L'ÉPOQUE ROMANE
L’an 1 000 et ses terreurs superstitieuses font faire un grand pas à l'architecture.
Chacun apporte son argent aux moines, véritables constructeurs de cette époque, et la France se couvre d’églises. Voyez-vous ces édifices à l’aspect sévère qui n’exclut pas l’élégance, percés de petites fenêtres surmontées d’un plein cintre et encadrées de fines colonnettes? Ces contreforts saillants, ces tours carrées ou octogones, terminées par un toit pointu médiocrement élevé et percées de fenêtres également ? C'est l’église romane. La forme de la basilique romaine est tout à fait abandonnée, le transept est de plus en plus saillant, l’abside s’allonge, les contreforts se développent.
A l’intérieur, la largeur est toujours divisée en trois nefs qui régnent dans toute la longueur et même arrivent à tourner autour de l’abside. Toutes cos églises ont invariablement leur chevet (ou abside) tourné vers l’est. Ce chevet est généralement rond ; quelques-uns ont la forme carrée. Parfois l’église se présente sur un plan octogonal.
Si l’on pénètre à l’intérieur de l’édifice, on voit une nef centrale dont la voûte est formée d’arcs supportés sur des piliers; ces arcs se nomment arcs doubleaux. Les piliers sont reliés entre eux dans le sens de la longueur de l’édifice par d’autres arcs donnant accès sur les bas côtés et appelés arcs formerets (fig. 184), et à partir de la fin du xi® siècle les arcs doubleaux sont réunis par des arcs en diagonale appelés arcs d’arête.
Les piliers sont carrés, ornés de colonnettes à demi engagées sur chacune de leurs faces.
Les piliers du xix® siècle tendent à s’élancer, les colonnettes se réunissent en faisceaux, les bases sont ornées de moulures peu profondes aux arêtes fines et vives dans le midi où la pierre est dure, plus fouillées et épaisses dans le nord. Les chapiteaux élégants et finement sculptés sont habituellement formés de feuilles recourbées aux angles, accompagnées d’ornements géométriques, puis de
figures humaines ; quelques-uns contiennent des scènes entières de la Passion et de l’Ancien Testament.
Les cintres des porches, souvent très profonds, sont fouillés d’ornements aux formes variées: rosaces, guirlandes, galons perlés, torsades, damiers, etc., etc. Les portes du xii® siècle tendent à s’élargir et sont divisées en deux par un trumeau sculpté.
Les fenêtres également se subdivisent en deux cintres supportés au milieu de la fenêtre par une colonnette. A cette époque aussi, les tours se multiplient. On trouve des églises à deux tours, souvent une troisième au-dessus du chœur, et une à chaque extrémité de la croix, ce qui porte leur nombre à cinq ; telle était autrefois l’église Saint-Germain des Prés à Paris, qui ne possède plus aujourd'hui qu’une seule de ces cinq tours.
Vers la fin du xii® siècle, un élément nouveau tend à s’introduire dans l’architecture. C’est l’ogive, qui va devenir le principe absolu de construction des compagnies laïques de francs-maçons, qui, encouragées parles évêques jaloux de la puissance des moines, vont, au siècle suivant, enrichir la France de ces belles cathédrales dont Notre-Dame de Paris est peut-être le type le plus parfait. L’époque de transition, qui dure une soixantaine d’années, offre des monuments où l’ogive lutte avecle plein cintre, qu’elle tend à détrôner complètement; l’église de Saint-Denis en est un remarquable exemple ; la voûte est ogivale; le porche du milieu est plein cintre ; les porches des Las côtés ont la forme d’ogives, ainsi qu’une partie des fenêtres.