‹ Le Déterminisme et la Responsabilité dans le Système de CalvinChapitre 5 sur 60 · De Providentia · texte numérisé non relu

De Providentia

2. Opp. Mel., vol. XXI, p. 87-88. Il est bon d'ajouter qu’en 1533 Mélanchton changea de point de vue. Ayant adopté le synergisme, il abandonna comme erronée la méthode de Zwingle. « Cinglius ita tantum tollebat lib. arbitrium quia omnia fiant Deo decernente et prœdestinante, sed hœc ratio nihil ad hunc locum pertinebat. » (Loci communes, 1533) Opp. Mel., vol. XXI, p. 275.

3. Opp. latin. D. M. Lutheri, ed. Ert., vol. VII, p. 268. Luther revient souvent dans son De servo arbitrio sur les conséquences de la prescience relativement à la contingence, et il a fort bien démontré, comme l'ont reconnu depuis des partisans modernes du libre arbitre, qu’il fallait choisir entre l’une ou l’autre. Vôir encore : 0pp. Luth., vol. VIT, p: 132-134-266 et passim.

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philosophiques, ni même que l’expérience religieuse, pour Luther au moins, ne soit la cause principale de leurs thèses dogmatiques sur le libre arbitre. Mélanchton fait une place intéressante à l'analyse psychologique dans la première édition de ses Loci, et ce n’est certes pas un vain souci de spéculations métaphysiques, qui à inspiré au fondateur du protestantisme, à cet illustre apôtre du Christ comme l’appelait Calvin (1), ces paroles vibrantes : « Admonitos velim liberi arbitrii tulores ut sciant sese esse abnegatores Christi dum asserunt liberum arbilrium (2) ». Affirmer le libre arbitre, c’est nier Christ ; et si, en 1542, Luther condamne le libre arbitre comme un « dogme complètement païen et qu’on ne peut tolérer », s’il refuse à l’homme le pouvoir de faire librement le bien et même le mal, c’est parce qu’il eroit que le libre arbitre admis, la mort du Christ serait rendue inutile et le péché supprimé (3).

102 Cao ol VIE p.25:

2. Opp. Luth., vol, VIT, p. 354 L'importance de ces paroles n’échappera à personne. Leur place dans un livre où Luther affirme solennellement n'avoir rien écrit qui ne fût l'expression exacte et réfléchie de sa pensée, et que douze ans plus tard il recommandait en ces termes, dans une lettre adressée à Capiton, en 1537 : « Nullum agn)sco meum justum librum nisi forte de servo arbilrio et catechismum. » Recueil de de Wette,t. V, 70 leur donne une portée exceptionnelle.

3. Cap. fid. christ. c. pap. et port. inf. const. asser. Opp. latt. Luth. vol. VIT, p. 471. Cet écrit du réformateur fut imprimé, dit le D: H. Schmidt, à Wittenberg en 1542, « Luthero quasi inspectante

vel certe COnsCio ».

Mais, malgré tout, il faut bien reconnaître que Luther a donné très souvent à son argumentation une forme sColastique bien différente des procédés véritablement modernes de la méthode expérimentale de Calvin. Celui-ci se rendait bien compte qu'il différait de son illustre devancier sur ce point, et tout en défendant le Réformateur allemand contre les attaques de Pighius, il signale discrètement le défaut qu’il trouve à la méthode de Luther : « De absoluta rerum necessilale, in eum locum differimus ubi tractari poterit suo ordine (1) ».

Calvin était si éloigné de vouloir déduire la doctrine du serf arbitre de la prescience, qu’il renonce purement et simplement à se servir de l'argument dont Luther avait fait un si fréquent usage : « de ma part, je concèderai volontiers que la prescience n'apporte nulle nécessité, combien que tous ne l’accorderont pas, car il y en a qui en font la cause de toutes choses » (2).

Il ne la déduit pas davantage de sa théorie sur l’action de Dieu en l’homme ; il déclare qu’un tel mode de raisonnement ne lui est jamais venu à la pensée et que rien ne serait plus contraire à sa méthode (3).

1, Opp:. Calv:, vol. NI, p.250,

2. Inst. Chr., éd. 1560, IT, 23, 6. On trouve cette citation en termes identiques dans l’éd. de 1539, 2, 46.

3. « Quid de servo arbitrio scripserim, nunquam eum vel priinis labris gustasse inle patet, quoi eo teste, servum arbitrium esse colligo, quia Deus agit in nobis. Hoc axioma unde hauserit nescio. Mihi certe nunquam venit in mentem, et a mea docendi

ralione prorsus alienum est >. Refutatio errorum Michaelis Ser-

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L’aflirmation de la dépendance absolue de la volonté de l’homme relativement à la volonté divine est pour Calvin le résultat d’une expérience directe de l'intervention de Dieu dans les profondeurs de notre vie psychologique, expérience confirmée par l’enseignement de l’Écriture, avant d’être la conclusion d’un raisonnement sur l’omnipotence de l’énergie divine. « Veuillons ou non lexpérience journelle nous contraindra d’estimer que notre cœur est plutôt conduit par le-mouvement de Dieu que par son élection et liberté, vu que souvent la raison et entendement nous défaut en choses qui ne sont point trop difficiles à connaître et perdons courage en choses qui sont aisées à faire : au contraire, en choses très obscures et douteuses nous délibérons sans ‘difficulté et savons comment nous en devons sortir ; en choses de grandes conséquences et de grands dangers le courage nous y demeure ferme et sans crainte ; d’où procède cela sinon que Dieu besogne tant d’une part que d'autre, et de fait, J'entends en cette manière ce que dit Salomon: le Seigneur fait que l'oreille oye et que l’œilvoie » (1). Il part de l'expérience de sa dépendance pour affirmer l’ac-

veli, 1554. Opp. Calv. vol. VII, p. 624. Voir encore: De œterna: Dei prædestinatione, vol. VIII, p. 334-335. « Pergit deinde Georgius, etc ».

lens che LT ed 1539272

Inst. chr., I.2,7. « Et de fait l'expérience montre quand ceux qui sont les plus habiles et rusés se trouvent tous les coups ébahis, que les entendements humains sont en Ia main de Dieu pour les adresser à chaque minute ; àquoirépondceque nous avons déjà allégué, qu'il

Ôte le sens aux prudents pour les faire errer à l’égarée ».

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tion de Dieu et non de l’action de Dieu pour affirmer sa dépendance. Et quand notre Réformateur veut montrer que l’homme, même aidé par la grâce, ne peut choisir entre le bien et le mal, mais qu’il est misérablement assujetti au péché et qu’il faut, pour le délivrer, qu’intervienne une véritable conversion de la volonté sous l’influence de l’action irrésistible de la grâce, il va chercher sa preuve, non dans l’& priori du déterminisme universel, qui résulte de ses vues sur la providence, mais dans l’étude des facultés de l’âme humaine, étude qu’il poursuit à la lumière de l'expérience, de l’histoire et de l’Écriture (1). Cest à la grandeur du remède que Dieu propose, qu’il juge de la gravité du mal et de la déchéonce radicale de la nature humaine, « car comme ainsi soit que le Seigneur en nous aidant nous élargisse ce qui nous défaut quand il apparaîtra quelle est son œuvre en nous il sera aussi aisé d’entendre quelle est notre pauvreté » (2). Quand ilen vient à examiner la volonté, « en laquelle gît la liberté si aucune y a en l’homme », c'est dans le péché qu’il voit, avec l’Écriture, ie signe de la servitude et de la dépendance absolue où elle est réduite à l’égard du mal. « Il nous faut recevoir ce que dit Christ, c’est que quiconque fait péché est serf de péché; or nous sommes tous pécheurs de nature, il s’en suit donc que nous som— mes sous le jong du péché, or si tout l’homme est détenu en la servitude du péché; il est nécessaire que la volonté,

1. Voir le chap. II du livre II de l'Znst.chr. RINStChT, Ib 3, 0:

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laquelle est la principale partie d’iceluy soit étreinte et enserrée de très fermes liens (1) ».

S'il en appelle une fois à la prédestination, ce n’est pas pour en déduire la conséquence métaphysique, au point de vue de la nécessité absolue; il insiste uniquement sur les affirmations religieuses qu'exprime ce dogme et qui selon lui témoignent de l’impuissance absolue de la volonté : Dieu est le seul auteur de la foi et la source unique du bien qu’on peut trouver en l’homme (2): Et encore faut-il remarquer que ces affirmations religieuses, comme du reste le dogme de la prédestination luimême, sont des inférences tirées des données de l’expérience, de l’histoire et de l’exégèse des textes sacrés et non des Conclusions de raisonnements «priori: « Or ce que l'alliance de vie n’estpas également prèchée à toutle monde, et même où elle est prèchée n’est pas également reçue de tous, en cette diversité apparaît un secret admirable du jugement de Dieu, car il n’y a nul doute que cette variété ne serve à son bon plaisir. Or, si c’est chose évidente que cela se fait par le vouloir de Dieu que le salut soit offert aux uns et les autres en soit forclos, de cela sortent grandes et hautes questions lesquelles ne se peuvent autrement résoudre qu’en enseignant les fidèles de ce qu’ils doivent tenir de lélection et prédestination de Dieu (3). »

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2. Inst. chr. I], 3, 8. Cet argument ne se trouve pas donné dans les éditions antérieures à 1559 sous cette forme.

3. Inst. chr. UT, 21, 1; 6d.1539, 8, 1. La même pensée est exprimée

dans le Catéchisme de 1537 à l’article de la prédestination.

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L'histoire nous fournit la preuve que Dieu, pendant quatre mille ans, a caché aux nations la lumière de sa doctrine salutaire, pour la révéler plus tard à des gens qui ne valaient pas mieux que leurs ancêtres, et parmi ceux à qui la vérité est révélée, nous voyons que les uns Pacceptent et que les autres la rejettent. Cette différence ne vient pas de la perversité humaine, puisque tous sont également pécheurs. La seule explication plausible de ces faits est la doctrine de la prédestination (1). En effet, celui qui croit ne saurait, sans un orgueil intolérable, attribuer sa foi à la supériorité de son intelligence ou de sa valeur morale. S'il a le bonheur de -croire, il le sait par expérience, c’est que Dieu lui a fait la grâce de croire en lui et que son aveuglement a été vaincu par l'éclat de la révélation. « Voici par où il faut commencer (pour établir le dogme de la prédestination), c’est à savoir que quand nous croyons en Jésus-Christ, cela ne vient pas de notre propre industrie, ri que nous ayons l'esprit tant haut, ni tant aigu, pour comprendre cette sagesse céleste, laquelle est contenue en l’Evangile, mais que cela vient d’une gräce de Dieu, voire d’une grâce laquelle surmonte notre nature. Il reste maintenant à voir si cette grâce est commune à tous ou non. Or, l’Ecriture Sainte dit le contraire, c’est à savoir que Dieu donne son Saint-Esprit à qui bon lui semble, qu’il les illumine en son Fils. L'expérience le montre et nous en sommes convaincus. Il faut donc conclure de cela que la foi procède d’une source et fontaine plus haute et plus cachée, c’est

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