Inst. Chr , III, 23. 42, éd
RON x subtilité relative à la connaissance de la volonté secrète de Dieu, il faut convenir qu'elle est présentée avec beaucoup de force. Voici la réponse de Calvin dont nous n’avons pas trouvé la trace dans l'Inst. chr., antérieurement à 1559.
Le réformateur montre qu’il n’a jamais enseigné que la volonté de Dieu entrât en lutte avec $es ordres ; cela ne lui est jamais venu à la pensée « pas même en songe ». Malgré l’apparente contradiction qu'on aperçoit entre son conseil secret et Sa loi, la volonté de Dieu est simple et unique ; ce n’est que « per concessionemn >» qu’on peut parler dune double volonté en Dieu. Les voies insondables de la Providence et les ordres révélés de la joi divine s’accordent dans l'unité mystérieuse d’un dessin unique. Cet accord, la foi l'affirme, sans pouvoir l’expliquer ; il lui suffit qu’il soit possible. Or, rien n'empêche que ce que Dieu défend de faire dans sa loi, il le veuille d’une facon différente et sous un autre rapport par son conseil inexplicable et incompréhensible. Dieu n’entre pas en lutte avec lui-même ; mais il dépasse la mesure de notre entendement. Or, nul n’a le droit d'exiger que Dieu ne dépasse point notre pensée. On peut dire qu’il ne veut pas un acte mauvais, en tant qu'il viole et transgresse l'ordre saint qu’il a éta' li dans sa loi ; mais en se servant des crimes des homi:es pour exécuter ses jugements « Dieu ne s’acquitte pas malgré lui de son office de juge, » et Calvin n’a pas de peine à trouver dans l'Ancien testament, dans l'histoire de l’adultère d’Absalom par exemple (1), la preuve scripturaire de cette doctrine, dont l’ex-
1, 2 Samuel XII, 11. Cf. XVI, 20-22.
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périence lui donne la confirmation manifeste. En eftet, si Dieu voulait absolument et de la même facon que tous les hommes fussent purs, ils le seraient tous sans aucun doute, mais comme la pureté est un don de la grâce, il faut bien admettre que ce qu’il ordonne dans sa loi, il ne le veut pas de la même façon qu'il ne veut ce qu’il accomplit par sa providence. On ne peut cependant l’accuser de duplicité, puisque dans sa loi, il exprime sa nature qui haït l’iniquité et aime la justice, et qu’il n’y a rien de contraire à cette justice dans sa volonté secrète par laquelle il dirige les pensées et les actions des hommes. Dieu peut en effet, sans se contredire, haïr le péché et pourtant le contraindre à se retourner contre soi-même et à exécuter les arrêts de sa justice.
Quant à l’objection qui consiste à dire que, si cette volonté est secrète et inconnue, on ne peutenaffirmer l'existence, c’est un sonhisme puéril et qui dépare l’argumentation de l’auteur des Calumniæ. 1 est évident qu'on peut connaître l’existence d’unerésolutionsansen connaïîtrele sens, et Calvin n’a jamais prétendu savoir ce que Dieu. avait décrété dans chaque cas particulier. Il s’est borné à affirmer que rien n'arrive sans que Dieu ne Pait décrété (1).
1. On trouvera dans letome IX des Opp. Calv., p. 2178 et 302, la discussion que nous avons résumée. Zns4. Chr.,I, 18, 3.<«Ce n’est pas à dire pourtant que la volonté de Dieu répugne à soi-même, ni qu’elle soit muable, ou qu'il fasse semblant de vouloir ce qu’il ne veut pas mais sa volonté, laquelle est une et simple en soi, nous semble diverse, parce que selon notre rudesse et débilité de sens, nous ne comprenons pas comment il veut et ne veut point en diverses manières qu'une chose se fasse ». Il faudrait citer tout le paragraphe. Voir