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DE VERSAILLES

Le règne de François Ier est une époque de luxe effréné, pour les deux sexes. Le goût n’y eut pas toujours une part suffisamment large. Les vêtements sont littéralement déchiquetés, brodés à outrance. Les femmes, songeant surtout à

faire valoir les étoffes dont elles font étalage, emprisonnent leur buste dans la basquine, sorte de corset raide, évasé par le haut, et soutiennent leur jupe par la vertugade , crinoline du temps, qui s’évase en sens inverse de la basquine

(fis- 216).

Les magnificences du camp du Drap d’Or ont laissé une trace ineffaçable dans l’histoire du costume de la Renaissance et peuvent être considérées comme la caractéristique de cette époque. — Les descriptions de costumes que l’on trouve dans Rabelais, notamment pour les hôtes de l’abbaye de Thelème , donnent aussi l'idée d’une grande richesse de couleur , et d’étoffes très somptueuses, brocart, velours, drap d’or déchiquetés, tailladés, ornés, garnis de mille façons. Cette desfio. 276. cription est fantaisiste, il est vrai, mais

Rabelais, comme artiste, a dû s’inspirer de ce qu il avait sous les yeux, des mœurs et des goûts de son temps, et comme moraliste il a bien pu avoir une pensée de critique contre le goût immodéré de la parure de ses contemporains. Quoi qu il en soit, on ne saurait apporter trop dej’ichesse et de chatoiement dans

LE COSTUME

la représentation d’une scène tirée de cette partie du xvi® siècle. Notre gravure 277 montre lin seigneur du temps de François Ier.

Sous Henri II, le goût s’épure. Le vêtement, beaucoup plus simple de coupe, porte pour tout ornement des rangs de galons en plus ou moins grand nombre. On dit alors qu'il est tracé (fig. 278).

La cape, petit manteau court, est également tracée sur les bords. Un toquet léger garni d’une plume sert de coiffure presque semblable pour les hommes et pour les femmes. Celles-ci renoncent à la robe découpée carrément en haut ; la leur est, comme le pourpoint des hommes, fermée au col et à la ceinture, et entr’ouverte dans toute la hauteur du buste.

Les horreurs des guerres civiles et de religion, les misères du temps n’empêchèrent pas le règne de Charles IX de marquer une recrudescence du luxe que les édits royaux n’arrêtèrent nullement.

— C’est sur des vêtements de forme recherchée et

d’étoffe luxueuse que se plaçèrent le brassant et la sinistre croix blanche de la Saint- Barthélemy.

Le dévergondage de l’habillement continue avec Henri III. Tout le monde connaît les honteuses modes efféminées des douteux hommes de ce temps.

Le règne d’Henri IV redonne la virilité au costume (fig. 279); mais, pour les femmes, la vertugade prend une importance lamentable, et la collerette, guindée sur des baleines, s’exagère jusqu’au ridicule (fig. 248) Nous avons déjà parlé de ce costume à la page 333, nous ajouterons que les femmes de cette époque trouvaient ingénieux de s’enduire la chevelure d’une gomme sur laquelle elles répandaient de la poudre variée selon la couleur des cheveux — qu’elles se parsemaient le visage de mouches de taffetas noir souvent fort grandes, qu'enfin elles haussaient leurs pieds sur des sortes de patins destinés à avantager leur taille ! que d’efforts pour

enlaidir la nature!!! Combien j’aime mieux le costume sans apprêt de la servante que voici (fig. 280). Avec le règne de Louis XIII apparaissent des modes de fort belle allure. La fraise a fait place au col rabattu ; l’habit, suffisamment large, point trop développé, donne de l’aisance au corps ; les chausses allongées au-dessous des genoux vont retrouver des bottes courtes garnies d’un surpied, qui donnent de la fermeté à la démarche ; un ample manteau se jette sur les épaules ou se porte à volonté sur le bras (fig. 281); un large feutre emplumé se place sur une chevelure de moyenne étendue, ff11* encadre bien le visage; puis la moustache et une légère barbe en pointe au menton. Tout cela est mâle, simple et élégant, et contraste heureusement avec les modes qui précèdent et celles qui vont suivre pendant la splendeur du règne de Louis XIY.

Les femmes également abandonnent peu à peu les excentricités des règnes précédents et consentent enfin à ne plus considérer leur corps comme une simple armature destinée à tenir d’aplomb un édifice baroque d’étoffes, de broderies et de dentelles : leur tenue simple et élégante va jusque vers la fin du siècle faire un singulier contraste avec celui des hommes.

Que dire en effet de l'étrange accoutrement soi-disant masculin si souvent ridiculisé par Molière? Cette perruque! ce pourpoint écourté! ce jupon! ces flots de rubans de la tête aux pieds, ce fouilli de dentelles (fig. 282) !

Chose bizarre, dans le même moment la tenue des femmes est presque irréprochable (fig. 283). Coiffure, forme du corsage, de la jupe, ornementation, tout est charmant. A la fin du xvne siècle, elles renoncent à ces formes naturelles, pour • s’affubler de nouveau d’une façon grotesque. Une taille étriquée dans un étroit corset, une sorte d’éventail placé au-dessus du front sous le nom de fontange, des mouches de satin noir sur le visage, des bariolages d’étoffes appliqués sur la jupe et qu’on nomme ' pretintailles, et, à la main, la boîte qui renferme le tabac dont elles se bourrent le nez (fig. 284)! Ces modes de cour n’empê-

fig. 280.

LE COSTUME

chaient pas les gens raisonnables, comme il y en eut à toutes les époques, d’avoir une tenue simple et appropriée à la nature; Ariste, dans YEcole des Maris, a cent fois raison de reprocher à Sganarelle l’exagération barbare de son costume négligé, mais combien Sganarelle a raison de son côté de laisser à d’autres l’u-

sage;

« De ces blonds cheveux de qui la vaste enflure ■Ji Des visages humains offusque la figure,

« De ces petits pourpoints sous les bras se perdants,

« Et de ces grands collets jusqu’au nombril pendants ; « De ces manches qu’à table on voit tâter les sauces « Et de ces cotillons appelés hauts-de-chausses.

* De ces souliers mignons, de rubans revêtus

< Qui vous font ressembler à des pigeons pattus. .

« Et de ces grands canons, où, comme. en des entraves, « On met chaque matin ses deux jambes esclaves,

« Et par qui nous voyons ces messieurs les galants

* Marcher écarquillés ainsi que des volants. »

Je ne résiste pas au plaisir de citer encore pour finir l’amusante description du costume des gens de qualité de ce temps que Molière met dans la bouche de Pierrot dans le Festin de Pierre :

« Ils avont des cheveux qui ne tenont point à leur tète ; et ils boutont ça, « après tout, comme un gros bonnet de filasse. Ils ont des chemises qui ont des » manches où j 'entrerions tout brandis, toi et moi. En glieu d’haut-de-chausse,

« ils portont un garde robe aussi large que d’ici à Pâques; en gîieu de pour- -< point, de petites brassières, qui ne leur venont pas jusqu’au brichet ; et en « glieu de rabats, un grand mouchoir de lin à réziau, avec quatre grosses houpes « de linge qui leu pendont sur l’estomaque. Ils avont itout d’autres petits

« rabats au bout des bras et de grands entonnoirs de passement aux jambes, et « parmi tout ça, tant de rubans que c’est une vraie piquié. Ignia pas jusqu’aux « souliers qui n’en soient farcis tout depis un bout jusqu’à l’autre ; et ils sont faits « d’une façon que je me romprais le cou aveuc. »

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