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IX. — LES CORRECTIONS DU MAITRE

Ce n'est pas tout de se placer à la bonne distance et de manier comme il faut ses instruments de travail . Il faut encore apprendre avoir le modèle. Et ici les maîtres {Léonard de Vinci , Gros , Ingres , Delacroix Th. Couture) inviteront l'élève à dessiner lentement, en observant , l'effet et l'ensemble. Surtout il doit éliminer les détails ( Etex ), éviter la monotonie des lignes trop régulières (Hogarih) et des effets de lumière qui se répètent (Dandré-Bardon) ; enfin si l'on en croit Paillot de Montaberl, il faut se méfier des équivoques.

Voilà les conseils pratiques qui seront donnés par les maîtres qui suivent d'un œil attentif le travail de notre élève.

Léonard de Vinci (1452-4519).

Quand tu voudras faire bonne et utile étude, dessine lentement, et vois quelles lumières trouvent le premier degré de

clarté, et, parmi les ombres, quelles sont les plus obscures que les autres, et comment elles se mêlent et combien, et compare Tune avec l’autre et la direction des lignes ; et dans les lignes, quelle partie tourne vers l’un ou l’autre côté, et là où elle est plus ou moins évidente, ou large, ou ténue. Enfin, quelles ombres et lumières sont unies sans traits ou signes, en manière de fumée, et quand tu auras fait ta main avec jugement de cette application, tu pourras faire vite, si tu la pratiques.

Traité de la Peinture. (Trad. Péladan, Delagrave, éditeur.)

Gros (4771-1835).

Gros répétait souvent aux dessinateurs : « Il faut procéder par ensemble : ensemble de mouvement, des longueurs, de lumière et d’ombre, ensemble d’effet. Vous ne devez, disait-il, vous occuper d’une portion sans regarder le tout ; faites-vous la tôte? regardez les pieds et ainsi du reste. « Selon ce précepte, il ne laissait poser le crayon blanG sur un papier coloré, qu’après l’achèvement complet du travail de l’estompe, en réservant toujours le ton même de la feuille entre la lumière et l’estompage surajoutés de façon à utiliser la demi-teinte toute faite. Il résumait ainsi ce système : « Conduisez simultanément chaque partie, de telle sorte que si notre besogne venait à être interrompue, il y ait homogénéité dans chaque partie, quel qu’en soit le degré d’avancement. »

Gros et ses ouvrages.

J. A -D Ingres (1780-1867).

Dans la construction d’une figure, ne procédez point par morceaux. Conduisez tout en même temps et, comme on dit fort bien, dessinez « l’ensemble ».

Cité par Delaborde : Ingres (Plon éditeur).

LES CORRECTIONS DU MAITRE

E. Delacroix (1799 1863).

En tout objet la première chose à saisir pour le rendre avec le dessin, c’est le contraste des lignes principales. Avant déposer le crayon sur le papier, en être bien frappé. Dans Girodet, par exempie, cela se trouve bien en partie dans son ouvrage, parce qu’à force d’être tendu sur le modèle, il a attrapé à tort et à travers quelque chose de sa grâce, mais cela s’y trouve comme par hasard. Il ne reconnaissait pas le principe en l’appliquant. X...1 me paraît Seul qui l’ait compris et exécuté. C’est là tout le secret de son dessin. Le plus difficile est comme lui de l’appliquer au corps entier. Ingres l’a trouvé dans les détails des mains, etc. Sans artifices pour aider l’œil, il serait, impossible d’y arriver, tel que de prolonger une ligne, etc., dessiner souvent à la vitre. Tous les autres peintres, sans en excepter Michel-Ange et Raphaël, ont dessiné d’instinct, de fougue, et ont trouvé la grâce à force d’en être frappés dans la nature ; mais ils ne connaissaient pas le secret de X... : la justesse de l’œil. Ce n’est pas au moment de l’exécution qu’il faut se bander à l’étude avec des mesures, des aplombs, etc. ; il faut de longue main avoir cette justesse qui, en présenco de la nature, aidera de soi-même le besoin impétueux de la rendre. Wilkie aussi a le secret. Dans les portraits, indispensable. Quand par exemple on a fait des ensembles avec cette connaissance de cause, qu’on sait pour ainsi dire les lignes par cœur, on pourrait en quelque sorte les reproduire géométriquement sur le tableau. Portraits de femme surtout; il est nécessaire de commencer par la grâce de l’ensemble. Si vous commencez par les détails, vous serez toujours lourd. Témoin, ayez à dessiner un cheval fin, si vous vous

. Nom biffé sur le manuscrit.

laissez aller aux détails, votre contour ne sera jamais assez accusé.

Journal (PIod éditeur).

A. Etex (1808-1888).

Jusqu’ici le plus grand obstacle que les élèves qui débutent rencontrent dans les modèles de dessin qu’on leur fait copier, c’est la difficulté d’exécuter les détails qui leur sautent aux yeux, et qu’ils veulent rendre avant d’avoir trouvé la masse. Si, à un élève qui commence, qui n’a pas appris la géométrie et la perspective, vous présentez le dessin d’un œil, par exemple, il ne manquera jamais de commencer par attaquer un détail, le plus apparent : les cils, les sourcils, en ayant soin d’en compter chaque poil. C’est pourquoi il faut donner aux élèves des modèles simples, très simples, afin d’habituer leurs yeux à ne juger toujours, à ne procéder que par la masse, et de passer du simple au composé. De ces commencements dépend souvent tout le talent futur d’un artiste... Crayonner n’est pas dessiner... L’adresse arrive avec l’exercice. Cherchez à faire juste, même maladroitement; ensuite, vous ferez juste aussi, mais plus adroitement.

Cours élémentaire de Dessin.

Th Couture (1815 1879).

Que faut-il faire pour bien dessiner ?

Il faut se placer en face de l’objet que l’on veut représenter, avoir de bons outils, toujours propres; regarder avec une grande attention beaucoup plus ce que l’on voit que ce que l’on reproduit; avoir, permettez-moi ce calcul, trois quarts d’œil pour ce que l’on regarde et un quart d’œil pour ce que l’on dessine.

Partir, sur son dessin, d’une première distance, comparer

LES CORRECTIONS DU MAITRE

celles qui suivent en les rendant conséquentes de la première.

Établir, par le rêve ou par la réalité, une ligne horizontale et une ligne perpendiculaire devant les objets à reproduire, ce moyen est un excellent guide que Ton doit toujours garder.

Lorsque, par des indications légères, vous avez déterminé, indiqué vos places, alors, en clignant des yeux, vous regardez la nature. Cette façon de regarder simplifie les objets, les détails disparaissent; vous n’apercevez plus que de grandes divisions de lumière et d’ombre. C’est alors que vous établissez vos bases; lorsqu’elles sont bien posées, vous ouvrez complètement les yeux et vous ajoutez des détails dans les limites tracées.

Il faut établir ce que j’appelle des dominantes pour les ombres et pour les lumières. Regardez bien votre modèle et demandez-vous quelle est sa lumière la plus vive et placez sur votre dessin la lumière à la place qu’elle occupe dans la nature; comme, par ce moyen, vous établissez une dominante, il va sans dire que vous ne devez pas la dépasser et que toutes les autres lumières lui seront subordonnées. Même opération, même calcul pour les ombres ; établir la vigueur la plus forte, le noir le plus intense; s’en servir comme d’un guide, d’un diapason, pour trouver les différentes valeurs de vos ombres et de vos demi-teintes.

Marchons toujours avec ordre et récapitulons.

Valeur de distance, valeur de lumière et valeur d’ombre.

Méthode et entretiens d'atelier.

W. Hogarth (1697-1764).

Eviter la régularité . — Une des règles fondamentales de la peinture est d’éviter la régularité. Lorsqu’on voit dans la nature un édifice ou quelqu’ autre objet, il est en notre puissance, en

changeant la disposition du terrain, de l’offrir sous le point de vue qui nous convient le mieux : c’est pourquoi le peintre qui veut placer quelque fabrique dans ses tableaux, la présente plutôt par un des angles que de front, afin de plaire davantage à l’œil ; parce qu’il rompt, par ce moyen, la régularité des lignes, sans que la convenance soit blessée. Si, par hasard, il est forcé de représenter l’édifice de front, et de maintenir tout le parallélisme des lignes, il cherche généralement à rompre cette désagréable régularité par quelque arbre, ou par l’ombre d’un nuage imaginaire, ou par quelqu’autre objet qui jette un peu de variété sur cette partie.

Analyse de la Beauté.

M - F. Dandré-Bardon (noo 1783).

Distribution de la Lumière. — On ne doit jamais répéter la lumière principale. Pour soutenir artistemcnt la Lumière principalë, il 'faut introduire des échos lumineux qui appellent successivement l’œil du spectateur, et qui le promenant d’un bout à l’autre sur des lignes diagonales, lui fassent paroi tre le tableau plus grand que la toile.

Traité de Peinture.

Paiflot de Montabert (1771-1849).

V équivoque dans le dessin. — Je sais que les peintres en général évitent des aspects qui produisent de singulières équivoques; cependant l’habitude que les dessinateurs se sont faite de considérer et d’imiter les objets sous toutes sortes de visions, leur rend moins choquantes certaines équivoques moindres, qu’il est cependant fort nécessaire d’éviter, vu la propriété de l’art, et ils doivent avoir à cet égard le même soin et la même attention que les écrivains qui se méfient des équivoques dans les mots dont la présence pourrait ou apporter un autre sens

FAUT-IL CORRIGER LA NATURE

ou rendre la pensée inintelligible. On sait que ces équivoques en peinture sont de mille espèces...

Ne serait-il pas ridicule, par exemple, de représenter dans un paysage une figure située précisément au dessus d'un piédestal, et comme en apparaîtrait la statue, quoique ce piédestal soit plus près de nous de vingt pieds que cette figure? Est-il sage de représenter une figure tellement de trois quarts, et, comme on dit, en profil perdu, que du milieu de la joue fuyante semble sortir le petit bout du nez?

Traité complet de la Peinture.

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