DU PROCÉDÉ
Si vous faites un simple croquis, que le plus ou moins de force de vos coups de crayon donne l’idée des plans et de l’effet. Vous ne ferez jamais vos fonds trop fins et légers de travail. Que les premiers plans au contraire soient traités largement et grassement ; quelques détails fortement accentués aideront à faire fuir l’horizon. Entremêlez dans vos études lés croquis et les dessins poussés. C’est à condition d’avoir fait beaucoup d’études de longue haleine et d’un rendu complet que vous saurez mettre dans les quelques coups de crayon d’un croquis l’expression juste des choses vues, et c’est en revanche en faisant beaucoup de croquis que vous vous exercerez à saisir rapidement les rapports des choses, et que dans les éludes longtemps travaillées, vous arriverez à donner l’harmonie et l’aspect d’ensemble et à mettre tous les détails nécessaires au rendu sans qu’ils nuisent, à l’efïet général.
Quant au procédé, il a été dit plus haut déjà qu’il importe peu. Vous sentirez bien vite vous-même celui qu’il faut employer s?lon la circonstance. Si vous vous êtes servi de fusain ou de crayon Conté pour faire un croquis dans votre album, vous aurez éprouvé de la gêne pour donner de la finesse avec des instruments qui s’y prêtent peu dans un petit dessin ; de plus votre travail s’effacera et vous verrez qu’il faut vous servir dans l’album de crayon de mine de plomb, beaucoup plus sec et tenace ; vous pourrez même en rentrant chez vous fixer votre croquis en passant légèrement dessus du lait avec un pinceau très doux.
Pour un dessin un peu grand, le crayon de mine de plomb à son tour ne vaudrait rien, serait trop maigre. Il faudra employer soit le fusain, soit le crayon Conté n° 2, soit les deux réunis ; l’estompe aussi est bonne pour étaler de grandes teintes unies, le pouce également, en ne frottant pas trop de peur de graisser le papier.
Il faut être assez habile pour faire ce que l’on veut, mais il ne faut jamais faire parade de son habileté, et remplacer la sincérité par l’adresse.
Un travail adroitement troussé peut séduire au premier abord, de même que
l’on s’amuse un instant à voir un prestidigitateur habile, mais combien on s’en fatigue vite, quand il n’y arien autre chose avec 1
N’ayez donc qu’une pensée : exprimer votre modèle le plus complètement, le plus fidèlement, le plus simplement possible.
Si ce triple but est atteint, votre travail sera bon, quelque procédé que vous ayez employé, car alors on ne s’inquiétera plus de ce procédé.
On comprend, d’après ce qui vient d’être dit, que nous ne nous attarderons y as à faire faire à notre élève des « fusains », des « sanguines », des « sépias », (!es dessins aux deux ou aux trois ..crayons ou avec tous autres procédés particuliers et exclusifs. Nous tâcherons simplement qu’il sache dessiner, c’est-à-dire faire la forme, lui donner le relief et la mettre à son plan. Nous nous efforcerons de développer et d’épurer son sentiment, et alors, ma foi, notre tâche sera terminée. Qu’il vole de ses propres ailes, qu’il invente des procédés pour rendre ses idées, et pour cela qu’il ait des idées, qu’il les mette en ordre, qu’il s’habitue à reconnaître les idées pittoresques de celles qui ne le sont pas.
Nous reviendrons sur ce sujet lorsque nous nous occuperons de la composition. Pour l’instant retournons à nos études dans la campagne. Dessinons, dessinons beaucoup, là est le salut. On n’est élève que de sa propre expérience, dit le proverbe. Acquérez-la cette précieuse expérience par une pratique constanLe et assidue. Si vous avez mal choisi votre modèle, si vous vous êtes mal placé devant lui, vous éprouverez une gêne, une difficulté, presque une impossibilité à produire quoi que ce soit qui vous seront d’un utile enseignement, et vous éviterez de retomber dans les mêmes erreurs à l’avenir.
En général, choisissez un motif simple, que dans ce motif une chose domine, concentrez-y vôtre attention et surtout gardez-vous de donner une égale importance à tout ce qui est compris dans votre tableau,