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STYLES LOUIS XIV ET LOUIS XV

Les objets mobiliers de l’époque de Louis XIV (fig. 240) présentent les mêmes qualités d'ampleur et de majesté que nous avons vues dans les monuments de ce

fig. 240.

style. Les lignes sont pures, l’ornementation, d’une grande richesse, est régulière sans froideur. Un style charmant qui prend naissance à cette époque, c’est celui du meuble à incrustations créé par Boulle. Commodes, armoires, tables, grandes pendules, cartels, se couvrent de dessins obtenus avec du cuivre incrusté à plat dans le bois ou dans l’écaille, et ces dessins sont comme un délicat prolongement des ornements de bronze en relief appliqués aux encoignures et sur les différentes parties du meuble (fig. 241).

Le xviiic siècle s’ouvre par celte période de galanterie raffinée et dissolue de la Régence qui se prolonge pendant le règne de Louis XV, et l'ameublement

semble s’être mis à l’unisson des mœurs (fig. 244). Une grâce coquette, nulle retenue, l’horreur de la ligne simple et de la régularité, tels sont les caractères dominants des meubles de cette époque. Bronze, bois, toutes les matières se contournent à plaisir pour obéir aux fantaisies étranges des artistes.

Et quand on songe qu’à cette même époque, les Voltaire, les Diderot, les d’Àlembert, les Rousseau agitaient les plus graves problèmes de l’humanité, et

préparaient la rénovation sociale de la fin dii siècle, c’est un contraste étrange pour l’esprit de se représenter ces philosophes assis dans des fauteuils aux formes contournées, aux moulures dorées, aux tapisseries coquettes représentant des scènes galantes à la Watteau, et écrivant Y Encyclopédie sur des bureaux à pieds de biches garnis de bronzes rocailleux.

Voilà un de ces contrastes dont nous parlions dans les chapitres sur la composition, et qui sont vraiment du domaine de la peinture. L’austérité et la

FTG. 243.

gravité du personnage exprimées par son attitude, par l’expression de son visage, par la couleur de ses vêtements (la fameuse robe de chambre de Diderot avec laquelle il essuyait le coin de sa table ou la poussière de ses livres) ; tout cela opposé aux formes des objets mobiliers qui l’entourent.

Une composi tion ainsi conçue éveille une foule d’idées dans l’esprit du spectateur.

On songe au luxe raffiné et dévergondé d’une société arrivée à son déclin..., à la Bastille, à l’exil qui attendent ceux dont les travaux vont précipiter la chute de cette société..., et cette impression sur l’esprit du spectateur est produite par dos moyens pittoresques, par la seule puissance des lignes et de la couleur.

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