PREMIÈRES OBSERVATIONS DU MAITRE
commence, par exemple, à dessiner des choses aussi aisées que possible, pour former la main, et avec le stylet va sur la tablette si légèrement qu'on puisse à peine voir d'abord ce que tu commences à faire, augmentant les traits peu à peu, et en revenant souvent pour faire l’ombre. Aux extrémités que tu veux faire plus obscures, il faut revenir plus souvent, et au contraire sur les reliefs retoucher très peu. Il faut prendre pour timon et pour guide de ce que tu peux voir la lumière du soleil, celle de ton œil et ta main. Sans ces trois choses on ne peut rien, faire de raisonnable. Place-toi, quand tu dessines, sous une lumière tempérée; que le soleil te batte du côté gauche. Préparé de cette façon, tu peux commencer à te risquer sur le dessin, faisant peu chaque jour pour ne pas te dégoûter et te rebuter.
Prends d'abord ton charbon taillé fin comme le serait une plume ou un stylet1. Pour te faire une première mesure, prends une des trois parties de la tête, qui est divisée en trois mesures égales : la tête, le visage et la bouche avec le menton.
Une de ces «trois mesures te guidera pour toute la figure. L'architecture des fonds qui séparent les figures te sera un excellent guide, en appliquant ton intelligence à en faire bon usage. Tu auras besoin de ces moyens dans le cas où la figure à copier serait élevée, et que tu n’y pourrais pas atteindre avec la main pour prendre tes mesures.
11 convient que ton intelligence te serve de guide, tu trouve-
1. Dans la citation précédente, Cennini recommande de dessiner avec un stylet, ou avec un charbon. Il n’y a pas contradiction entre les deux préceptes. D'un côté, Cennini donne une méthode générale pour former le dessinateur et arriver à une belle exécution. De l'autre il explique comment on procède pour établir son dessin. On trace donc au charbon les indications qui permettront d'achever l’œuvre avec la sécurité que donne une construction correcte.
ras la vérité par les moyens que je te donne. Si le premier trait de ta figure ou de ton sujet ne se trouvait pas bien en proportion, aie une plume de poule ou d’oie, frotte et époussette le charbon avec lequel tu as dessiné, tout s’en ira. Recommence à nouveau tant que tu voies que les proportions de ta figure concordent avec celles du modèle. Ensuite, quand tu juges que tu approches du bien, prends une pointe d’argent, et va caressant les contours et les extrémités de ton dessin, et ainsi sur les plis principaux. Quand tu as fini, reprends la plume, époussette bien tout le charhon, il te restera un dessin propre arrêté au crayon.
Le Livre de l'Art. (Trad. Mottez.
Bibliothèque de l’Occident.)
Léonard de Vinci (1452 1519).
Quand tu dessines d’après nature, tiens-toi éloigné de trois fois la grandeur de la chose que tu dessines.
Toute figure t’oblige à prendre l’éclairage dans lequel tu veux l’exécuter : c’est-à-dire que si tu fais des figures en plein air, elles seront entourées d’une grande clarté, si le soleil n’est pas couvert; et si le soleil regarde tes figures, leurs ombres seront très fortes par rapport aux parties éclairées, et les extrémités de ces ombres seront nettes, aussi bien les primitives que les dérivées. Mais ces ombres comporteront un peu de lumière, parce que d’un côté brille l’azur de l’air qui teinte la partie qu’il regarde, ce qui se constate dans les objets bleus où cette partie éclairée participe à la couleur solaire. On le voit quand le soleil se couche à l’horizon dans la rougeur des nuages, qui se teintent de la couleur de l’astre; et cette rougeur des nuages avec celle du soleil rougissent tout ce que leurs rayons atteignent ; et la partie des corps qui n’est pas fournée de ce côté reste de la couleur de l’air.