‹ Le détour; comédie en trois actesChapitre 4 sur 69 · JACQUELINE, CYRIL · texte numérisé non relu

JACQUELINE, CYRIL

CYRïL. — Vous et: 3 hargneuse!

vcQUEî,i>T — Je ie taquine un peu.

CYRTL. — Un peu, en effet. Votre adharnement me surprend d'ailleurs. Vous êtesd'un naturel assez, aimable..,

JACQUELINE. — Merci, mon prince!

CYRIL. — Vous traitez doucement vos oamar>ades, A'Os flirts, vos adorateurs, votre personnel enfin. Ainsi, moi...

JACQUELINE:. — Oh! vous...

CYRIL. — Je suis inoffensif , hein ? C'est exquis, après une cour de trois ans ! Et Rousseau vous inquiète, lui!... Je m'en doutais.

JACQUELINE. — Vous ii'allez pas m' accuser à présent d'être amoureuse de Rousseau!

CYRIL. — Hé! hé!

JACQUELINE. — (( Hé! hé! » Je vouscroyais de l'esprit, mon petit Cyril. Vraiment, il faut que je vous donne ma paroleque ce gi'os garçon ne me trouble pas, mai& ^ là, pas du tout! Du reste, j'imagine que d& son côté...

CYRIL. — Lui, il est fou de vous.

JACQUELINE. ~ C'cst VOUS qui êtes fon!

CYRIL. — Soit!

jAGQ^EUîO!:. — Ii#n, sur quels indices...

CYRIL, — Ecoutez, tant que M. A.rmw^; :

Rousseau ignorait votre existence, il passait tous le^ ans, quinze jours, à Paris, — pas un de pius, — chez s<?n associé, M. Bern^d..

JAGQUKWNE. — Il a-, un assoie?

CYRIL. — C'est e-cj^i droit. '

JACQUELïiï^.. — Q'UMl^s a,iK^ir,§3 fontn-i^r'^ ,;

CYRIL. — Des affaires. Je crK)i^i c^np S^X*- .

■tiii?^

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pifRfi^, 9.1M P^o^e^^f^ ^O^MiKèjB lié... Ji'ai

H»aHte. Je vaas Vstrphne^ et irofus nows reià^è^. à dî^ser/bten entendu, FlBudaitt le ^al^S^ dans le petit tramwiay, Itoueseau n'oûvî^; Bie^ Waeire que paur me. dire : « Le ton est;^ peu leste dans cette maison. », Arrivé f^rt^ Mailfefe, il- ajoute : (c Par.exemple/ir% WiU son eist fc^rt inteHigente. » Et comme noïts.

J4£,(iPîiIM. — Vous NALLEZ PAS m'AGGUSKR A PRÉSENT d'ÈTRE AMOUREUSE DE ROUSSSAU î

ma

bas, h jOherbourg... J'étais conseiller de pré- ; tectu^e. Je fréquentais un peu chez le père Rousgieeu.

jA^QÇBiiiNE. — Y a-t-il une mère Ex>us- «eau ?

! CYRIL. — Pai'faitement, et aussi une ï;^ fille, une gamine à T époque dont je vous ^parle.

■JApjQiJ]m*IJïîi]. — Jjb^ parents ÉK>nt aussi £q^

|> j^aCB^iL, — A peu près le même numéro.

■Mais encore plus sérieux, encore plus hoUr nêtes, encore plus protestants. Oui.

^^ACjQjj^i^iXEv. — Vous deviez vous amuser.

5^ çx^iï,. — A iïf?x^rt!

JACQtTELiNE. — 'Et depuis cette époque ; v-QUÊi ^iô^ resté en* relations avec Rousseau,

qxBjih. ' — P^ainais de la* vie! Je m'étais : ;^t4 de le. perdre d^ vue, lorsqu'au mois de '.~)^fn î^m&v.j je le re^ncontre sur le boule- ,::Tard. il faisait à Paris son voyage annuel et ;;âevâit repartir quelques jfQurs après. Il ^vait Vf#ifl?;'<ij^ "s;enn,^yer,, je lui propose de passer .:ï'iiprès-wî[i(& k ^milhx 9k^^ de^ a^is. ehar^

nous quittions à TEtoile, il me demande :

(( Ne croyez-vous pas qu'une visite de diges* tion s'impose ?... »

JACQUELINE. — La digestion de Uouss^au!

Quelle horreur !

CYRIL. — Enfin, il a digéré ici, tous les jours, depuis quatre mois. Que doi% penser le père llouaseau, là-baiS, dans son port de guerre? Et moirmêane, q^u^ puisTJ^ ^Wii^p5Qle^^ ?

JACQUELINE. — C'est une scène?

CYRIL. — Non. je suis furieux seulement que vous me forcijeK à. vou^ parler ?aJ3.S> ç^se de ce monsieur.

JACQUELINE. — Que je vous force!

CYRIL. — Quani^ j'ai à vous dire, des choses... des choses, de moi. (Tendre.)' Mom Jack. . .

JACQUELINE, — Mk)n vioux ?

CYRIL. — Ah! c'est plein de tact!

M.CQUELïNE, -r- Yqm» êtes fâQhéB.

CYRIL. — Non, Jack, je vous ^ime,

j4CQUE]^jkN.?=. — Vous n'aivez pas d^' nouvelles plus fraîches?

CYRIL. — Je sais bien que J'ai le tort ^ me répiétci^. De tou^ les hommes qu'oB;. voit

^IP^flliPISill^

ÏO

4ci, Jè suis le premier qui vous aie fait la Hpp-ùr, et je né suis pas plus avance que les -autres!

JACQUELINE. — A^ous êtes le doyen, c'est 4^^1qne chose.

CYRii. — Blaguez, blaguez! C'est bien ça!

jamais vous ne répondrez sérieusement.

JACQUELINE. — Eépondre à quoi? Est-ce donc une demande en mariage?

CYRIL. — C'est une demande en ce que mademoiselle voudra. Seulement, on ne ;m'6pouse guère, moi!... Je suis pauvre.

OYBi^j. -^ Be 1^ fentaieie, que diabkl C'est amusant d'être dans la purée.

JACQUELINE. — Je profosse là-dessus une théorie un peu différente.* Je ne connais paàs le besoin, mais j'en ai une peur bleue ! Tenez, il nous est arrivé une fois, à maman et à *moi et à des amis, ne sachant que faire d'une fin de soirée, de prendre une loge dans un théâtre de quartier. Salle funèbre, public.-, brr! Une heure sinistre à entendre aboyer de malheureux cabots... Mais le lendemain, aux connaissances : (( Figurez-^ous qu'hier' nou^t

JACQUELINE. — Eh bien ! chez vous seul j'ai devjné un sentiment assez profond.

JACQUELINE:. — Pas d'espérances?

CYRIL. — *I1 y a des espérances. Un cousin...

jACQitELiNE. — H est riche ?

CYRIL. — Très riche.

JACQUELINE. — Très vieux, aussi ?

CYRIL. — Ah! non, plus jeune que moi.

(JJn temps.) Vous voyez que, comme parti...

JACQUELINE. — Enfin, il faudrait que je vous prenne pour amant?

CYRIL. — Je ne m'en offenserais pas.

- JACQUELINE. — Et VOUS m' offrez la moitié ■ de votre dèche?

CYRIL. — Vous y êtes! La moitié de ma ^èche, la moitié de ma couche, le quart de mies joies, toutes mes peines.

jACQUELiN'E. — Ne me tentez pas!

avons été voir Buy Blas à Batignolles! Ce quo nous avons ri i » Eh bien! j'imagine la; gêne comme ces petites fêtes. Ça n'est drôle que quand on en parle.

CYRIL. — Il y a du vrai.

JACQUELINE. — Aussi, VOUS uo ni'en voudrez pas, mais si flatteuse que soit votre proposition...

CYRIL. — C'est dommage, Jacqueline!

JACQUELINE:. — Mais oui, Cyril, c'est "dommage. Très sincèrement. Vous n'êtes pas tout à fait le premier qui ayez un peu envié de vous étendre à mes côtés autre part que dans ce jardin...

CYRIL. — Je m'en doute.

jACQUELiM?. — Eh bien! chez vous seuL j'ai deviné un sentiment assez profond.

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CYEïL.'— Très profond, . Jacqueline: — Je, suie sûre que si je vous répondais : <( Oui, je consens à devenir votre maîtresse... »

' CYRIL, Wi saisissant le hras. — Oh! mon petit Jack...

jAcOi^^Li-NE. — Ne vous agitez pas ! Nous «ommes dans le domaine des hypothèses.

CYRIL. — Sortons-en. On y étouffe!

JACQUELINE, — Si je répondais : (( Oui, je veux bien, on va vivre comme de bons ^wnants », vous ne seriez pas trop attrapé.

CYRI1-. — • Essayez!

JACQUELINE. — En échange, apprenez ■ceci : vous êtes le seul homme avec qui, dans msi caboche de petite fille, j'aie envisagé la possibilité d'une... camaraderie... très intime.

CYRIL. — Mais alors!... Vous représentcz- Tous notre couple ? Dans la rue, les gens nous regarderaient avec attendrissement... C'esi trop beau! Ça n'arrivera pas. Ces choses-là n'-arrivent qu'aux autres. Et pourtant...

Puis vous savez, quand je serai^^ devenu ri- <?he, on se marierait! On attendrait pour se marier que le sort nous sourie, mais on atten- ^drait ensemble.

JACQUELINE. — Voîlà ce quo mon père a dit à ma mère. Elle l'a écouté et ça ne leur ^ pas porté bonheur. Mon père a été tué danrs un accident et a laissé ma mère enceinte de moi. Oui, mon bon Cyril, mes grands-parents Avaient refusé leur consentement, les jeunes gens se sont enfuis ensemble, et un beau jour ma mère s'est trouvée seule au monde. Trois mois après, elle n'était plus seule, elle avait une entant à nourrir. Comme maman est jolie et un peu inconsciente, elle s'en est tirée tout de suite et brillamment, mais à un prix qu'il ne nie conviendrait pas de payer. Je dois tenir de mon père, moi ! C'est lui, des deux, j'en suis sûre, qui avait le plus à cœur de régulariser la situation. J'ai hérité d'un penchant immodéré pour les situations régulières.

- cYbtl. — Non! Curé, maire, respectabilité, opinion du monde, vous donnez dans ces î)êti&es-là ! Vous !

* ^ JACQUELINE. — J'ai tort, peut-être; je manque sans doute d'indépendance, seulement mon penchant naturel a été fortifié encore par l'éducation d'une cousine trè^s stricte, très comme il faut, et je crains d'être devenue irrémédiablement honnête. Voilà un Tipe qui me vaudra sans doute de mourir

* vieille fille et pa,uvre! Que voulez-vous, sans le maire, le curé, les bêtises, comme vous dites, je ne peux pas. Vrai ! je ne pose pas

à la vertu, c'est plus fort que pioi, c'est irrai^' sonné... c'est... bestial! ' -l'^-

CYRIL. — Ecoutez, il s'agit d'une siïiipl<9^ 'supposition. Si, un jour, je vous disais l'aMlons-y ensemble devant le curé et le maire! »,, voua refuseriez ? , \

JACQUELINE. — Je refuscraiis.

CYRIL. — Oh !

JACQUELINE. — Je rcfuscrais. Je n'épouserai qu'un homme qui puisse me tirer, du

CYRIL

Essayez

milieu oii je vis. Je vous aime bien, Cyril, seulement vous êtes un fêtard et un bohème. J'ai P effroi et l'horreur de la bohème. On ne s'en évade pas, surtout quand on est de pauvres diables. Nous côtoierions le même monde, nous fréquenterions les mêmes gens qu'à présent, et peu à peu, la pauvreté aidant, je glisserais à la vilaine vie dont je ne veux pas. Voyez-vous, je rêve un foyer très bourgeois, paisible, surtout paisible, -et qui soit un vrai foyer ou vienne s'asseoir une vraie famille, et qu'entoure de vrai respect.

CYRIL. — ' Jack, j'ai peur de vous peiner on vous questionnant... C'est la première fois que nous abordons ce sujet... Cependant, expliquez-moi... Je ne comprends pas qu^, sentant comme vous sentez, vous supportiez... vous puissiez supporter... une atmosphère... Enfin, vous saisissez?

JACQUELINE. — Je saisis. Eh bien, mon pauvre Cyril, je passe par d'odieuses minutes... Bien sûr, pour m'affranchir, il y. aurait le travail, les leçons... Je suis très calée en anglais... Mais je ne voudrais pas me^ faire meilleure que je ne suis, je vous avoue

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^^r^iL^4' Cfisl^ qu'oa u^^ jaooaab.

' iïeiîfe^ îi^e»te qui m* a él«vée esifc ijajortej Ofù iraîs-je, si je m'en allais d'ici? On n'est pas d^ héros, on est tont simplement une gamine 'bourrée de préjugés...

' ^KB-m. — Alors? Conclusion?

jACQtJÊîiimî. — A la/ grâ<2G de Dieu!...

Mais je vous en raconte des histoires!... Je ii'€Q fii ;ja*mais tant raxjomté à personne. Ça prputre au moins que je suis votre amie, CyriW: €im, t je §ais, c'est une bonne amie que voq«; 3epiandi«z... Vous ne m'en voulez pas --de: i^ê, p^s vouloir? (Lui pr€7}ant la tête à àeUx mains,) Qu'es>t-ce que je vois? Mais TOfi^, m'aimez donc pour de bon?

'pt&U^y s^ essuya ni les yeux. — Rien... Je dû^ai^ adi^U à... à quelque chose.

: JApâUfiitiNB. — Voilà Rousseau!

G^Rii». — Canonniers, à vos pièces !

3AeQ^iBt.im. — Ronflons 1

Là tmbm

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