COMMENT NOUS SERVIR DE CE QUE NOUS AVONS APPRIS
Nous avons parcouru dans son entier la voie que nous nous étions tracée. Nous avons montré à notre élève les études qu’il lui faut faire, s’il veut devenir un dessinateur vraiment digne de ce nom. D’abord, s’essayer avoir la nature sans autre préoccupation que de copier ce qu’il a sous les yeux ; demander à la géométrie l’explication de la forme dans ce qu’elle a de plus rudimentaire. Puis, ayant reconnu sur nature le phénomène perspectif, en chercher les lois par les moyens graphiques. Abordant ensuite la figure humaine, faire de nombreux dessins d’après la bosse et d’après la nature vivante ; puis, par l’étude de l’anatomie, rechercher l’explication des phénomènes de la vie et du mouvement observés sur le modèle. Par de nombreux croquis d'après la nature en action et prise sur le fait, arriver graduellement à la composition, dont les lois lui seront confirmées par l’étude des grands maîtres.
A ce moment, l’élève sentira qu’à moins de s’en tenir aux sujets tirés des faits qui se passent sous ses yeux, ce qui est un champ déjà très vaste assurément, il lui faut néanmoins acquérir de nouvelles connaissances pour pouvoir aborder les sujets historiques. Il étudiera alors l’architecture, l’ameublement et le costume.
Nous voici donc armés de toutes pièces : lois générales de la perspective et du jeu des ombres et de la lumière; construction des corps vivants et lois de leurs mouvements, caractères des lieux où, de siècle en siècle, ont vécu les hommes, des objets dont ils faisaient usage, des vêtements dont ils se couvraient.
Nous pouvons maintenant chercher à exprimer nos pensées dans n’importe quel domaine; mais surtout qu une composition soit bien l’expression d’une pensce, et non un prétexte à faire valoir nos connaissances en perspective, en anatomie, en architecture ou en costume. Toutes ces choses ne sont que des matériaux à mettre en œuvre, aucune d’elles n’est un but.
Un tableau peut être correctement dessiné, offrir une anatomie juste, une perspective exacte, une architecture et des costumes conformes à l'histoire, et
être, malgré cela, un fort médiocre tableau, parce que la justesse et l’exactitude ne suffisent pas. Tout cela n’est que l’orthographe et la syntaxe de l’art, il y faut autre chose, il y faut les contrastes qui font valoir les lignes et leur donnent toute leur intensité, il y faut l’harmonie qui relie les objets et grâce à laquelle, avant de voir les différentes formes dont se compose le tableau, on voit d’abord la forme générale de la composition, ce qui en est l’idée maîtresse et en fait le caractère.
Choisissez votre sujet où vous voudrez, dans la vie usuelle, dans l’imagination pure, dans l'histoire, mais que ce sujet, quel qu’il soit, présente avant tout une forme d’ensemble et des valeurs d’ombre et de lumière.
fig. 305.
i. 306. — Atelier de fonderie. — Le bronze.