‹ Le Déterminisme et la Responsabilité dans le Système de CalvinChapitre 46 sur 60 · Essai phiosoph. VIIIe essai, trad. de MÉRIAN · texte numérisé non relu

Essai phiosoph. VIIIe essai, trad. de MÉRIAN

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tement un sentiment d’approbation ou de blâme, et il n’y a point de sensation, point d'émotion plus essentielle à sa constitution que celle-ci... Pourquoi la différence entre le vice et la vertu serait-elle moins conciliable avec tous les systèmes de philosophie spéculative que ne l’est la différence qu’il y a entre la beauté et la difformité personnelle ? l’une et l’autre des distinctions est fondée sur les sentiments naturels et il ny a point de théorie, point

de spéculation philosophique qui puisse altérer ces sentiments ou les dominer.

Hume attribue en partie ce fait à l'incertitude des doctrines philosophiques relativement à l’extrême vivacité du sentiment, dont il constate l'existence. Mais les faits lui donnent tort. Car les hommes qui, au fond de leurs cachots, puisaient leur force et leur consolation dans la foi en la providence absolue de Dieu, et dans la pensée qu’il pourrait tirer le bien du mal (1), étaient les mêmes qui hier s'étaient écriés avec leur liturgie : « Quand nous voudrions nous excuser, notre conscience pous accuse et notre iniquité est devant toi pour nous condamner (2) », et qui demain mourraient sur le bûcher pour affirmer ces « spéculations aussi transcendantes et

aussi incertaines » comme les appelle dédaigneusement Hume (3).

1. Entre autres exemples, voir celui que M. Douen cite dans son ouvrage sur la Révocation de l'Edit de Nantes à Paris, vol. Il, p. 198-199.

2. La forme des prières et chants ecclésiastiques. Opp. Calv., vol. VI, p. 182.

3. VITIe essai, «.. Que la philosophie vienne à présent débiter des

Certes, on peut contester la valeur objective de ces € Spéculations », mais on ne peut refuser d'accorder aux martyrs de la réforme la certitude injustifite si l’on vent, mais enfin réelle des doctrines pour lesquelles ils mouraient. Hume se trompe donc en ce point, mais il a pleinement raison d'affirmer qu’il est des actes et des caractères qui seront toujours odieux en eux-mêmes, et cela malgré le parti qu'on en saurait tirer, comme il est des personnes et des objets qui seront toujours laids et difformes, même s'ils concourent à l'harmonie du tout.

Ce sentiment instinctif qui avertit chaque homme quesa perversité le rend digne de haine et qui établitentre Dieu et lui le rapport de juge à accusé, c’est ce que Calvin appelle la conscience : « il est besoin de savoir ce que c’est que conscience, ce qui se peut en partie tirer du mot, car science est l’appréhension ou notice de ce que les hommes connaissent, selon l’esprit qui leur est donné. Quand donc ils ont un sentiment et remords du jugement de Dieu, comme un témoin qui leur est opposé pour ne point souffrir qu’ils cachent leurs péchés, mais les attirer et solliciter au jugement de Dieu, cela est nommé conscience, Car c’est une connaissance moyenne

opinions oudes conjectures différentes. Qu'elle vienne dogmatiser que chaque chose est bien par rapport au tout. Qu'elle soutienne que ce qui trouble la société est tout aussi avantageux, tout aussi convenable au dessein principal de la nature que ce qui en avance directement le bonheur. Des spiculat'ons aussi transcendantes et aussi incertanes seront-elles jamais en état de contrebalancer les senti-

ments qui naissent de la vue naturelle et immédiate des objets ? »

entre Dieu. et l'homme, laquelle ne permet point à celui qui voudrait supprimer ses fautes de s’oublier : mais le poursuit à lui faire sentir qu’il est coupable (1). » Gette voix de Dieu se fait entendre, une fois ou Pautre, chez tous les hommes, même chez ceux qui n’ont pas été régénérés (2). Mais comme ce « témoin » a été laissé à l’homme non pour lui révéler la qualité morale de chaque acte, mais seulement pour attester qu'il y a certains actes condamnables, l’entendement n’est nullement infaillible dans les appréciations qu’il fait de chaque action parti- culière. « Or, quand nous voyons qu’il y a un jugement universel en l’homme à discerner le bien et le mal, il ne nous faut estimer qu’il soit du tout sain et entier. Car si l’entendement des hommes a la discrétion de bien et de mal seulement à ce qu’ils ne puissent prétendre excuse d’ignorance, il n’est à nécessité que Ja vérité leur soit notoire en chacun point, mais il suffit qu’ils la connaissent jusque-là de ne pouvoir tergiverser sans être convaincus du témoignage de leur conscience et que déjà ils commencent à être épouvantés du trône de Dieu (3). » Les erreurs de l’entendement abandonné à ses seules lumières, peuvent être de deux sortes. Elles peuvent porter sur le principe général et lui faire prendre ce qui est bien pour ce qui est mal et réciproquement, « de fait si nous voulons examiner quelle intelligence de justice

1. Inst. chr. IV, 10,3; éd. 1550, 13, 3. Cette définition se trouve en termes presque identiques, III, 19, 45 de l’éd. de 1559.

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