‹ Le dessinChapitre 14 sur 50 · L. David · texte numérisé non relu

L. David

Les demi-teintes du côté de l'ombre doivent être toujours et sont en effet plus fortes et plus décolorées que du côté du clair ; c'est d’ailleurs le moyen de ne pas faire paraître les ombres noires.

Cité par Paillot de Montabert.

J. Constable (1776-1837).

Le clair-obscur n'est aucunement borné aux tableaux sombres... On peut le définir comme le pouvoir qui crée l'espace ; nous le trouvons partout et à tous les moments dans la nature; opposition, union, lumière, ombre, nuance, réflexion et réfraction, tout y contribue.

D’après les souvenirs recueillis par C.-R. Leslie.

E. Delacroix (1799-1863).

Bien distinguer les différents plans en les circonscrivant respectivement; les classer chacun dans l'ordre où ils se présentent au jour, discerner avant de peindre ceux qui sont de même valeur. Ainsi, par exemple, dans un dessin sur papier coloré, faire serpenter les luisants avec le blanc; puis les lumières faites encore avec du blanc, mais moins vif; ensuite celles des demiteintes que l'on ménage avec le papier, ensuite une première demi-teinte avec le crayon, etc.

Quand sur le bord d'un plan que vous avez bien établi, vous avez un peu plus de clair qu'au centre, vous prononcez d'autant plus son méplat ou sa saillie. C'est là surtout le secret du modelé. On aura beau mettre du noir, on n'aura pas du modelé. Il s'ensuit qu’avec très peu de chose on peut modeler.

Journal (Plon, éditeur).

Th. Rousseau (1812-1867).

On appelle modeler , à l’atelier, copier toute? les différentes parties d’un corps et les fusionner en vue de former le relief de ce corps, regardé uniquement pour son relief partiel ; on fera le fond après. On n’en est pas encore à l’ensemble général du tout. Voilà ce qui se nomme le mode, dérivé de modeler : mode de lumière, mode harmonique, mode coloré, mode d’expression ou de dessin. Mais ce modelé partiel, bon en lui-même, n’est que le premier acte du tout, et ce tout doit comporter le modelé général, ou symphonique, ou modelé de l’universel. On dit alors qu’un tableau est peint dans un mode gris comme Ostade, roux comme Rembrandt, argentin comme Véronèse, doré comme Titien, parce que ces maîtres ont rendu une expression lumineuse dans une universalité spécialement colorée, une modalité particulière et universelle tout à la fois qui a frappé leur vue.

Ainsi, ayant une médaille grecque dans ma poche, j’emporte avec moi toute la nature, parce que le modelé n’est pas celui d’un corps isolé, mais prend sa source dans la perception de l’agence universelle de la lumière, parce que cette médaille est modelée en raison de ce qu’un corps peut emprunter de relief particulier à l’air vital et lumineux; tandis qu’une sculpture, belle encore dans l’expression isolée d’un type, le restreint dans sa spécialité en perdant de vue cette agence universelle lumineuse. Le modelé ne peut donc être qu’une conception, et la plus grande de toutes. C’est là l’épreuve absolue de l’art ; c'est lui qui a rendu les Ninivites, les Égyptiens, les Grecs éternels.

Ainsi, il faut qu’un sauvageon ait cru dans la paix et dans la rudesse des solitudes pour qu’il y ait de beaux fruits et de beaux

rosiers dans nos jardins, de même il faut que Famé de l’artiste ait pris sa plénitude dans l’infini de la nature, pour que nous ayons profit à la représentation qu’il fera d’un type particulier approprié à nos usages de civilisation... De tous côtés, sous toutes les formes, je vois sous les yeux le modelé, le vrai but de l’art.

Cité par Alfred Sensier. ( Souvenirs sur Th. Rousseau.)

R. Topffer (1799-1846).

L’art moderne a beaucoup cultivé le clair-obscur ; il y a cherché des effets et des moyens. C’est qu’à la vérité peu de ressources sont aussi riches pour ajouter à ^représentation des objets la vérité, du charme et un singulier agrément pour l’œil. Mais surtout la lumière ne s’imite bien que par le clair-obscur, et sans lui l’art serait impuissant à la reproduire ; car quel rapport y a-t-il entre le ion le plus clair de votre palette et la lumière du soleil? Comment vaus approcherez- vous de celle-ci par l’imitation directe? Votre ton le plus lumineux n’est-il pas terne, opaque, en comparaison du brillant éclat d’un corps qu’éclaire l’astre du jour? Epuisez vos blancs, vos jaunes, vos clairs, vous n’atteindrez pas à faire de la lumière; rendez bien ces reflets obscurs qui sont accessibles à vos procédés, vous en inonderez votre tableau, tout sombre qu’il est : demandez à Rembrandt.

Réflexions et menus propos.

J. Breton (1827-1906).

Dans sa plus simple expression, le modelé est la science de dégrader les ombres et les lumières et de les distribuer afin de faire saillir les reliefs. Cette faculté lui donne, à elle seule, une importance majeure parmi les moyens dont l’art se sert. Mais

le modelé n’entre vraiment dans le sentiment esthétique que par les mille ramifications qui étendent à l’infini son règne.

Le modelé est un des agents les plus considérables de l’art de peindre. Il se mêle à tout, il enveloppe tout. 11 sert de près chaque objet, et il le fond dans l’unité des grands ensembles...

Il est la clarté, il est la magie ; il est le mystère, il est la force ; il donne à chaque chose sa vie propre.

Il s’adapte au sentiment de chaque artiste dont il est le serviteur actif et expressif par excellence.

On entend par valeur , la condition des objets par rapport à leurs différences relatives de teintes plus ou moins foncées ou plus ou moins claires. C'est surtout cette partie de l’effet que l’on désigne sous le nom de clair-obscur.

La perception et la compréhension des colorations et des valeurs font tout le secret du coloriste. Je n’ai pas besoin de dire que les valeurs sont soumises aux mêmes modifications ambiantes que les couleurs. C'est ce qui rend leur observation difficile.

La Peinture. (Librairie de l’art ancien et moderne.)

E. Carrière (1849-I906j.

Une œuvre d’art exige le respect de la proportion des volumes et des valeurs, le sens de leur proportion d’intérêt par rapport à l’ensemble.

Écrits et lettres choisies . (Mercure de France 1909.)

F. -J.-A. Bracquemond (1823-1914).

Le mot valeur spécifie, pour la lumière, l’intensité de clarté, abstraction faite de toute idée de couleur. Il indique ce que valent une couleur, une nuance, un ton, une teinte, mesurés sur l’échelle graduée entre le blanc et le noir, limites extrêmes

de. la lumière. Il évoque l’idée de contraste, provenant de la clarté et de l'obscurité, du blanc et du noir, et de tous leurs composés.

Le modelé est la distribution, dans les œuvres d'art, des valeurs claires et des valeurs obscures, à l'imitation des lumières, des reflets et des ombres dans la nature. Le modelé contenant la plus grande partie de ce que définit le mot dessin, il doit, dans ses applications propres, être pris pour le dessin lui-même.

C’est par la science du modelé que l'on doit classer toutes les œuvres de l’art; qu’elles émanent de ceux qui pratiquent les conventions du dessinateur ou de ceux qui suivent les errements du coloriste, la constatation de sa présence doit, pour ainsi dire, précéder tout examen d’impression sentimentale.

Du dessin et de la couleur (Fasquelle, édit.).

Cl. -H. Watelet (1748-1786).

Dans les objets qui ne sont éclairés que du jour naturel, c'està-dire sans effet de soleil, comme par exemple, dans une figure étant debout, le haut est toujours plus fort dans ses ombres, que ne l’est la partie d'en bas, parce que celle-ci est à portée de recevoir les reflets du pavé et du terrain, dont l’effet diminue à mesure qu'il s'éloigne de sa cause, et fait place à des masses qui montent en brunissant toujours. Souvenez-vous bien de ce dernier point d'intelligence ; car il est d'un usage universel. En le suivant, notre figure paraîtra être réellement debout ; en le négligeant, elle aura souvent l’air de tomber à la renverse.

Dictionnaire des Arts de Peinture.

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