‹ Le Dessin sans maître, méthode pour apprendre à dessiner de mémoire [Texte imprime]Chapitre 2 sur 16 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

Dcdicaee.

Tu as raison, ma chère Julie ; si tu ne me forces pas à écrire ma méthode, elle restera un projet dans ma tête et ne verra jamais le jour. Tu as trouvé un moyen de vaincre ma paresse : « Je veux que mes fdles, que tu aimes, aient > un état, si le malheur vient les surprendre. Leur sort ï est entre tes mains. Ecris-moi, et je leur traduirai tes s leçons. Plus tard, d’autres mères te remercieront avec » moi, lorsque tes lettres seront livrées à l’impression. » L’impression! voilà, chère amie, un vilain mot qui me fait peur. Parler d’impression à une femme, c’est lui ôter l’esprit qu’elle a. J’écris pour ne pas être imprimée, c’est entendu. Si tu me trahis, j’aurai fait mon devoir d’amie, et on me pardonnera, car une femme n’est pas forcée d’être un écrivain. Il faut, avant tout, qu’elle ait du cœur pour remplir dignement la sainte mission dont le Créateur l’a chargée : celle de mettre au monde et d’élever de beaux enfans. Quel admirable rôle que celui de la femme! que celle qui désire être homme est peu digne d’être femme î

Aussi ce désir là n’est-il pas naturel ; c’est l’organisation (le notre société qui le fait naître. Les hommes s’étant emparés de tout, les femmes, pour être quelque chose, se disent : « Soyons hommes, n Elles ne savent pas ce qu’elles y perdraient. Pour remettre leur esprit dans le vrai, il n’y a qu’à leur faire sentir ce quelles sont et ce qu’elles peuvent : «Vous n’êtes

* plus dépendantes si vous le voulez. Voilà une foule

* d’étals qui vous appartiennent : à vous de faire ces vases, » ces pendules, ces bijoux, ces psychés, enfin tous ces ï objets d’art qui brillent par beaucoup de finesse et de

* coquetterie î A vous le m.onopole des dessins de robes, » de cachemire et de tenture! Vous arriverez à une déli- K catesse dans les petites choses que la main des hommes

* n’atteindra jamais , et vous exécuterez des ouvrages

* dignes de Pénélope. On sait ce que l’homme peut faire, J mais on ne se doute pas de ce que la femme fera. Il faut i songer qu’il y a 50 ans à peine que l’on s’occupe de î son éducation, tandis qu’on travaille à celle des hommes i depuis 4,000 ans et plus. »

Je voulais te dédier ma méthode, mais mon fils me conseille de la dédier à Marie, ta fille aînée. Marie est le nom de toutes les jeunes filles; la tienne les représentera toutes pour moi. J'entends être une mère et non un professeur. Sans prétention aucune, et en causant, je vais donc enseigner le dessin de mémoire. Retiens bien ces mots, et redis-les à tes filles : dessiner de mémoire, c’est avoir sa pensée, l’ expression de sa pensée au bout de son crayon, comme l’écrivain nu bout de sa plume. Toutes les carrières artistiques s’ouvriront devant celles qui acquerront ce

talent. Leur instinct, leur génie les pousseront dans des routes diverses, mais partout et toujours elles trouveront une occupation utile. Mon but sera atteint si un jour, heureuses ou au moins consolées par mes leçons, elles pensent un peu à moi et à toi, ma chère Julie, dont la sollicitude maternelle m’aura forcée de prendre la plume.

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