LE CHEVAL ÉCORCHÉ
Quand vous aurez bien étudié tous ces différents squelettes, refaites pour eux ce que vous avez fait pour l’homme ; dans des dessins d’après nature, essayez de placer les os du squelette. Inversement, posez un papier calque sur un dessin de squelette et tachez de retrouver la forme de l’animal auquel appartient ce squelette. Puis procurez-vous un écorché de cheval et dessinez la musculature.
Vous voyez d’abord que le membre inférieur, le canon, est absolument dépourvu de muscles et ne comporte que les tendons des muscles extenseurs et fléchisseurs situés dans le premier membre; ces tendons passent sous un ligament annulaire au carpe et au tarse, et de là vont aux phalanges (fig. 171). Remarquez, comme dans le squelette, de nombreuses analogies avec la construction humaine. Ainsi la face interne du tibia est à nu sous la peau, et le jambier antérieur, appelé ici extenseur antérieur des phalanges, occupe comme chez l’homme la face externe de l’os, dont la face postérieure est recouverte par les jumeaux qui, par un fort tendon, agissent sur le calcanéum. Quant à la fesse, elle n’est pas, comme chez l’homme, formée par le muscle fessier ; ici ce muscle se trouve sur les reins ; la fesse est formée par le demi-tendineux et le long vaste ; mais vous retrouverez le droit antérieur qui, par un tendon, agit sur la rotule ; vous retrouverez également la fascialata. Au membre antérieur, le court extenseur et le gros extenseur de l’avant-bras qui vont de l’omoplate à l’olécrane, sont comme notre triceps brachial, mais infiniment plus développé et avec un point d’appui beaucoup plus large. Vous avez encore des sus-épineux et sous-épineux, agissant de l’omoplate sur l’humérus. Dans le court fléchisseur de l’avant-bras, vous retrouverez à peu près notre brachial antérieur, et dans l’extenseur oblique du métacarpe, le long abducteur du pouce.
Le mastoïdo-huméral rappelle comme place, comme direction et comme fonction notre sterno-cléido-mastoïdien. Voici le trapèze, divisé ici en trapèze cervical
ANATOMIE COMPARÉE
et trapèze dorsal, un grand dorsal, un grand dentelé, un grand oblique et un grand droit de l’abdomen avec l’aponévrose abdominale, enfin un pectoral.
Dans la tête, vous reconnaissez le masséter, le temporal, l’orbiculaire des paupières, etc., etc.
Nous n’insisterons pas davantage sur cette étude. Nous avons pris le cheval comme type de quadrupède — celui qui voudrait faire une étude spéciale du chien, du mouton ou de tout autre animal devrait approfondir l’écorché même de l’animal qu’il aurait à dessiner, — car bien qu’offrant de grandes analogies, on aurait à constater aussi dans ces écorchés de notables différences, mais vous connaissez maintenant les grandes lignes du quadrupède, et quand vous en observez un en mouvement, vous pouvez vous rendre compte du jeu de la charpente et des muscles qui la font mouvoir. Voyez- vous dans l’épaule la saillie que fait l’omoplate près du garrot (fîg. 165); en avant, de chaque côté du poitrail, la tête de l’humérus montant et descendant alternativement à chaque pas, puis l’olécrâne qui ne devient visible que lorsque la jambe est levée ? car vous remarquerez que l’humérus, chez le quadrupède, est complètement enfoui dans les chairs. Il en est de même du fémur, de sorte que la rotule n’est bien visible que lorsque la jambe est fortement étendue en arrière. D’après ce qui a été dit plus haut (p. 179) au sujet des surplombs, vous sentez la puissance qui résulte de cette disposition. En effet, si, chez l’homme, le fessier, par exemple, parti de la crête iliaque et du sacrum, va saisir le fémur vers son premier tiers supérieur, quelle force autrement grande aura, chez le cheval, le muscle qui tient lieu du fessier, si, partant également de la région iliaque et sacrée, il laisse de côté le fémur et va directement s’attacher au milieu des os de la jambe, en dessous de l’articulation tibio-fémorale !
De même, dans le membre antérieur : l’angle très prononcé formé par l’omoplate et l’humérus (fig. 160) à l’état de repos, donne une grande force aux muscles de l’omoplate pour soulever l’avant-bras.
Cette construction a aussi pour effet d’augmenter l’élasticité des membres et de les aider à supporter l’énorme poids du corps, qui ne leur arrive de cette façon que considérablement atténué déjà par l’espèce de zigzag formé au membre antérieur par l’omoplate et l’humérus, et au membre postérieur par l’os iliaque, le fémur et le tibia. Puis, à sa partie inférieure, le membre se subdivise encore pour arriver obliquement sur le sol au moyen de l'articulation très élastique formée par le paturon, la couronne et le sabot.
L’étude des grands animaux pourra avoir une heureuse influence sur votre dessin. Frappé de la grandeur et de la simplicité de leurs mouvements, vous éprouverez le besoin de simplifier et de grandir également les mouvements lorsque vous dessinerez une figure humaine, vous éviterez l’afféterie et la mièvrerie du geste, et votre dessin gagnera de la franchise et du caractère.
En outre, et, pour moi ce motif prime peut-être tous les autres, vous éten-
drez vos connaissances, vous vous élargirez l’esprit. — Vous éviterez la spécialisation. — Tous les grands artistes ont tout abordé — la nature leur appartient. — Ils l’ont tout entière à leur service pour exprimer les pensées qui se pressent dans leur vaste cerveau.