‹ Le détour; comédie en trois actesChapitre 15 sur 69 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

JACQUELINE, LE MEtLLAN

JACQT'ELINE. — Votre whisky vous attend.

LE METLLAN. — Je le prendrai tout à riieure, mon ennemie.

JACQUELINE. — Comme il vous plaira, mon indifférent.

PUle s'est installée dans un fauteuil et a ouvert son livre.

LE MEILLAN. — Ingrate ! Moi qui reste pour flirter avec vous!

JACQUELiM^:. — C'est bien gentil à vous, mais ce roman anglai-s m'empêche de dormir et...

LE MEILLAN. — Ça VOUS ennuierait donc que je vous dise des douceurs?

JACQUELINE. — Ça m'cunuierait de les écouter. Je veux lire.

LE MEILLAN. Eufilî, si Ull JOUT je VOUS

'^^^î^fW^â^H^ -y?^-.;: >

faisais une belle dédamtion, que répondriezvous ?

JACQUELINE. — Je répondrais : (( Bon Le Meillan, vous êtes le trois ou quatrième vieux monsieur qui avez l'amabilité de... »

LE^ RtEiLLAN. — Arrêtez ! arrêtez ! C'était une simple supposition... Le trois ou quatrième vieux monsieur ! Alors, il y a des gens sérieux qui \ous ont laissé entendre... qui vous ont offert...

JACQUELINE, — Evidemment qu'il y en a !

Je trouve votre étonnement tout juste poli.

LiE MEILLAN. — Voyez-vous ça ! Et vous les avez envoyés au diable ?

JACQUELINE. — Tu parles!

LE MEILLAN, — Quelle drôle de petite bonne femme vous faites!

JACQUELINE. Ah!

LE MEILLAN. — Vous ne devez jamais songer à l'avenir^ vous !

JACQUELINE. — H y a tant de gens qui paraissent y songer pour moi.

LE MEILLAN. — C'est boau, l'insouciance !

JACQUELINE. — Dieu, que j'ai envie de lire !

LE MEILLAN. — Une minute, que diable !

Ce que j'ai à vous cire est plus intéresë^ant pour vous que votre roman, je vous le jure !

Dites-moi, Jack, vous rendez-vous compte, au moins, qu'il est aussi déplacé, dans votre milieu, de demeurer une pure jeune fille, qu'il est mal vu, dans une autre société, de tromper son mari ?

JACQUELINE. — J'aime assez votre petit cours de morale. Mais vous exagérez un peu.

LE MEILLAN. — L'exist^nce vous apprendra que je n'exagère pas.

JACQUELINE. — Je ne demande qu'à me marier.

LE MEILLAN. — Je ne le vois pas, votre m«ari.

JACQUELINE. — Vous ne voyez pas le monsieur aiseez bête pour m'épouserP

LE MEILLAN. — Je ne vois pas l'homme assez détaché... assez indépendant pour passer sur... certaines...

JACQUELINE, Se levant. — Dans quelle intention m 'obligez- vous à écouter des choses pénibles ?

LE MEILLAN. — Mais, Jacqueline, vous vous méprenez ! Je suis votre très grand ami, je vous ai connue gamine, et ma vieille affection me donne le droit de parler comme je le fais. Ah ! si vous aviez des rentes, les choses seraient joliment simplifiées!... Voyons, Jack, un peu de confiance ! Je vous suis tout dévoué, moi. Tenez, en voulez- vous une preuve.

et pas banale, si peu banale que j'hésiteraL^ à l'offrir à tout autre qu'à vous ?

JACQUELINE. J'écOUte.

LE MEILLAN. — Asscycz-vous, alors, et par^ Ions sérieusement. Ma petite Jacqueline, vous vous en allez dans la vie avec ta bell&> insouciance, avec la gaieté de votre âge...

Mais moi, il n'est pas de jour où votre situation ne m'occupe, ne me tracasse. Aussi n'ai-je pas été fâché d'apprendre qu'un^ jeune homme vous adorait... oui^ en secret... un homme très riche... très riche et très jeune. Il ne s'agit pas d'un vieux monsieur^ cette fois!... Mais — car il y a un mais — ► sa situation, des raisons de famille, d'autresconsidérations encore...

JACQUELINE, — L'empêcheut de m'épouser.- Et si je me passais du mariage?

LE MEILLAN. — Pour employer la bonne vieille formule : votre avenir serait assuré.. J'en répondrais.

jACQUELiNi<i. — Bien entendu, le jeuno^ homme, c'est Fred?

LE MEILLAN, — Décidément, vous n'ête»

pas bête!

JACQUELINTE. — - Vous uou pi US. Pourquoi Fred ne m'a-t-il pas parlé lui-même ?

LE MEILLAN. — Timidité ! Ce casse-cou est un timide.

JACQUELINE. — Ce u'est pas comme son.

oncle. Savez- vous, Le Meillan, que vous n'ête* pas un monsieur très propre?

LE MEILLAN, riant. — Oh! oh!

JACQLTILINE. — Vous ricz ? Vous riricz encore plus fort, si je vous disais que vous n'ête» pas un monsieur très propre, parce qu'uir homme propre ne se fait pas le commensal d'un jeune parent, ni son partenaire aux cartes, ni son porteur de messages galants.

LE MEILLAN, — Mais, Jacqueline, voilà de* paroles bien insultantes ! En quoi ai-je mérité...

JACQUELIN'E. — Je plaisantais, voyons! J»

suis très touchée, au contraire, de l'intérêtque vous me témoignez. Une petite prièreseulement ! J'aime autant que vous ne vous occupiez plus de... mon établissement. Vousavez pour ma, mère beaucoup d'amitié, n'estce pas?

LE MEILLAN. — Ditcs uue grande affection !

JACQUELINE. — Précisément. Eh bien, j©* vous affirme que maman serait indignée si elle pouvait soupçonner...

LE MEILLAN, — Je VOUS arrête, Jack ! Vbtr^ mère est une femme de grand bon sens et elW comprendrait...

JACQUELINE, ardente. — Je vous arrête

aussi, Le Mailla a. J'ai eu le j&ourire jus^ qu'ici, mais n'allez pas trop loin! Ma mère vit comme il lui plaît, mais elle a un cœur d^*^ mère, ça, j'en suis sûre. Je suis sûre que jâjnâk une pensée impure et basse^ comme eelle qae vous lui prêtez, n'a effleuré son esprit ! J'en suis sûre^.

LE MEiLi/AN. — Quel petit hérisson ! On ne ^ut pas dire un mot sans que vous ripostiez, avec une aigreur!... Ah! la leçon est bonne! C^est notre ^^ première conver-

sation sérieuse et au^si la dernière !

Fini de m' intéresser à vous ! Je le jure."

JACQUELINE

Parfait ! Tenez parole et nous demeurerons de bons amis, d'aussi bons amis que par le passé..

LE MEÏLLAN —

Entendu, entendu ! Et maintenant, vous pi^férez, sans doute, que je vous débarrasse de ma préisence ?

JACQUELINE

OUfi, je vais me reposer un peu. Je me sens une grosse fatigue.., V^ous avez tous été si eanprestsés aujourd'hui !

LE MBiLLAN. — Alors, à tout à l'heure?

JACQUELINE. — A tout à l'iieure! (Le MeiU lan sort par la gauche. 'Restée seule.) Oh!...

Elle est très nerveuse, elle rit. Ensuite, ce sont des réflexions.

lE MEILIAN.

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