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LA RENAISSANCE

Pour voir des monuments druidiques, je vous ai mené en Bretagne ; nous avons cherché des souvenirs romains en Provence et dans le midi de la France. Nous avons trouvé l’art ogival un peu partout, mais particulièrement dans l’Ilede-France ; de même la Renaissance, dont il n’est pas un département peut-être qui ne puisse montrer un chef-d’œuvre, a eu un splendide épanouissement sur les bords de la Loire et dans toute la Touraine. Qui ne connaît, au moins de réputation, ces merveilles appelées les châteaux de Blois, d’Amboise, de Chambord, Chenonceaux, Azay-le- Rideau et tant d’autres qu’il me serait trop long d’énumérer? Et à côté de ces demeures princières, de simples maisons de forme gracieuse offrent à notre admiration leurs fenêtres délicatement encadrées, leurs poutrelles apparentes finement sculptées, et les étages en encorbellement supportés par d’élégantes consoles également sculptées.

Et ces vestiges que l’on trouve avec une profusion si charmante en Touraine s’offrent à notre curiosité dans bien d’autres endroits : à Rouen, l’hôtel Bourgtheroulde, et tant de maisons particulières ; à Caen, l’hôtel d’Eco ville ; à Bayeux, la maison de la rue Saint-Martin ; à Lisieux, le manoir François Ier ; à Laval, une façade sur une maison près de la cathédrale (fig. 193), etc., etc. ; puis le château d’Anet, le château d’Ecouen, puis le palais de Fontainebleau, puis enfin à Paris le Louvre. Tous ces édifices se font remarquer par l’élégance raffinée de l’ensemble et par le goût charmant qui a présidé aux sculptures qui en forment l’ornementation : rinceaux, enroulements, encadrements de fenêtres formés dé panneaux linement sculptés, figures d’une grande sveltesse empruntées généralement à la mythologie, colonnes qui, dans les proportions prescrites par Yignole, se décorent de cannelures garnies de perles et de fleurons, de chapiteaux de fantaisie et de ces tambours saillants imaginés par Philibert Delorme ; pilastres appliqués, légèrement évidés et sculptés, médaillons d’où sortent de jolies têtes qui semblent vous regarder avec insistance comme pour appeler votre attention, cariatides aux formes extra-élégantes tenant lieu de colonnes et supportant les chapiteaux et les corniches ; tels sont les principaux éléments de l’art de la

Renaissance, au moyen desquels- les artistes du xvi® siècle surent créer, dans une période de pastiche et de retour à l’antique, des œuvres si vraiment françaises et d’une si charmante originalité.

Un mot suffira au sujet des vilaines et lourdes bâtisses qui, à la fin du xvi° siècle et ru commencement du suivant, furent le résultat de la réaction cléricale contre la tendance païenne de l’art de la Renaissance, et qui constituent ce que l’on appelle le style jésuite. Allez voir le portail de Saint-Gervais, celui de Saint-Paul, rue Saint- Antoine, à Paris, et si vous avez bien compris ce qui fait la grandeur et la beauté des édifices du moyen âge, le charme des châteaux et des palais de la Renaissance, vous vous rendrez compte de ce que devient l’art, quand il ne répond plus à un besoin vrai et qu’il s’efforce de ressusciter un sentiment éteint.

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