SCÈNE XI
JACQUELINE. LUCIENNE, puis MA-^ DAME ROUSSEAU
JACQUELINE, s' approchcint , — Ma pauvre petite sœur î
Le CMtoUf
LUCIENNE. — Ahl kiissez-moi tranquille!
JACQUELINE. — • Notre grande amitié est finie!
LUCIENNE. — Votre amitié, je n^en ai que faire! Je manque par votre faute ce mariage qu*il me fallait à tout prix!... Et cette chipie de M^* P rades qui aura colporté la nouvelle partout!.. Je vais être la , rifiée générale! On va me montrer au doigt!
Je ne vous le pardonnerai jamais!
JACQUELINE. — Vous êtes bien cruelle, Lucienne i
LUCIENNE. — Pourquoi vous être introduite dans notre famille pour y apporter le malheur. Oui, introduite par intrigue!...
J'ai bien compris vos attitudes de tout à l'heure, allez! Vous n'avez jamais aimé mon frère ! Vous n'avez même pas cette excuse !
JACQUELINE. — Je l'aimais toujours autant que, vous, votre fiancé!
LUCIENNE. — Ce n'est pas la même •chose!... En tout ca^;, si vous aviez été vraiment amoureuse d'Armand, vous auriez eu la pudeur de votre situntion! Quand on est ce que vous étiez, on n'épouse pas l'homme qu'on aime.
JACQUELINE. — Et- que fait-on?... (Un temps). Dites-le donc? Quant on est ce que j'étais, on n'épouse pas l'homme qu'on aime, mais...
LUCIENNE. — Eh bien ! oui... on devient sa maîtresse.
JACQUELINE. — Bravo!... Au moins, vous, vous avez le courage de votre opinion !
LUCIENNE. — Il vous était facile de prévoir que votre mariage allait bouleverser l'existence d'Armand!
JACQUELINE. — Je sais!... je sais!... sa maîtresse!... Il y a longtemps que le mot vous brûle les lèvres à tous ! Vous ne l'avez pas digéré, ça, que je me sois fait épouser comme si j' avilis été des vôtres. Vous avez beau vous battre les flancs pour me trouver des droits à votre estime et à votre fraternité, vous donnez tout de même raison, dans le fond de votre cœur, aux dignes bourgeois et aux bourgeoises hypocrites qui me tournent le dosl... Ile sont comme vous, ces gens-là, et pas comme moi ! Je ne suis pas d'une famille honnête, moi ! Ah ! vous savez vous parer de votre honnêteté héréditaire! Sur vous, elle devient aussi vaine qu'un titre de noblesse. N'est pas honnête femme qui veut, n'est-ce pavS?... Vos bonnes amies n'acceptent pas les nouvelles venues. Et elles ont raison!... Comment masquerait-on toutes les vilaines choses ignorées?... Oh! oui, vous faites bien de repousser l'intruse, épouses impeccables et demoi-
seMes bien éleviées, — si bien élevée» et si chastes et si prudentes, n'est-ce pas, ïiucienne ?
LUCIENNE. — Vous, en voilà assez!... J'ei ai assez entendu ! Qui ctes-vous pour le prendre sur ce ton? La fille de...
JACQUELINE, V empovjnant par lec épaules et la regardant dons les yeux. — Qui je suis?... Je vais vous le dire.
LUCIENNE. — Ah ! lâchez-moi !
JACQUELINE, — Je suis une fille qui ai eu demeurer honnête, vraiment honnête, au milieu de pièges de toute^s sortes. Je n'ai pas, moi, dans un coin de parc, donné mes lèvres à un bel imbécile, marié par-dessus le marché et père de deux enfants, en lui promettant que le reste viendrait plus tard... lorsqu'on aurait empaumé un mari...
LUCIENNE. — Taisez-vous! taisez-vous!...
Je vous défends...
JACQUELINE. — C'cst comîque!... Ce pauvre diable de Boissy que vous vouliez épouser rien que pour le trahir ! Et surtout pour qu'il donnât mm nom à Tenfant qui pouvait naître, n'est-ce pas? Quelles saletés!... Moi, ma petite, je n'ai paf fait, en épousant Armand, de ces ignobles calculs!
LUCIENNE. — Taisez-vous!
JACQUELINE. — Jc mc suis mariée avec la ' ferme résolution de ne point faiblir, et une grande volonté d'aimer que votre frère n'a su que détruire. J'ai apporté à mon mari ce que vous n'apporterez pas au vôtre, ni vous, ni bien des petites jeunes filles de votre classe : une virginité vraie !
LUCIENNE. — Taisez-vous, de grâce! Vous voulez donc me perdre ?
jacquelintî:, la repoussant. — Non! je n'ai pas vos perfidies.
Entre M"' Rousseau.
MADAME ROUSSEAU. — Que signifie ce bruit ?
JACQUELINE, vioIente. — Il signifie que je suis lasse de vivre ici, et que je veux m'en aller !
MADAME ROUSSEAU. Qu'cst-CC qUC VOUS
dites, Jacqueline ?
JACQUELINE. — Jc VOUS répète que je veux m'en aller!
MADAME ROUSSEAU. EtcS-VOUS follc de
m' apostropher ainsi?
JACQUELINE, de plus en plus excàtée. — J'ai été folle le jour oii je suis entrée dans cette maison ; aussi, je la quitte.
MADAME ROUSSEAU. — Vous nc quitterez pas votre mari, je Siuppose?
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JACQUELINE. — Mon mari, non! Au contraire, je vais le retrouver. Il prétend m'aimer, il m'a promis une existence heureuse et honorée; je vais le mettre en demeure de tenir son engagement.
MADAME ROUSSEAU, se plaçant devant la porte, — Jacqueline, voue ne vous en irez pas eanô l'autorisation d'Armand!
JACQUELINE. — Oh! VOUS n'avez aucun droit de me retenir. Je veux m'en aller.
M'entendez-vous ?
MADAME ROUSSEAU. — Jacqueline...
JACQUELINE, hoTs d'elle. — Je veux m'en aller! je veux m'en aller!... Et je m'en irai!
Elle sort en bousculant M"' Rousseau.
MADAME ROUSSEAU, coustemée. — Mais qu'est-ce qu'elle a?
. LUCIENNE. . — Je n'en sais rien !
MADAME ROUSSEAU. — Quelle furie! J'avais prévu tout cela, du reste. L'ai-je assez répété à ton père : lx>n sang ne saurait mentir !
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ARMAND. — Nous NE l'avons* LOUÉE QUE POUR UN AN.