un
L'ÉCOLE CORINTHIENNE. 79
petit rond. L'œil est un cercle accosté de deux traits courts. Qu'on
FiG. 86. — TÊTE DE FAUVE DE FACE. — Détail d'un sarcophage de Clazomène. — Musée de Vienne
Autriche) .
compare ce dessin à une tête de fauve de facture ionienne et on saisira
FiG. 87. — Sphixx corinthien. — Peinture d'un aryballe du Louvre. Salle E, n" 575
la différence profonde qui existe entre le travail expressif des Corinthiens et le faire descriptif des Ioniens (fig. 86) .
Animaux mythologiques. — Les peintres de Corinthe ont fait défiler sur leurs vases une foule d'animaux chimériques empruntés à
Fio. 88. — OISE.M' A TÊTE DE F.\uvE TOURNÉE DI-; FACE. — Peinture d'un bombylios corintliien.
Collection Morin, n" 2474.
l'art oriental. Dans ces figures mythologiques, le surnaturel n'intervient pas. On y voit seulement l'association d'éléments réels que la
FiG.
ARYB.\LLE CORIXTiriEX DÉCORÉ D'UN OISEAU A TÊTE DE F.\UVE TOURNÉE DE FACE.
Collection Morin, n" 470.
nature n'associe jamais entre eux. L'art grec n'a pas compris le merveilleux comme 1 art médiéval. L'artiste du moyen âge cherche
L'ÉCOLE CORINTHIENNE. 8i
dans un monde fantastique luie forme absolument étrangère à
I-iG. go. — Monstre a corps d'oiseau et a tête de griffon. — Peinture d'mi cratère corinthien
Louvre. Salle E, n" 621.
FiG. 91. — Sirène. — Peinture d'un cratère corinthien. — Louvre. Salle E, n" 622.
la réalité et invente les guivres, les dragons, les tarasques, les
orques. L'artiste corinthien, lui, crée des monstres avec des formules
l'IG.
Gkiu'o.n a ailes courbes. — rtiiilurc d'un ;iryb;iUe coriiitliicii truiivé- à Rhodes. — Louvre. Salle A, n" 456.
identiques à celles qui lui ont servi à dessiner des êtres vrais.
FiG. 93. — I.ION AILÉ. — Décor d'un grand bonibylios corinthien. — Collection Morin, n" 2775.
En associant le corps du f avive aux ailes de l'oiseau et à une tête
L'ÉCOLE CORINTHIEXNE.
humane, il obtient un très beau sphinx (fig. 87). Autre combinaison : il joint le corps d'un oiseau à une tête de fauve tournée de face (fig. 88 et 89) . Que cette tête de fauve disparaisse pour faire place à une tête de griffon, un nouveau monstre est créé (fig. go). Qu'on substitue un élégant faciès féminin à un terrible bec de griffon, et voilà une sirène constituée de toutes pièces et admirablement établie (fig. 91). Le griffon (fig. 92) et le lion ailé (fig 93) sont de belles images.
FiG. 94. — Sphin-x a .ule courbe. — Détail d'uu cratère curiuthien. • — Louvre. Salle E, n" C22.
de superbes figures héraldiques, où le rj'thme artistique ne sent ni l'effort ni la recherche.
Les animaux mythologiques corinthiens sont souvent traités dans un sentiment ionien (fig. 91 et 94) . Ici, le j lignes sont à la fois souples et harmonieuses. La queue noire du sphinx blanc se présente comme un beau rinceau, comme un élément de décor bien comj)ris. Un pas de plus dans cet ordre d'idées et nous sommes en plein domaine de la fantaisie, de cette somptueuse fantaisie qui couvrira im jour de ses
trésors les manuscrits carolingiens et les faïences italiennes des Fontana et des Patanazzi.
Groupes rythmiques. Parti symétrique. — Dans la plupart de ses compositions, le décorateur corinthien donne à la symétrie une importance capitale. Au lieu de se suivre à la file, les animaux qu'il peint se regardent, s'affrontent, forment pendants auprès d'un motif
FiG. 1)5. — BOMBYLIOS CORINTHIEN ORNÉ DE DEUX LIONS AFFRONTÉS ET SÉPARÉS PAR UN OISEAU.
Collection Moiin, n" 474.
central (fig. 95) . Cette conception, qui semble spéciale à l'art grec du continent, est pourtant originaire de l'Orient. La loi du parti symétrique régissait déjà les décorations les plus anciennes de la Chaldée (i) . Quelques peintures de vases chj^riotes lui obéissent. Les œnochoés rhodiennes, les sarcophages de Clazomène, les poteries ioniennes y sont aussi quelquefois soumis. Mais à Corinthe on se référait plus que partout ailleurs aux principes qui composent cette loi. Voici, par
(i) Armoiries de Sirpourla sur le vase d'argent d'Iiutéména et décor du gobelet de Goudéa, Voy. HeuzEY, Catalogue des antiquités chnldéennes du musée du Louvre, p. 281, n" 125, p. 373, n" 21S.
L'ÉCOLE CORINTHIENNE. ■ 85
exemple, la -',-.'<'.% hizCn, l'Artemis persique, déesse protectrice de la
FiG. 96. — L'artémis peksique, tenant un oiseau dans chaque main. — Peinture d'un petit bombylioç
corinthien. — - Louvre. Salle E, n» 589.
nature animale, tenant, comme sur les cylindres asiatiques, un oiseau
FiG. 97. — I,IONS RUGISSANT .AFFRONTÉS. — DéUiil (l'un cratère corintliicu. — Louvre. Salle E, n" 62S.
dans chaque main (fig.96). Hormis la tête et les jambes de la déesse, placées de profil, l'ensemble de la composition est soumis au parti
symétrique absolu. Le même motif est placé de part et d'autre d'un
PiG. <)8. Dauphins affrontés. — Décor d'un aryballe corinthien trouvé à Rhodes. — Louvre. Salle A,
FiG. 99. — Coqs affrontés. — Décor d'un bombyho.s cirintliic-n. — Collection Morin, n° 2547.
FiG. 100. — Animal fantastique composé de deux corps d'oiseaux réunis par une tête de fauve VUE DE face. — Décor d'un aryballe corinthien trouvé à Rhodes. — Louvre. Salle A, n" 449.
axe imaginaire. La même symétrie est observée dans le dessin de ces deux lions (fig. 97) dont la fameuse porte de Mycènes nous offre une
L'ÉCOLE CORINTHIENNE
répétition ; dans la représentation de deux dauphins (fig. g8) , de deux coqs (fig. 99), d'im oiseau à double corps et à tête de fauve de face (i)
(i) Les exemples d'animaux à double corps sont fréquents dans les arts décoratifs apparentés à l'Orient. Cette combinaison bizarre existait à l'époque Cretoise. On la trouve, sur des
Fig. V. — Monstre a double corps irr .\ riVrE UNIQUE. — Chapiteau du porche de la collégiale Saint-Ours à Loclies (Indre-et-Loire). Époque romane.
Vie. VI. — Monstre a double corp.s et a TiiTi-; UNIQUE. — Fragment d'un plafond du xiu» s. ap. J.-C. trouve en 1896 à Metz dans l'école supérieure des filles. — M usée archéologique de Metz (Lorraine).
monnaies, à diverses époques (Monnaie de Sigée ornée d'une cliouette à deux corps iV s. av. J.-C). Elle réapparaît beaucoup plus tard dans les motifs de sculpture de la période romane : chapiteaux du Mans (fig.VIII), de Poitiers, d'Arles, de Moissac,de Tliouars (église Saint-Médard.
Deux salamandres stylisées n'ayant qu'une tête humaine), de Bressuire (deux lions confondant leurs occiputs en une face d'homme), de Saumur (église Saint-Nicolas. Deux cervidés n'ayant qu'une tête et deux quadrupèdes androphages à chef unique), de Civray (façade de l'église. Deux oiseaux à tête humaine unique), du Puy (fig.
VII), de Loches (fig. V), de Milan
Fig. VII.
Animal .\ double Fig.VIII.
Monstre Fig. IX. — .\nimal fantastique a dou-