Inst. Chr, IL: 23, 5 éd
ie
homme, dit-il, attends-tu réponse de moi ? Or Je suis homme aussi bien : et pourtant écoutons tous deux celui qui nous dit : O homme! qui es-tu ? » (1) À celui qui, en face du problème de l’origine du mal, veut disserter sur la justice dont il perçoit à peine quelques lueurs et arguer d’une ignorance qui ne se connaît pas pour affirmer qu’il est victime d’une iniquité, Calvinrépond: adore: Et nous croyons que, quelles que soient les théories qu’il adopte, c’est la seule réponse sérieuse que puisse donner un croyant, en présence des faits écrasants qui prouvent que les prescriptions du code justinien n’embrassent pas l’immensité de la justice de Dieu.
La seconde objection «ne tend pas tant à blâmer Dieu qu'à excuser le pécheur » et touche beaucoup plus diréctement au problème de la responsabilité. Voici comment elle est formulée dans ?’Znstitution. « Pourquoi, disent-ils, Dieu imputerait-il à vice aux hommes les choses desquelles il leur à imposé nécessité en sa prédestination? Car que pourraient-ils faire? Résisteront-ils à ses décrets? Mais ce serait en vain et même ils ne le peuvent faire du tout. Ce n’est donc point à bon droit que Dieu punit les choses desquelles la principale cause git en la prédestination » (2). ;
Avant de répondre à cette objection capitale, Calvin écarte tout d’abord la solution qui s’aide du libre arbitre et de la prescience, en montrant que le problème n’est nullement élucidé par cet expédient et que la diffi-
1. Inst. Chr.,Ul, 23. 5. La première moitié environ de cette cita=
tion se trouve éd. 1539 : 8. 16.
DInSt. Chr AL 23. 0 éd. 1089, 8.18.
culté est à peine reculée. « Je n’userai point ici de la défense Jaquelle amènent communément lesdocteurs ecclésiastiques : c’est que la prescience de Dieu n'empêche pas que l’homme ne soit réputé pécheur, duquel Dieu prévoit les vices et non pas les siens. Car les cavillateurs ne se contenteraient point de cela, mais passeraient plus avant, disant que Dieu, s’il eût voulu, pouvait obvieraux maux qu’il a prévus. Puisqu’il ne l'a fait, que de conseil délibéré ila créé l’homme, afin qu’il se portâten telle sorte. Or si l’homme a été créé à telle condition qu’il dût après cela faire tout ce qu’il a fait, qu’on ne lui peut imputer à fauteles choses lesquelles il ne peutéviter et auxquelles il est astreint par le vouloir de Dieu» (1). De pareilles barrières ne pourront jamais empêcher d'arriver jusqu’à Dieu le flot des plaintes et des questions pressantes de ceux que l'intérêt, à défaut de tout autre mobile, rendclairvoyants.
Mais ces plaintes et ces murmures n’ont pas de raison d’être, si l’on se place au point de vue de la prédestination telle que la concevait Calvin, mème si DOUS y comprenons le décret de la chute et de la transmission héréditaire du péché, qui fait partie intégrante de cette doctrine, puisque dans la théologie calviniste, ce décret
ot. Inst. Chr. Il. 23. 6 ; éd. 1539 : 8. 17. Cecia paru tellement vrai, que pour éviter cette difficulté, on a sacrifié la prescience. Mais la question se pose sous une autre forme. Les mêmes « cavillateurs » qui n'ont pas réclamé l'existence pourraient toujours demander pourquoi ils portent, dans une mesure si petite qu’elle soit, la peine de l'insuffisance des précautions prises par Dieu pour éviter l'introduction du mal dans le monde. Il est des cas où l’imprévoyance est
une injustice.
est présenté non comme un acte de l'arbitraire divin, mais comme Pexpression encore mystérieuse de la justice qui se révèlera clairement au dernier jour (1). On ne peut
donc accepter cette conception de la prédestination sans
se croire responsable, puisqu'on admet ipso facto que Dieu
ne nous à imposé la nécessité, qui nous conduit à la condamnation, que par un jugement juste quoique incompréhensible. « Maintenant si les Pélagiens ou Manichéens, où anabaptistes où Epicuriens.. allèguent pour excuse la nécessité, dont ils sont contraints par la prédestination de Dieu, ils n’amènent rien de propre à la cause. Car si la prédestination n’est autre chose que l’ordre et disposition dle la justice divine, laquelle ne laisse point d’être irrépréhensible combien qu’elle soit occulte : puisqu'il est certain qu’ils nétaient pas indignes d’être prédestinés à telle tin, il est aussi certain que la ruine en laquelle ils tombent par la prédestination est juste et équitable » (2). La plupart des objections qu’on élève contre la prédestination viennent de ce qu’on confond la doctrine de Calvin avec des théories qui en sont le contrepied. La prédestination implique dans sa formule la responsabilité et il faudrait la mutiler pour s’en faire une excuse. D'ailleurs, ce qui enlève à l’homme toute possibilité
Î.« Le premier homme est chu parce que Dieu avait juge cela expédient. Or, pourquoi il l’a jugé, nous n’en savons rien. Si est-il néanmoins certain qu'il ne l’a pas jugé, sinon parce qu’il voyait que cela faisait à la gloire de son nom. Or quand il est fait mention de la gloire de Dieu, pensons aussi bien à la justice, car il faut que ce qui mérite louange soit équitable ». Inst. chr., III. 23, 8.; éd. 1539, 8, 18.
2, Inst. chr: Ill. 23. 8; éd. 1539, 8. 18.
d'échapper au sentiment du péché, c’est que, comme cela a été précédemment établi, si la cause première de sa perte est la volonté de Dieu, le pécheur en trouve en soi la cause prochaine, dont l'existence suffil à elle seule pour expliquer sa condamnation. « Davantage leur perdition procède tellement de la prédestination que la cause et matière en sera trouvée en eux » (1); car si la chute a été voulue de Dieu et si c’est par son ordonnance que la malédiction du péché d'Adam est tombée sur nous, il n’en demeure pas moins que la révolte du premier homme est le résultat de la corruption spontanée de sa nature, et que nous portons dans notre âme de quoi mériter les plus impitoyables rigueurs. Notre iniquité pèse directement sur notre conscience et nous écrase. Faut-il la nier sous prétexte qu’elle se prolonge dans la nuit de l’infini incompréhensible? Nous sommes en présence d’un mystère et d’une évidence indéniable. Pourquoi toujours insister sur le mystère et laisser dans l’ombre l'évidence importune ? « Par quoi contemplons plutôt en la nature corrompue de l’homme la cause de sa damnation, laquelle lui est toute évidente, que de la chercher en la prédestination de Dieu, où elle est cachée et du tout incompréhensible. Et qu’il ne nous fasse point mal de soumettre jusque-là notre entendement à la sagesse infinie de Dieu, qu’il lui cède en beaucoup de secrets» (fnst. Chr. WE, 26) (2)