‹ Le Déterminisme et la Responsabilité dans le Système de CalvinChapitre 38 sur 60 · LA SANCTION · texte numérisé non relu

LA SANCTION

Remarques préliminaires.

Nous arrivons maintenant au cœur même de notre sujet. Il est inutile, croyons-nous, d’insister sur l’importance qu'il présente aujourd’hui encore, où le libre arbitre, battu en brèche par les doctrines les plus diverses, risque d’entraîner dans sa thute la notion de la responsabilité, avec laquelle on l’a si malheureusement solidarisé. L’importance actuelle du sujet ne nous fera pas perdre de vue que nous traitons une question historique, et nous ferons notre possible pour ne pas interroger Calvin sur des problèmes qui n'étaient pas posés de son temps. Nous nous bornerons donc à reproduire les objections que nous fournissent les Calumniæ cujusdam nebulonis adversus doctrinam J. Calvini, et celles que nous rapporte Calvin lui-même dans ses autres écrits, spécialement dans son De servo arbitrio contre Pighius. On verra qu’elles sont posées de part et d’autre d’une façon relativement très moderne. Les critiques de Pighius et celles de Pau-

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teur des C'alumniæ sont celles qu'on rencontre couramment dans nos manuels de morale philosophique.

Lesdifficultés se présentant d’elles-mêmes, Calvin les a prévues pourla plupartdans la première édition de son 7nstitution (1536), etdansson premier Caléchisme (1537) (1). Mais ceci n'est-il pas la condamnation de la thèse calviniste, et la seule nécessité où s’est trouvé Calvin de prévoir et de combattre les objections qui naissaient spontanément de ses affirmations, ne montre-t-elle pas que la conciliation entre le déterminisme et la responsabilité ne sera jamais qu’une théorie péniblement échafaudée, à l'usage d’un petit nombre d’initiés et complètement réfractaire au sentiment moral universel ? Nous aurons l’occasion de revenir sur cette question, et de montrer que la principale difficulté vient bien plus d’une association didées injustifiée et d’un préjugé, qui prend sa source dans les imperfections de la langue philosophique, que de la conception calviniste, et qu’au fond Calvin est moins éloigné de la conscience populaire que les philosophes qu’il combat. Sans doute l’existence de ce préjugé est une chose fâcheuse, mais elle ne saurait enlever à la théorie de Calvin le précieux avantage qu’elle a sur celles qui font reposer la responsabilité sur le libre arbitre. Faisant des penchants innés le pivot de la responsabilité, cette théorie enlève à celui qui l’accepte tout moyen d'échapper à la condamnation qu'il est obligé de porter sur lui-même. Il en est tout autrement dans les théories opposées.

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