DE L’ANATOMIE
de l'anatomie profondément gravés dans son esprit, s'il ne connaît pas le jeu des parties du corps humain dans les diffé* rentes positions, bien loin que le modèle lui soit d’aucune utilité, il ne servira qu’à l'écarter de la vérité en lui montrant une chose absolument différente, ou du moins, en la lui indiquant d'une manière trop imparfaite*
Essai sur la Peinture.
Giambattista Passer] (1694-1780).
La plus grande erreur de la jeunesse inexpérimentée est qu’on puisse élever le monument de ses études, sans le soutien de solides fondations et qu'on puisse se contenter du plaisir que donne un brillant maniement du crayon, sans se préoccuper en ce qui concerne le nu, de la bonne intelligence de l'anatomie, tandis que celle-ci est nécessaire à un peintre pour mettre parfaitement les muscles à leur place et non selon son caprice et sa propre invention, comme il arrive à beaucoup, qui se sont laissés entraîner à cette négligence.
Vite de pitiorL (Traduction Henri Guerlin.)
D. Diderot (1713-1784).
L’Etude de l'Ecorché a sans doute ses avantages; mais n’est-il pas à craindre que cet écorché ne reste perpétuellement dans l'imagination ; que l'artiste n'on devienne entêté de la vanité de se montrer savant; que son œil corrompu ne puisse plus s'arrêter à la superficie; qu'en dépit de la peau et des graisses, il n'entrevoie toujours le muscle, son origine, son attache et son insertion; qu’il ne prononce tout fortement; qu’il ne soit dur et sec, et que je ne retrouve ce maudit écorché, même dans ses figures de femmes? Puisque je n’ai que l'extérieur à montrer, j'aimerais bien autant qu'on m’accoutumât à le bien
voir, et qu’on me dispensât d’une connaissance perfide qu’il faut que j’oublie.
Essai sur la Peinture.
G.-B. Piazzetta (1746-1826).
L’intelligence de l’anatomie, quoique peu réjouissante, est en grande partie nécessaire à un peintre, et dans les temps passés fut diligemment observée et étudiée par nos maîtres.
Studj di Pittura. (Traduction Henri Guerlin.)
Gh. Âlph. Dufresnoy (16H-1065).
Mais pour connaître bien ces leviers, ces poulies.
Qui font en tous les sens mouvoir le corps humain.
Il faut y pénétrer le scalpel à la main :
Alors l’Anatomie à vos vœux favorable,
Dévoile ses ressorts et leur chaîne admirable.
Mais apprenez des Grecs par quel art étonnant On peut les montrer tous en les dissimulant.
L’art de peindre.
Cl. -H. Watelet (1718-1786).
C’est de la connaissance des os et des deux premières couches des muscles que dépendent en grande partie la pondération , le mouvement , et X expression. Par cette raison Yanatomie est une des bases positives de la Peinture. Elle se lie naturellement à la pondération.
Y! anatomie et la perspective sont des sciences exactes; elles s’appuient sur des démonstrations : elles ont pour objet des vérités démontrées.
Lorsque dans les Ecoles, dans les ateliers et dans l’opinion publique, ces sciences ne seront plus considérées comme fondements indispensables de la Peinture, on pourra prononcer har-
diment que cet Art et les parties qui en dépendent sont menacés d'une prochaine décadence.
Dictionnaire des Arts de Peinturé.
J.-A.-D. Ingres (1780-1867).
« Vous avez appris Fanatomie? Ah! oui; eh bien! voilà où mène cette science affreuse, cette horrible chose, à laquelle je ne peux pas penser sans dégoût1. — Si j'avais dû apprendre Fanatomie, moi, messieurs, je ne me serais pas fait peintre. — Copiez donc tout bonnement la nature, tout bêtement, et vous serez déjà quelque chose. »
Cité par Amaury-Duval. Atelier d'Ingres. (Fasquelle, éditeur.)