‹ Le Déterminisme et la Responsabilité dans le Système de CalvinChapitre 3 sur 60 · Loc. comm. Phil. Mel., in Corp. Ref., vol, XXI, p · texte numérisé non relu

Loc. comm. Phil. Mel., in Corp. Ref., vol, XXI, p

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plus étranges contradictions, tantôt il semble admettre que la nécessité exclut toute responsabilité (1), tantôt il reprend son ancienne thèse, et maintient contre saint Augustin que le péché pour être repréhensible n’a pas besoin d’être volontaire. Il prend les scrupules, pourtant assez naturels, de la raison au sujet du péché originel pour des préoccupations de jurisconsulte, et se borne, pour justifier son affirmation, à dire que la maxime d’après laquelle le péché n’est péché que s’il est volontaire, n’est vraie qu’au point de vue légal: « salis est igilur hoc respondere sententiam illam loqui de forensi judicio » (2).

Pour Calvin la responsabilité n’est pas seulement le résultat d’une décision surnaturelle de Dieu, en vertu de laquelle le châtiment suivrait nécessairement le péché ; c’est encore une évidence immédiate, un fait d'expérience interne, que la conscience humaine interrogée sincèrement ratifie et confirme.

L’effort constant qu’on remarque chez Calvin, pour se placer à un point de vue vraiment moral, justifiera, croyons-nous, la préférence que nous lui avons donnée sur les autres réformateurs, bien qu’il leur soit postérieur de plusieurs années et qu’il ait pu subir, dans une mesure plus ou moins grande, l'influence de tel ou tel d’entre eux.

Tous les éléments principaux de sa théorie du devoir et de la responsabilité se trouvent déjà exposés dans la

4. Lac. comm..C."R., vol. XXI,°p. 378, 650, 679. 2. Corp. Ref., vol: XXI, p. 675.

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première édition de son Znstitution Chrétienne, et il la reproduit sans altération dans les éditions subséquentes. Mais c’est surtout sous l'impulsion des attaques d’adversaires habiles, qu’il a eu l’occasion d'exposer ses vues dans toute leur ampleur. En 1542, le Hollandais 4/bert Pighius publia un ouvrage en dix livres intitulé : « De libero arbitrio et gratia divina » qu’il dédia à Sadolet et dirigea surtout contre Calvin (1). Celui-ci le jugea digne d’une réfutation en règle; il répondit la même année aux six premiers livres par son traité intitulé : « Defensio sancæ el orthodoxcæ doctrinæ de servilule et liberatione humani arbitri, etc. » (2) qu'il dédia à Mélanchton.

Absorbé par de nombreuses affaires, il ne putacheverla réfutation des quatre dernierslivres que dix ans après, dans son traité « De æœtlerna Dei prœædestinalione » (3). Il eut encore à revenir sur la question à propos du procès de Bolsec, et dans sa Congrégation sur l'élection éternelle, etc., il donne une exposition populaire et extrêmement lucide, quoiqu’un peu écourtése, de sa doctrine; enfin en 1557 il publia une « Brevis responsio Johannis Calvini ad diluendas nebulonis cujusdam calumnias » et en 1558, il fit paraître le factum même de son adversaire

inconnu avec une réfutation (4). Ce qui rend ce dernier

1. Ces renseignements sont tires des Prolegomena du volume VI des Opera Calvini éditées par MM. BauM CuNrTz et REUSS ; édition

d’après laquelle nous faisons nos citations de Calvin.

. Opp. Calw., vol. VI, p. 225.

Opp. Calv., vol. VII, p. 249.

; Calvin employait assez souvent ce procédé de controverse, qui

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traité particulièrement intéressant, c’est que l’adversaire, bien qu'il manque parfois de droiture, est véritablement digne de Calvin par l’habileté et la vigueur qu’il déploie pour montrer labsurdité et l’immoralité de la thèse du réformateur. C’est, peut-être, ce qu’on peut écrire de plus fort contre la prédestination.

Ajoutons que Calvin se montre à la hauteur de la situation et que son génie puissant fait éclater les mailles serrées de l'argumentation, parfois tortueuse, toujours prévenue et passionnée de son antagoniste.

D'ailleurs Calvin à eu souvent l’occasion de traiter plus -où moins incidemment la question dans ses autres écrits théologiquesetsurtout dans ses Commentaires sur le Nouveau Testament; mais partout nous avons retrouvé la même doctrine défendue par les mêmes arguments. Fruit d’une expérience morale immédiate, sa conviction s’est trouvée formée du premier coup et il n’a jamais varié. On peut dire avec un de ceux qui ont le plus vécu dans son intimité qu'il est mort « sans avoir jamais rien changé, diminué, ni ajouté à la doctrine qu’il a annoncée dès le premier jour de son ministère, avec telle force de l'Esprit de Dieu, que jamais méchant ne le put ouir sans troubles, ni homme de bien sans l’aimer et honorer (1) ».

montre la confiance absolue qu’il avait dans la solidité des principes qu'il défendait. Le réformateur considérait Castellion comme étant l’auteur de ce libelle.

1. Vie de Caivin, par Nicolas Colladon. Opp. Calvini, vol. XXI, p. 107:

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Notre travail se divisera en deux parties principales.

Dans la première, nous donnerons une rapide exposition de la doctrine de Calvin sur le libre arbitre, la prédestination et la providence.

Dans la seconde, nous ferons connaître les arguments par lesquels Calvin défendait son système contre les objections les plus sérieuses qu’on élevait et qu’on élève encore au nom (le la morale, et nous conclurons en appréciant d’une façon générale ce qui fait à nos yeux la supériorité de la solution calviniste du problème de la responsabilité, solution dont, nous en sommes persuadé, la valeur sera suffisamment établie par l'argumentation de Calvin lui-même, derrière lequel nous nous effacerons pour ne pas affaiblir la puissante apologie qu'il a su présenter d’une doctrine, dont les conséquences ont été si souvent méconnues,

Certes nous n’avons pas le mérite d’avoir découvert les préoccupations morales du Réformateur français ni la valeur des réponses qu'il a données.

Nous avons trouvé dans le cours de dogmatique, professé à la faculté de Paris par M. le professeur Sabatier, les plus précieuses indications à ce sujet.

Le livre si profond et si solide du grand théologien américain J. Edwards (1) donne du calvinisme une puis-

4. M. GeorGes LyoN a publié sur ce théologien qu’il appelle « le plus grand métaphysicien que l'Amérique ait encore produit >» une très intéressante étude dans son ouvrage : « L'idéalisme en Angleterre au xvIrre siècle >». Paris, Alcan, 1888.

J. Epwarps, An inquiry into lhe modern prevaling notions res-

re

sante confirmation théorique, qui nous a beaucoup aidé à saisir le sens et la portée des arguments de celui dont nous avons essayé d'exposer la pensée.

Se plaçant à un point de vue presqu’exclusivement rationnel, Edwards s'appuie sur la logique formelle pour montrer les impossibilités rationnelles du libre arbitre. 11 pressent dans leurs grandes lignes et combat à l’avance les transformations que cette notion subira sous linfluence de penseurs infiniment plus sérieux que ceux qu'il avait devant lui, et il a montré les difficultés que le libre arbitre soulevait en morale.

On trouvera plus d’une fois dans ces pages l’écho de ses observations pénétrantes.

Ilne sera pas difficile d’y reconnaitre, en outre, le souvenir d'arguments déjà donnés par M. Lévy-Bruhl et par M. Fouillée ; nous avons fait pour les parties théoriques, d’ailleurs peu étendues dans ce travail essentiellement historique, un usage trop fréquent de tous ces auteurs pour songer à les citer chaque fois.

Comme tout semble avoir été dit contre le libre arbitre, nous espérons qu’on nous excusera de n’avoir apporté aucun argument original.

Si ceux qui se trouvent dans cet essai n’ont pas trop perdu de leur force, en passant par notre plume, nous

nous estimerons amplement satisfait.

pecting trat freedom of will which is supposed to be essential to moral agency, vu lue and vice, reward and punrishkment, praise

and blame, London, 1831.

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