SCÈNE X
Les Mêmes, M. ROUSSEAU
LUCIENNE. — ■ Ç^' y est? On pout faire le bhé?
ROUSSEAU. — Ma pauvre Lucienne, prépare tout ton courage. J'ai une inauvais*e nouvelle à t' annoncer.
LUCIENNE. — Mon mariage est rompu !
ROUSSEAU. — Ecoute-moi. J'usais expoté en détails à ton fiancé le niédioei'o état des affaires qui m'interdit, sans pëili pour ma maison, de déplacer la moindre partie de mes capitaux. Je l'avais prévenu qu'il me sein-'t impossible de remettre ta dot avant la i:n de la crise actuelle. J'offrais en échaiîge d'héberger le jeune ménage. Ces conditions avaient été acceptées. Aujourd'hui, le colonel Boissy a soulevé une objection vraiment stupéfiante. Quelque désagrément que vous puissiez en éprouver, Jacqueline, — et votre désagrément est peu de chose comparé au chagrin de Lucienne, — force m'est bien de vous informer que cette objection M. Boissy la tire de votre présence dans notre maison !
JACQUELINE. — Quelle infamie !
ROUSSEAU. — Infamie ou non, voilà le fait. 11 paraît que si Lucienne vivait sous le même toit que vous, les femmes des autres officiers ne lui rendraient pas ses visites et que la situation de son mari deviendrait intolérable. De plus, M. Boàssy, qui est un homme très austère, insinue... — oh! j'ai vertement relevé ses paroles!... — il insinue que votre compagnie n'est pas de celles que
sa bru... Passons! Je veux vous épargner ceque je riens de subir.
JACQUELINE. — Les misérables ! les misérables ! ^
ROUSSEAU. — De la modération, Jacqueline.
JACQUELINE. — Mon père, je vous en supplie, si je dois être ainsi un perpétuel sujet de trouble, si je deviens un obstacle au mariage de Lucienne, laissez-moi quitter votre maison... vivre ailleurs... n'importe où!
-ROUSSEAU. — Je vous en prie, ma chère Jacqueline, ce n'est pas l'heure des vaines paroles. Et aussi, gardez-vous d'être égoïste. Vous n'êtes psis seule en jeu. Armand aurait le droit de s'étonner que vous l'oubliiez à ce point, dans vos propos!
LUCIENNE. — Enfin, mon mariage est rompu !
iioussKAU, — Ma pauvre enfant, le colonel Boissy m'a a.ssuré qu'il était en tout ceci plciiicment d'accord avec son fils ; et moi, j'ai dû lui répondre ce que tu aurais répondu à ma place, que je ne songeais pas à chasser de chez moi mon fil^ et ma bellefUle pour j instaJlor mon genche. J'ai ajouté que M Boissy laissait voir des sentiments peu séants chez un fervent chrétien. 11 a riposté avec aigreur et nous nous sommes quittés en mauvais termes.
LUCIENNE, rageuse. — Mon mariage est rompu î ^ ,
iioussEAU. — Cherche dans la prière un refuge centre une douleur passagère. Ta mère va venir, du reste, qui te consolera mieux que moi. Elle a été obligée de recevoir les Lebachelier qui sont arrivés au moment oii M. Boissy se retirait. De mon côté, je suis forcé d'aller au bureau signer le courrier. {Il embrasse Litcienne sitr le front.) Fais effort sur toi-même, ma file et chasse de cette tête-là le souvenir d'ut homme qui n'était pas digne de toi. Quan à vous, Jacqueline, vous voyez q\i'il est su perflu de me rappeler mon devoir; quelque difficile qu'il puisse être, je sais toujours, m'en acquitter jusqu'au bout.