‹ Le dessinChapitre 15 sur 50 · VI. — L’ÉTUDE DE L’ANTIQUE · texte numérisé non relu

VI. — L’ÉTUDE DE L’ANTIQUE

La ligne et le modelé ne sont que des moyens d'arriver à V expression de la beauté de la forme. Mais cette beauté même , où en trouverons-nous le modèle ? Les maîtres , non seulement ceux de l'école classique , mais on pourrait presque dire ceux de toutes les écoles , sauf certains réalistes intransigeants de ces dernières années, nous ont répondu en nous invitant à étudier les anciens . La documentation abondante que nous réunissons ici, et que nous aurions pu sans peine augmenter encore , nous prouve que sur ce point l'opinion générale est concluante. Mais il ne s'ensuit pas que cette étude des anciens doive s'effectuer avec un fanatisme aveugle, sans mesure et sans choix. Plusieurs des maîtres les plus illustres, et notamment Rubens, nous expliqueront comment cette étude doit être dirigée , et à quelles conditions elle peut être féconde.

Rubens (1577-1040).

Il y a des Peintres à qui l’imitation des statues antiques est très utile et à d’autres dangereuse, jusqu’à la destruction de leur art. Je conclus néanmoins que pour la dernière perfection de la Peinture, il est nécessaire d’avoir l’intelligence des Antiques, voire même d’en être pénétré ; mais qu’il est nécessaire aussi que l’usage en soit judicieux, et qu’il ne sente la pierre en façon quelconque. Car l’on voit des Peintres ignorans, et même des savans qui ne savent pas distinguer la manière d’avec la forme, la figure d’avec la pierre, ni la nécessité où est le sculpteur de se servir du marbre, d’avec l’artifice dont il s’emploie.

Il est constant que les statues les plus belles sont très utiles, comme lesr mauvaises sont inutiles et même dangereuses. Il y

L’ÉTUDE DE L’ANTIQUE

a de jeunes Peintres qui s’imaginent être bien avances, quand ils ont tiré de ces figures je ne sais quoi de dur, de terminé, de difficile et de ce qui est plus épineux dans l’anatomie ; mais tous ces soins vont à la honte de la Nature, puisqu’ au lieu d’imiter la chair, ils ne représentent que du marbre teint de diverses couleurs. Car il y a plusieurs accidens à remarquer, ou plutôt à éviter dans les statues même les plus belles, lesquels ne viennent point de la faute de l’ouvrier. Ils consistent principalement dans la différence des ombres ; vu que la. chair, la peau, les cartilages, par leur qualité diaphane adoucissent, pour ainsi dire la dureté des contours, et font éviter beaucoup d’écueils qui se trouvent dans les statues, à cause de leur ombre noire, qui par son obscurité fait paroître la pierre, quoique très opaque, encore plus dure et plus opaque qu’elle n’est en effet. Ajoutez à cela qu’il y a dans le naturel certains endroits qui changent selon les divers mouvemens, et qui, à cause de la souplesse de la peau, sont quelquefois, tantôt unis et tendus, et tantôt pliés et ramassés, que les sculpteurs pour l’ordinaire ont pris soin d’éviter ; mais que les plus habiles n'ont pas négligés et qui sont absolument nécessaires dans la Peinture, pourvu qu’on en use avec modération. Non seulement les ombres des statues, mais encore leurs lumières sont tout à fait différentes de celles du naturel; d’autant que l’éclat de la pierre et l’âpreté des jours dont elle est frappée élève la superficie plus qu’il ne faut, ou du moins font paroître aux yeux des choses qui ne doivent point être.

Cité par de Piles : Cours dé Peinture.

A. Félibien (1619-1695).

Les antiques doivent estre aux Peintres comme des verres au travers desquels ils puissent voir la nature; ou bien des

miroirs qui leur en découvrent les défauts; et non pas s'en servir, comme je viens de dire, en l’estât, qu’on la trouve. Il y a bien de la différence entre une statue et le corps d’un homme vivant; les jours et les ombres ne font pas sur le marbre les mesmes effets qu’ils font sur la chair. Il y a des choses dans le naturel qui ne se trouvent pas dans les ouvrages de sculpture, comme les cheveux, la barbe, le poil des sourcils et plusieurs autres particularités.

Entretiens.

Louis Galloche (1670-I76i).

L’antique est sans doute une des plus solides bases de nos connaissances ; c’est un guide sûr pour arriver au sublime.

Conférence à V Académie royale de Peinture.

Cl. -H. Watelet (1718-1786).

Opinion soumise par J. -S. Bourdon à l'Académie royale. — II1 lui fît entendre qu’il serait à souhaiter, qu’après avoir dessiné une figure d’après nature et y avoir mis tout ce qu’il savoit faire, le même Etudiant fît un autre trait de cette figure, sur un papier à part. Il supposoit cet Etudiant encore plein de l’Antique, et il demandoit qu’en faisant cette seconde opération le jeune Dessinateur cherchât dans ce nouveau trait, à donner à sa figure le caractère de quelque figure antique, del’Hercule-Gommode, par exemple, ou bien de quelque autre statue dont il se sentiroit plus particulièrement affecté et qui seroit plus fraîchement imprimée dans sa mémoire ; qu’il vérifiât ensuite, le compas à la main, si ce qu’il avoit dessiné d’après nature était dans les mesures que donnoit l’Antique, et supposé qu’il en différât en quelque endroit, il exhortoit l’Élève à se corriger et à s’assujettir à des mesures, dont on pouvoit d’autant plus

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