Inst. Chr
4. Inst. chr., IL. 2. 7. (1559-60) ; 1539, 2. 16. et 20-16 ; 1536, Opp. Calv. vol. I. p. 288.
5, Inst.chr., Il. 3. 5 ; éd. 1539, 2. 51.
DR es
Mais parce que pour (à cause de) la corruption de son affection, ila très fort en haine toute la justice de Dieu, et d'autre part est fervent en toute espèce de mal, il est dit n’avoir pas puissancelibre d’élirele bien etle mal, ce qu’on appelle le libéral arbitre » (1). Depuis la chute, l’âme humaine est radicalement mauvaise et « ne produit rien qui ne mérite condamnation » (2) : cependant cette cor— ruption n’est pas absolue, l’homme ne peut de lui-même exécuter une action méritoire, mais ses actes peuvent être bons.
Pour exprimer la condition actuelle de l’humanité, Calvin emploie cette formule qu’il emprunte à saint Augustin : « Les dons naturels ont été corrompus en l’homme par le péché et les supernaturels ont été du tout abolis (3) ». Par dons naturels, il entend les lumières et la force nécessaire pour se diriger dans le monde sensible et dans la société humaine. Par dons surnaturels, « il faut entendre tant la clarté de foi que l’intégrité et droiture appartenant à la vie céleste » ; c’est-à-dire, les aptitudes nécessaires pour avoir part à la vie éternelle. L’en- : tendement a été débilité et obscurci, la volonté subsiste, mais elle est viciée et rebelle. Cependant cet obscurcisse-
1. Premier catechisme français, 1537, art. du libéral arbitre. Opp. Calv. Vol. XXII, p. 37.
RMINSCAChT-Ul,=3,20:
3. Inst. chr. II, 2, 12. Ce texte ne se trouve pas avant 1559. C’est ce chapitre Il dont nous donnons entre crochets les S, dans les lignes qui suivent. Il est représents dans les précédentes éditions (1539 et 1545) par le chap. II, 10-17, 20-46, qu’il reproduit sans changement au point de vue de la pensée.
ment de l’entendement n'empêche pas l’homme de conserver « quelque désir de s’enquérir de la vérité » [S 12] et surtout dans « les choses inférieures » (la politique, l'économie domestique, les arts et l’industrie, la philosophie et les carrières libérales), il peut l’atteindre assez facilement [S 13, 14, 13], il arrive même parfois qu’on trouve dans les philosophes « des sentences dites de Dieu bien couchées », mais elles sont environnées de tant d’erreurs et d’incertitudes qu’on est obligé de reconnaître malgré tout « que la raison humaine ne peut jamais niapprocher, nitendre, ni dresser son but d'entendre qui est le vrai Dieu, et quel il veut être envers nous >» [S 18]. Si Dieu leur a laissé entrevoir quelque chose de sa divinité, cela a sufñ pour les rendre inexcusables, en leur enlevant tout prétexte d’ignorance, mais non pour les faire parvenir à la vraie connaissance de Dieu et de sa paternité [S 18].
Il en est de même pour la faculté naturelle qu’il à de discerner entre le bien et le mal : elle est suffisante pour enlever toute excuse à l’homme en provoquant chez lui le remords et en l’avertissant ainsi de son péché, mais elle est sujette à prendre le bien pour le mal et le mal pour le bien [S23, 24, 25]. Cependant à l’aide de ce guide, des païens ont pu donner au monde le spectacle de vertus louables en elles-mêmes, mais qui n'avaient aucune valeur morale subjective, parce qu’elles étaient viciées dans leur source, dans les mobiles qui les produisaient, ou dans le but qui excitait leurs efforts (1). Mais ce bien relatif dont
Calvin, avec beaucoup d'impartialité, relève les traces
dl. Jnst. chr. Il, 3, 3, sq. ; éd 1539,2, 49.
dans la nature humaine, est dû àla pure miséricorde de Dieu, qui a empêché le mal de porter tous ses fruits (1), et qui donne, même à ceux qu'il ne régénère pas, une moralité extérieure et le plus souvent utilitaire, suffisante pour la conservation de l’ordre politique et social (2).
Ces dons précieux, ces grâces d’état que Dieu donne à qui bon lui semble, et qui ne découlent pas spontanément de la nature pécheresse (3), ne doivent pas être confondus avec la régénération (4). « Si quelqu'un objecte : qu'est-ce qu’a à faire l’Esprit de Dieu avec les iniques, qui sont du tout étrangers à Dieu ? Je réponds que cet argument n’est pas suffisant, car ce qui est dit que Esprit habite seulement aux hommes fidèles, cela s’entend de l’Esprit de sanctification par lequel nous sommes consacrés à Dieu pour être ses temples. Cependant Dieu ne laisse point de remplir, mouvoir, vivifier par la vertu de ce même esprit toutes créatures, et cela fait-il selon la propriété d’une chacune telle qu’elle lui est donnée en la création » (5).
Si nous nous en rapportons à un passage du maitre des Senltences (Sent. lib. II, dist. 25) cité par Calvin (Znst. chr., I, 2, 6), Pierre Lombard aurait professé sur
1. Inst. Chr., IT, 2. 17. Ce paragraphe n’a pas de correspondant dans l'édition de 1539, mais l’idée est exprimée, II, 36, qui correspond aux $ 2, 16.
R. Inst. chr., IL, 3, 4, éd. 1539, 2, 50,