POSER
homme! qui es-tu qui puisses plaider contre Dieu? Le pot dira-t-il à son potier qui la fait, pourquoi il l'a ainsi formé? Le potier n’a-til pas puissance de faire d’une même masse de terre un vaisseau honorable et l’autre sordide (1). » Cette réponse, dira-t-on peut-être ?n’est que le subterfuge du théologien à bout d’arguments qui se réfugie derrière l'arbitraire sans contrôle de la volonté de Dieu, sous prétexte de défendre sa justice, qu’il supprime du même coup.
Calvin répond alors qu’on se méprend sur le sens de l'argument de saint Paul. Le but de l’apôtre n’a pas été de mettre la volonté de Dieu en dehors de toute justice, mais seulement de nous rappeler que nous avons affaire à un juge aussi essentiellement juste qu’il est incompréhensible. « Quelle raison peut-on amener plus ferme et solide, que de nous admonester à penser qui est Dieu? Car comment celui qui est juge du monde pourrait-il commettre quelque iniquité? Si c’est le propre de sa nature de faire justice, il aime icelle justice naturellement et hait toute iniquité. Pourtant l’apôtre n’a point cherché quelque cachette, comme s’il eût été surpris au détroit; mais il a voulu montrer que la justice de Dieu est plus haute et excellente que de devoir être réduite à la mesure humaine ou êtrecomprise en la petitesse de l’entendement des hommes » (2).
Si nous ne comprenons pas toutes les voies de Dieu, il n’en résulte pas que nous ayons le droit de le condam-
1. Rom. IX. 20-21 cité par Calvin. Znst. Chr. JII 23,4. 2. Inst. chr. UL, 23, 4 ; éd. 1539, 8, 15.
ner : nous ne Connaissons et ne pouvons connaître qu’un côté bien imparfait de la justice : la justice absclue nous échappe parce que nous sommes bornés, « de fait c’est une rage prodigieuse des hommes quand ils prètendent d’enclore ce qui est infini et incompréhensible en une si petite mesure comme est leur entendement » (1).
De quel droit prétendrons-nous restreindre l’activité dela Justice de Dieu dans les limites de notre intelligence? Nous en avons autant moins le droit que cette j ustice absolue s'exerce le plus souvent par l'intermédiaire de la. justice rêtributive. « Qu'est-ce donc qu’on fait doute s’il y à iniquité là où justice apparaît clairement ? » (2). Fort de ces considérations, Calvin peut s’écrier dans un très beau mouvement d’éloquence : « Qui êtes-vous, pauvres misérables, qui intentez accusation contre Dieu n’ayantd’autre cause, sinon parce qu’il n’a point abaissé la grandeur de ses œuvres à votre rudesse, comme si ce qu’il fait était inique d’autant qu'ilnous est caché ? La hautesse inestimable des jugements de Dieu vous doit êtreassez connue par les expériences qu'ilen donne. Vous savez qu’ils sont nommés un abîme profond (Ps 36-7) : pensez maintenant à votre petitesse, pour savoir si elle comprendra ce que Dieu a décrété en soi. De quoi donc vous profite-t-il de vous engouffrer par votre curiosité enragée dans cet abîme, lequel vous prévoyez devoir être mortel. si vos esprits s’escarmouchenten quelque question, n’ayez point honte d’embrasser le conseil de saint Augustin:
1ARSTAC RE HI. 23, 4.