ET DES GUERRES D’ITALIE
Louis XI réagit tant qu'il put par son exemple contre le luxe effréné île la toilette. Son intention était excellente : il voulait empêcher l’argent de France de passer à l'étranger, qui fournissait la soie, le velours, les fourrures nécessaires à la toilette ; dans la même pensée, il institua la fabrique de Lyon en 1466 et celle de Tours en 1480 où l’on devait imiter les tissus de fabrication orientale. Ses successeurs ne surent point tirer parti de ces créations. — Autour de lui les seigneurs de la cour continuèrent, malgré son exemple et ses admonestations, à étaler le luxe le plus effronté et pour lui il ne réussit qu’à être le gentilhomme le plus mal habillé de son temps.
L’admirable toile que l’on tirait alors de la Hollande donna naissance aux vêtements à crevées. On découpa à jour le pourpoint et les manches, afin de laisser voir au travers la chemise éclatante de blancheur et de finesse (fig. 272 et 273).
Laissons un moment la cour et ses vanités et cherchons à savoir comment, à cette époque, s'habillaient les marchands, les artisans, les gens de la campagne
(fig. 267, 268, 269, 270). Comme on le voit, les types de ces derniers ne sont pas conformes à celui qu’on se représente d’après le célèbre passage de La Bruyère. C’est qu’en effet le paysan du moyen âge était loin d’avoir l’aspect dégradé qu’on pouvait lui trouver sous le Grand Roi ; au moyen âge, des idées
d'indépendance, une aisance relative lui donnaient une conscience de sa valeur qui se reflétait dans son accoutrement et dans son maintien ; plus tard, les misères des guerres civiles, les impôts écrasants sous lesquels il succombait, lui firent prendre cette attitude accablée qui domine dans les représentations que nous en ont laissées les artistes du xvue siècle, d’accord avec La Bruyère (fig. 271).
On voit, à l’avènement de Charles YIII, comme un nouveau débordement de luxe et de parure. On semble vouloir se dédommager de la contrainte que Louis XI avait cherché à imposer, quoique sans y réussir. — Les personnes de la bourgeoisie veulent imiter l’exemple donné par les gens de la cour, et pour y parvenir ornent à l’envi les parties visibles du vêtement en formant d étoile grossière les parties cachées ; si bien que d’après les mémoires du temps, on ne distinguait plus un prince du sang, d’un bourgeois, un artisan d’un seigneur. — Une ordonnance do 1485 essaya de refréner cette dangereuse émulation; mais ses prescriptions ne s’appliquant, ni au roi, ni à sa famille, ni à sa maison, restèrent sans effet. Charles Ylil se garda bien d’imiter son prédécesseur et de prêcher l’exemple. — Il étalait au contraire sur sa personne et dans son entourage le faste le plus inouï, partant pour l’expédition d’Italie avec des habits de guerre enrichis de brocart, sur un cheval paré à l’avenant, et entouré de laquais couverts de velours et de drap d’or.
Au retour de ces campagnes, et dans toute la fin du xvü siècle, la mode, comme les arts, se ressent de l’influence italienne. Le goût flamand apporte aussi son contingent. Le linge, qui vient de la Flandre, continue à être l’objet d’une grande coquetterie, et on le laisse voir partout où cela est possible. Les femmes ont de gracieuses gorgerettes où, sous le nom de doux filet , on voit apparaître la première dentelle (fig. 275). Les hommes (fig. 274) montrent leur linge aux crevées des manches des pourpoints, et dans un espace ménagé à dessein entre le pourpoint et la braguette. Cette dernière pièce de l’ajustement affecte déjà la forme étrange qu’elle gardera pendant la presque totalité du xvi® siècle.
LE COSTUME
Sous Louis XII, le goût des bigarrures est général. Les vêtements sont de plusieurs couleurs, manche d’une façon, manche d’une autre, différence également entre les deux jambes ; souvent même chaque jambe se revêt de plusieurs couleurs différentes. La coiffure ne manque pas d’élégance. Les hommes ont un chaperon à bords retroussés retenus par une agrafe ; les femmes ont une coiffe appliquée sur la chevelure, et par-dessus laquelle elles posent une pièce
fig. 274. FIG. 275.
de drap, de satin, de damas ou de velours de couleur variée appelée chaperon (fig. 274 et 275).
Par un revirement complet, la chaussure des premières années du siècle, avec son immense poulaine pointue maintenue en avant au moyen de baleines, est abandonnée pour des souliers pattés beaucoup plus larges en avant qu’au talon.
Du reste le roi eut la sagesse de ne prendre aucune mesure restrictive contre la parure. Il se contenta de donner personnellement l’exemple d’une grande modération.