‹ Le détour; comédie en trois actesChapitre 25 sur 69 · SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil

JACQUELINE, ARMAND

ARMAND. — Comme tu es jolie, aujourd'hui!... (Un silence; il la prend brusque^ ment dans ses bras.) Mon loup!

JACQUELINE, — Prends garde, voyons!

ARMAND. — Qu'est-ce que tu as?

JACQUELINE. — Tu me bouscules, tu froisvses ma robe... Et puis^ par cette chaleur...

ARMAND. — Oh ! oh ! tu es nerveuse !

JACQUELINE], — Pas sans motif!

ARMAND. — Tl est arrivé quelque chose ?

JACQUELINE. — Rien... rien du tout.

ARMAND. — Enfin, dis-moi...

JACQUELINE. — D'abord, si tu crois^ qu'il m'est agréable de te voir partir pour Paris en me laissant à Cherbourg.

ARMAND. — Mais, Jacqueline, je te Pai expliqué, mes affaires ne me permettraient pas de m'occuper de toi un instant.

JACQUELINE. — L'.anuéc dernière, tes affaires ne t'empêchaient pas de venir tous les jours à Neuilh' !

ARMAND. — Tu sais bien que l'année dernière je suis resté absent plusieurs mois.

JACQUELINE. — Enfin, tes soirées seront libres?

ARMAND. — Et le jour, que ferais-tu?

JACQUELINE. — Eh bien! des courses, des emplettes ! Je trouverais à m'occuper, va ! Et puis, je verrais maman.

ARMAND. — Je ne désire pas que tu ailles chez ta mère !

JAc^QUELTNTî. — Je la verrais hors de chez elle. Tu n'as pas l'intention de nous séparer à tout jamais! Du reste, sois tranquille, à Paris, je ne m'ennuie jamais.

ARMAND. — Tu t'ennuies, ici?

JACQUELINE. — Il est bon de changer parfois d'air. Crois-moi. Voilà un an que nous sommes mariés... Sous prétexte que tu n'étais déjà resté que trop longtemps éloigné de Cherbourg, nous n'avons même pas fait de voyage de noces. Eh bien! moi, j'aspire à autre chose, pendant quelques jours, que la

jetee-promenade et les monotones infamies de Cd^ dames.

ARMAND. — Je suis stupéfaït, Jacqueline.

Je comprends que notre séparation te soit très pénible... mais rien ne justifie cette aigreur. As-tu à te plaindre de quelqu'un? Mes parents...

JACQUELINE. -- lls sont parfaits.

altesses royales ont moins de considération' pour leurs familles que vous autres ! Ah ! vou9 ne considérez pas comme un mince honneur de devenir une Rousseau ! sapristi !

ARMAND. — Mais non ! Rends-toi simplement compte qu'en t' accueillant à leur foyer et en te traitant comme leur propre fille...

JACQUELINE. — Oh! nou! Pas cette phrase-

ARMAND. — As-tu a te plaindre de quelqu'un 7

AKMAND. — Ils font tout leur possible pour ie rendre la maison agréable.

JACQUELINE. — Ils sout parfaits. Que veux-tu de plus.P

ARMAND. — Dis qu'ils ont été très bons pour nous. Je t'ai fait ma demande le vingt juillet, et ie premier septembre nous nous sommes mariés, lls ne se sont guère fait prier pour donner leur consentement ; ils ont seulement demandé ta conversion au protestantisme, et, depuis lors...

JACQUELINE. — Je suis certaine que les

là! Elle commence à m'horripiier, cette phrase! Je l'entends trop.

ARMAND. — Tu m'inquiètes, ma parole!

Jamais je ne t'ai vue de cette humeur...

JACQUELINE. — Cela prouve que j'ai besoin d'un petit changement. Je désire te rejoindre à Paris.

ARMAND. — Jacqueline, puisque tu m'y contrains, je vais t'apprendre la vérité...

J'aurais voulu te la cacher, car elle t^e pei* nera certainement...

JACQUELINE. — La vérité?..,

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abmâNO. — OuL.. Tu aais qu'à Paris, j'iiafeite toujouns chez mon associé. C'est très veommode, presque indispensable. Le matin et aux heures des repas, nous bavardons, uous échangeons des vues, nous tirons des plans pour Tannée à venir...

JACQUELINE. — - Et puis ?

ARMAND. — Seulement, Bernard est marié, lui au^^si... Il est môme tout à fait sous la domination de sa femme... une personne asseK insignifiante, mais très oollet monté... très^ très collet monté,..

JACQUELINE

Alors ?

ARMAND. Alors,

il m'a écrit... oh\ pas en termes explicites!... Il m'a seulement fait sentir qu'il préférerait... c'est sûrement sa femme, tu sais... qu'il préférel'ait que je vinsse seul.

JACQUELINE

Mais qu'est-ce que je leur ai fai\, à toutes? Encore une qui me repousse et me hait probablement ! Et celle-là ne m'a jamais vue! A peine a-t-elle entendu parler de moi !

ARMAND. — Evidemment, la plupart des gens n'ont pas une conception de leur devoir, ,âussi...

JACQUELINE." — Et tu aoceptcs l'hospitalité de cette femme qui me méprise, qui a osé..

ARMAND. — Non pas! J'ai pris conseil de mon père qui s'est montré égal à lui-même.

Et dès mon arrivée, dès ce soir, je pose la question de confiance. Ou les Bernard te recevront comme ils me reçoivent, ou c'est la rupture. Mais la vraie, tu sais! la liquidation!... Aussi, je suis bien tranquille! Bernard y perdrait trop. Il cédera. Il s empressera de t' écrire et de t' inviter,

JACQUELINE. — Et tu crois que je me rendrai à leur invitation ! Mais à quelles éprouves nouvellas oomptes-tu me soumettre?

ARMAND. — Comment.., JACQUELINE: — Tu voudrais que j'entre ainsi, de forée, dans cette maison ennemie?

Et que Je parle à <*m gens, que je mange à leur table? Quelle folie!

Paraît la bosme.

ARMAND. — J'ai encore

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