Voir J. EbWARDS. An inquiry into the modern prevailing
notions respecling that freedom of will, etc. Part. IV, sect, III,
e premier usage qu’on en fait sert à exprimer la contrainte.
Or, l’idée de contrainte est une idée toute relative, elle implique toujours un rapport d'opposition invincible entre une volition et la réalisation de cette volition, elle suppose une action extérieure, exécutée ou empêchée, en dépit de la volonté, et, à ce point de vue, elle est précisément tout le contraire de l’idée de nécessité (1). Celle-ci peut n’être relative à aucune espèce d’opposition, elle suppose le concours de la volonté dont elle exprime simplement un état permanent, une direction prise par elle et qui ne changera certainement pas, Sans l’intervention d’un facteur nouveau; elle n’implique nullement un rapport entre une volition et la réalisation de cette volition. La volonté esclave d'elle-même ne perd rien de sa spontanéité, elle n’est pas contrainte : une volonté contrainte serait une contradiction dans les termes (2).
4. « Necessitatem definiamus : an mihi autem non concedel Pighius, statam esse ac firmam stabilitatem, ubi res aliter esse non potest quam sit? Apud Aristotelem certe +6 ovrérep'éryev ReCeSsitali semper opponitur. Atque id dictat sensus commumis ut necessarium censetur, quidquid sic esse opportet, nec aliter esse potest. Hoc modo immutabililas sub necessitate continebitur. » (Resp. Cont. Pigh. De lib. arb. Opp. Calv., vol. VE p. 335).
2, Coacta voluntas nulla esse potest, quum alterum alteri repugnet. Verum docendi causa, quid significet dicendum est, ut intelligatur quid sit coactio : eam ergo sic vocamus, quæ non sponte sua, nec interiore electionis motu, inclinatur huc vel illuc, sec exlerno motu violenter fertur. Spontaneam dicimus, quæ ullrose flectit, quocumque ducitur, non autem rapitur,aut trahi
tur invila. Serva postremo voluntas est queæ propter corruptionem
Si l’on pense à la contrainte, dire qu'un homme ne peut pas faire le bien équivaut à dire qu’il a une volonté bonne et par conséquent louable, mais que les moyens physiques lui manquent pour mettre à exécution sa bonne résolution. Si l’on pense à la nécessité morale, cela signifie au contraire qu’il peut avoir tous les moyens extérieurs de s’acquitter de son devoir, mais que sa volonté est si immuablement fixée dans le mal, qu’il n’y a pas à espérer qu'il le fasse. Malheureusement, comme ces deux idées ont un élément commun (le concept de l’impossibilté, c'est-à-dire de la certitude absolue qu’étant données telles ou telles conditions une chose ne se fera pas) (1) on se sert des mêmes mots et le verbe employé pour exprimer le rapport entre le sujet et l’action (contrainte) est le même que celui qui exprime un mode immuable de la volonté (nécessité) : c’est le verbe, ne pouvoir pas.
Cette circonstance a favorisé la confusion entre la contrainte et la nécessité, et grâce à l’association d'idées signalée plus haut, on en est venu à affirmer que le fait de ne pas pouvoir faire le bien, c’est-à-dire, d’être l’incarnation immuable du mal, était une circonstance atténuante au même titre que l’incapacité physique ; de là à conclure à la nécessité d’un pourvoir libre, il n’y à qu’un
pas et on l’a franchi en imaginant l’existence du libre
sub malarum cupiditatum imperio caphiva lenetur, ut nihil quam malum eligere possil, etiam si id sponte et libenter, non externo motu impulsa, facial » (Ibid, p. 280).
4. « j'appelle impossible ce qui n’a jamais été vu, et est ordonné par la sentence de Dieu que jamais ne sera » Inst. chr., II, 7, 5; éd. 1539 : 3, 93,
arbitre. Mais si l’on voit très bien que l’homme contraint est irresponsable, aucun raisonnement humain re fera jamais comprendre pourquoi il faut imposer silence à la voix qui nous accuse, lorsque nous nous apercevons que nous sommes désespérément mauvais. Pighius et l’auteur des Calumniæ, sciemment on non, sont tombés dans cette confusion, quand ils comparent le pécheur privé du libre arbitre, l’un, à un malheureux prisonnier chargé de chaînes à qui on donnerait l’ordre de courir, après lui avoir entravé les pieds ; l’autre, à un enfant que son père châtierait pour wavoir pas obtempéré à sa volonté en n’avalant pas un rocher (1).
Dans la réponse qu’il leur fait, Calvin n’a pas de peine à montrer que celui qui est convaincu par sa conscience de perversité volontaire se ferait en vain un bouclier de la nécessité (2), et que la comparaison de Pighius ne se rapporte pas à la situation du pécheur, qui n’est pas contraint par Dieu, mais qui est captif de sa propre dépravation. En effet, comme la cause et la coulpe du mal que nous commettons sont attachées à notre moi, comme les liens dont nous sommes chargés et liés, et qui nous rendent incapables de courir, sont ceux de notre propre perversité, il y à une grande différence à faire entre notre état et celui du prisonnier de Pighius (3). Le raisonnement de ce dernier nous. paraît un véritable sophisme.
4. Resp. cont. Pigh. de lib. arb. Opp. Calo., vol. VI, p. 344. Calumniæ, ete. Opp. Calw., vol. IX, p. 284. *