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PREMIERS MODÈLES

Que d’observations à faire sur l’objet le plus simple ! Voici un cube par exemple (fig. 8) : si nous en mesurons au décimètre les différentes parties, nous verrons que toutes les arêtes ont exactement la même longueur. Le cube est en effet un volume formé de six faces égales qui sont des carrés. Voilà ce que dit

l’analyse. Mais si nous posons le cube sur la table, de façon à le voir d’ensemble, d’abord nous ne voyons que deux, ou trois au plus, de ses six faces ; ensuite ces faces ne paraissent plus égales. Une seule garde sa forme carrée peut-être, les deux autres paraissent beaucoup plus petites et irrégulières, les angles que nous avons constatés droits et tous égaux, présentent chacun une ouverture différente. Tournons autour de ce cube, baissons-nous, élevons-nous devant lui, à chaque place nous aurons une forme nouvelle. Mais toujours nous reconnaissons parfaitement notre cube, et, quand nous ne saurions pas que les faces sont égales, nous les jugerions telles malgré les différences que notre œil nous montre. Cela tient à l’habitude que nous avons de tenir compte des déformations de la perspective et de rétablir par la pensée, on pourrait presque dire instinctivement, la forme et la grandeur vraie des objets que l’œil nous montre déformés et rapelissés.

Mais supposez un aveugle-nc auquel on rend la vue à n’importe quel âge, les choses n’auront pour lui que leur forme apparente ; un objet éloigné sera un objet petit ; la porte qu'il verra à quelques mètres de lui sera une porte basse ; il

n’osera avancer de peur de s’y cogner le front. 11 sera comme le jeune enfant dans les bras de sa mère (fig. 9), qui allonge la main pour saisir lout ce qui frappe sa vue, les objets les plus gros et les plus éloignés. Voit-il un arbre dont les feuilles s’agitent au vent? il étend son bras, sa petite main s’ouvre et se ferme, il croit tenir l’objet de sa convoitise et alors sa main se porte à sa bouche pour y fourrer l’arbre comme il y fourre son hochet et généralement tout ce qui est à sa portée.

Or, pour dessiner, il faut avoir la naïveté de l’enfant et ne faire que l’apparence des choses. C’est là le premier degré. Par la suite on apprend à connaître la forme vraie et entière des objets, et alors, tout en restant aussi sincère dans l’expression, le dessin acquiert de la profondeur et de la puissance.

Pour arriver à ce double résultat, commençons par copier ce cube le plus

PREMIERS EXERCICES

fidèlement possible. Comparons entre elles, au moyen du crayon tenu à bout de bras, comme il est dit clans la Méthode pour dessiner, les différentes parties qui le composent. De la place où nous le regardons, la face de gauche paraît à peine en largeur égale au sixième de la face qui est devant nous (fig. 10). La face de dessus ne parait guère plus du dixième de la hauteur de cette même facé de de-

vant (fig. 11). Les côtés paraissent plus petits au fond que sur le devant. Les angles de la face qui est devant nous sont des angles droits. Au contraire les autres angles affectent des formes très différentes et présentent des ouvertures variées. Répétons cette étude plusieurs fois en modifiant la position de notre modèle. En le mettant

tantôt plus bas que nos yeux, tantôt plus haut (fig. 11), puis en le faisant tenir sur un angle (fig. 12); — en le calant par derrière on y arrive; faisons des dessins aussi fidèles que possible de toutes ces positions et comparons enlre elles les formes si différentes que prend un même objet selon la façon dont on le regarde.

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