SCÈNE IV
AGNES, LE PERE DE SILVIAN, GREGENOY
©REtŒNOY. — Bonjour!... Bonjour, Agnès!
AGNÈS. — Jean !
GREGENOY. — Ton c^usiu Jean en chair et -en osl... Et que tu n'attendais guère, je vois. (Il haise la main d^ Agnès.) Je remplace Mauve qu'un engagement a forcé de partir... Mon père...
LB PÈRE DE SILVIAN. — Boujour, oher iDonsieur.
Poignée de main.
Mais Agnès, quelle pauvre
GREGENOY. —
ligure!... Ohl...
AGNÈS, — Oui...
Et son geste veut dire : J*ai de la peine.
AGNES, GREGENOY, un moment, UN VALET DE PIED
GREGENOY. — En vérité, cet excellent jésuite le prend un peu solennellement!... Je le croyais plus... libéral... Il m'étonne!^.. Moi, qui suis un vieil athée, je répète à la maman qu'aucun danger, si petit soit-il, ne menace Thibault!... A côté de lui, son adversaire n'existe pas!...
AGNÈS. — Jean... si mon fils tue cet homme î
GREGENOY. — Ahî c'est une autre ques* tion !
AGNÈS. — J'ai si peur, Jean!... J'ai voulu, ce matin, entendre de Thibault qu'il épargnerait son ennemi... J'ai réclamé Passurance d'un combat... indulgent... Je n'ai obtenu que des réponses de gêne... aucune promesse... J*ai peur!
GREGENOY. Moî aUSSÎ.
MÛ^'f
Israël
AGNES, impressionnée. — Ah!
GRÉGBNOY. — Oui. Au club, \es propos de notre jeune homme m'ont donné un peu froid...
• AGNES. — Ah! .
GBÉGENOY. — Ma visite a cet objet^ surtout, de te prévenir. Ce serait une vilaine chose, vraiment... Ce Gutlieb, il a commis une grosse bêtise!... C'est entendu!... Que diable allait-il faire dans une ligue anticléricale .f^... Naissance oblige!... Ces gens-là possèdent le génie de la gaffe!... Mais je ne regarde pas Justin Grutlieb comme un mauvais homme!... Oh! non... Je l'ai connu très, très agréable... Au fait^ c'était un camarade de ton mari...
AGNÈS. — JeaUj ne peux-tu rien?
GRÉGENOY. — Moi ?
AGNÈS. — Sur mon Thibault?... Sauve-lo d© ce grand péché.
GREGENOY. — Le uioyen ? Hier, j'ai tout élevé, tenté, contre son algarade!... II ne te Va pas dit? {Agnès fait signe que si.) Alors?... Mais le père?... le père de Silvian!... Il passe pour si fort... il est le directeur de conscience de Thibault.
AGNÈS. — Il ne l'est plus... Hélas! depuis quatre ans, Thibault ne veut plus d'un directeur... Il se confesse à un vicaire de la paroisse qui ne contrarie pas ses sentiments politiques.
GREGENOY. — D' ailleurs, aucun secours ne vaudra ta parole... Insiste!... Vous vous chérissez, cet enfant te vénère...
AGNÈS. — ■ Oui, nous sommes tendrement attachés l'un à l'autre, mais, regarde, ai- je pu, autrefois, détourner mon fils de cette campagne de violence, que ma religion réprouve? Hélas! les convictions de Thibault ne se soumettent jamais!... Tu n'imagines pas leur force!...
GRÉGENOY. — Si fait!... L'étrange garçon! Aimable et inflexible... un sectaire...
Paraît le valet de pied.
LE VALET DE PIED. — La personne que madame la duchesse attend est au boudoir.
AGNÈS, troublée. — Ah!... Bien... Quand je sonnerai, vous prierez cette personne de descendre.
LE Valet de pied. — Oui, madame la du-
II sort.
GRÉGENOY. — Je me sauve. Agnès, tourmente Thibault!... Il faut le harceler!
AGNÈS. — Oui... Au revoir, Jean.
GREGENOY. — Au revoir.
Il baise la main d'Agnès et sort. Agnès va sonner, puis elle attend. Une terrible émotion se marque sur ses traits. Au bout de quelques secondes, Gutlieb paraît. 11 est en tenue de visite et tient son chapeau à la main. Il descend les marches, suivi du valet de pied.