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EMPLOI DE L’ANATOMIE

Nous avons terminé ce que nous voulions dire sur l’anatomie de l'homme ; c'est maintenant par de nombreuses études d’après l'écorché et d’après la nature vivante que vous acquerrez ce qui vous manque encore. Et surtout sachez résister à l’envie de faire voir que vous savez l’anatomie. Que vos personnages ne ressemblent pas à des écorchés.

Ce travers est assez fréquent et doit être évité. Songez que ces muscles que vous venez d’étudier et que l’on avait mis à nu pour vous les faire voir, sont recouverts de peau, que la peau a une certaine épaisseur et voile par conséquent les détails de musculature que vous avez étudiés sur l’écorché. Certes les muscles font saillie sous la peau, d’une façon même très accentuée quelquefois, mais pas tous ensemble.

Telle partie du corps est en action, les muscles qui produisent ce mouvement se distinguent nettement, mais le reste est au repos. Si donc vous mettiez des muscles accéntués partout, vous feriez un épileptique dont tous les muscles sont secoués à la fois par des mouvements nerveux désordonnés. Allez voir au Louvre les dessins des grands maîtres.

Il vous faudra copier quelques-uns de ces dessins, étudier la merveilleuse simplicité des Raphaël, des Léonard de Vinci, des André del Sarte ; voir comme leur expression est toujours contenue, comme ils suivent un contour, en ne mettant à l’intérieur que juste ce qu’il faut pour accentuer le mouvement et faire sentir le modèle. Michel-Ange est déjà moins simple ; dans l’emportement de sa puissante nature, il lui arrive quelquefois de dépasser le but; chez ses imitateurs, sa force et son exubérance deviennent de la boursouflure et de la redondance. Voyezles dessins de Bandinelli, de Sebastiano del Piombo, de Rosso, de Daniel de Volterre, etc.; ici vous n’éprouvez plus ce charme, ce sentiment profond d’admiration que vous ont fait ressentir les croquis de Raphaël, de Léonard, de Titien, de del Sarte; plus rien que l’étonnement produit par un tour de force et l’impression d’une grande difficulté vaincue. La vraie œuvre d’art n’a pas l’air difficile.

Il semble que l’on ferait aisément soi-même un croquis comme la petite tête de Raphaël de la salle des Boîtes, comme le lion couché de Rembrandt de la collection llis de la Salle, comme la tête de jeune fille d’André del Sarte, comme les chevaux de halage de Géricault, comme tel Rubens où un œil fortement accentué brille sous le bord d’un large chapeau qu’on devine plutôt qu’on ne le voit. Quoi de plus aisé? un simple contour, une touche de noir ici et là... Mais dans ce contour on sent la chair, on devine la charpente osseuse, on comprend la lumière. Cette touche de noir, elle est à l’endroit précis où elle peut le mieux faire valoir le relief et exprimer la coloration.

Au sortir de ces études, vous éprouverez le besoin de simplifier votre expression et d’épurer votre style. Dans les études de longue haleine, apprenez à rendre la nature aussi complètement que possible ; que rien ne vous échappe. Dans vos croquis, efforcez-vous de résumer en quelques lignes le résultat de vos études. Progressivement, grâce à cette double direction donnée à vos travaux, vos études, sans rien perdre de leur rendu consciencieux, acquerront de la force, de la simplicité et de la grandeur, et vos croquis deviendront plus nourris et plus expressifs.

fig. 153. — Le canard et son squelette.

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