‹ Le détour; comédie en trois actesChapitre 65 sur 69 · WM · texte numérisé non relu

WM

l'yî^j/ ■:

:qâ!nîi égarement d'une heure, — iroici W^ t«>i^ <î©^ M^y tu tr^toes la àélefetiop que je yieris de dire, Ja fék«ii% Tapo®^

, tfaiBATHia; ~- il faut %u© ,J8 VOUS aie bien f4kUirr^a^iife #^sp<»ge les..»

; , i»B 'i*toB DB sièvïaww — T« as exposé tcm l^rojet Jt^Sfêal claircjfiaent ^ue tes mobiles. Tu médite® de t'anëautir parce que tu te se^is troublé dans ton ^esse&œ même, parce qu'il te paraît <|ue éeux êtres oat mené, en toi, UMe denibl© esastence clandestine et que tu entends délivrer ton 4me familière d'un voiemage q»© tu n'ignores plus et que tu abbo^Tes.v* list-ce bien cela?...

iî)HI»AUi^T, — Oui.

ïdg PÈ»« BÊ siLviAN. — Eh bien, mon Thibault, j'appeîle à moi, pour t'invoquer, toutes l(&& forces d© la plus humble des créatureii-^, Thibault, n'entre pas dans ce crime et -dans cette erreur!... Oui, dans cette erreur!,.. Puisque c'est ici le corps à corps de deux hommes en un seul, mon enfant, nMmmc^^e pas le chrétien au juif... Regarde! mais regarde!... Si tu commet ce meurtre de toi-même, tu renonces ton Dieu, le Dieu de toutes les indiilgences et de toutes les miséricordes, tu renonces notre Dieu d'amour, pour adorer l'autre, le Dieu cruel, qui édicta ; (( Je prendrai les péchés des , jjaients &b ïe» jetterai sur les enfants! » Hiîbault, je te le dis, le suicide te prosterne devant Jéhovah!... Juive serait ta mort!

"Mais tu vivras, mon petit, et ta survivance «era chrétienne!...

THIBAULT. *— Mon père, ce sont là des raisons éloquentes, des raisons de prédicateur, des raisons...

LE PÊïiE DE siLVTAN. — Bes raisous que tu n'as pas le droit de repousser!... Non! Je hé tiendrais ce langage ni aux vieilles bigotes de Sainte-Clotildè, ni aux pâles petits pénitents quâ, la jumelle de courses en bandou- Vlière, viennent demander la remise de leurs (p^hés ^'lafardsl.,. Non!... Un tel argument, îfiipuY detcrat alliage mondain, je ne l'oppose :(îflfà%#î, qtf^mon fils d'élection!... Cher Thi- ^1:^1^, la minntè ^st grande ! La loi venge- /.J^èNi ^ Moïse ëtoufffera-t-èllê aujourd'hui la y'i^ 'âe JémïlS, la tendre loi du pardon?...

^-18^ paTtoîine!...* N'applique pas le

j^^^ce de ta mort, la mort de ta mort, à la pauvre femme dont j'atteste ici la longue

■' »ôuJbiy3i>e,/^'^ds^l^^ la ré6onci^iatio«/.^v^^®^^;'V.' ''^''^^r^J'''^-'-'^]^'}^^',),^

^m pèîRE ï®;. ssK^iAN. ;- — &t „i»€^J,■^,3^^■î|^' ©©re pé^ftmeT ta :^tîé' po^uîT uii autre ^éokéyiTÇ! pour 'le plus humble de tes amis... OuiL.» Tsà oonfeSEion exige la miennev.. Thibault lioiifif que la duobesse de^nt ma dirigée, i''^^^^.

trop près d4i noviciat... J'apportais à tr4é^ quer le scandale une fureur jeune et sombri&-\ qui n'est pas d'un bon prêtre... Certes, je nedevais point pactiser, je devais brandir, ^ur une liaison coupable, le fouet, de l'Evan-; gile!... Mais, Thibault, je m'accuse d'avoir^ manqué gravement à cette sage et sui^w% règle de l'Eglise qui nous veut s«ms meorei contre le péché, mais pitoyables au pécheur::.. A ma pénitente, j'ai imposé le sacrifice de> rontpre quand il eût fallu... le persuader.^ Et Gutlieb, Justin Gutlieb... Ah! il me sou*;;^ vient d'un jour, que son déeeSipoir sanglotait à mes pieds. Et moi, au lieu de m^incliner vers ses pleurs, je les ai jiigés du haut de moo . orgueil!... Le maiïheureux, par quel mystère- ' concevrait-il le secours et l'onction de la foi, souffleté qu'il fut de toutes ses intraifâigeances!... Ainsi, Thibault, pour une part^ j'ai dressé contre la religion cet ennemi, j'ai causé votre choc, et, de la calamité de ta fin^ Dieu me demanderait compte, terriMementî Déserteras-tu malgré tout ?... Laisseras-tu ta mère et ton anii au feu d'éternels reproches, à l'enfer, de leurs remords?... Sois meilleur que je ne l'ai été! Garde la vie pour le rachat de nos fautes...* Par charité chrétienne, mom^ enfant, choisis le difficile parti de vivre!... ^ .

TïïiBAULT. — Mon père, le difficile pat^ est celui auquel je m'arrête... Il serait m commode de m'épargner, de masquer, d'accep ter un duel pour rire!... Je ne peux past Je ne peux plus!... Rien à présent ne me.

ferait descendre à cette simulation, à cette ignominie!... Rien î... J'ai choisi de ne pas-^ me battre et de disparaître. Et vous save^bien, mon père, que mon option est la plusrude!

LE PÈRE DE siLViAN, Vivement. — Je sais^ que tu t'enfermes dans une alternative détestable! J'aperçois, quant à moi, une troisième issue, la seule qui vaille!... Ne pas te, battre, oui!... Oh! je ce loue de décimer cétt^ : rencontre, d'offrir au besoin des exscttses*-^. Cest bien, cela, c'est brave! C'est égal à tsï^i-, même!... Ne pas te battre, IlitbàuU, et n^ pas mott-rir'î

' * A la reDr^seiitation, supprimer ce qui suit, jusqu'à l*ât^fe^«è^ suivant.

*A la représentation, reprë&éÊ^ kL

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KC^'vdRie DB SWiVliiN. — Ahtiî J fftU* àvt <M»art... B y £»u4( prêçqisie le oosur du <lM^t!... Qiiell)» k^mti'kitieii et qn^lW €iku4)o!... Mai» i^eiile gliotFe &t qvtsYi» t«»q< toirel...

THIBAULT, résolu, et moins^ résolu, cependant. — Impossible! impossible!... Et ma cause P.. .

LE PiSRE DE siLViAN, haussé, violcnt, domi' nateur. — Et Dieu!... L'ofFenseras-tu plus longtemps!... Dieu!... voilà de toutes les causes, la cause!... Si tu sers Dieu, mon fils, jusqu'à cette abnégation, je te promets des joies... ah! mais des joies, telles, que les pauvres nabots qui nous entourent ne soupçonnent même pas qu'il en existe!... Viens! Suis mon conseil!... D'ici, tu peux mesurer la oonséqueoice!... Les vivats se tairont, les regards se détourneront, les mains... les mains se déroberont, les amitiés se dissoudront... Mais, toi, dans le secret du sacrifice, de chaque iniijuité nouvelle, tu goûteras l'amertume, tu humeras l'âcreté, comme le parfum et la saveur de ta force!... Et quand tu seras, mon grand Thibault, assiégé de solitude, investi de silence, alors, tu te délecteras à cette parole d'un des nôtTCs : « La solitude est la patrie du fort, et le f^ilence est sa prière ! )> (Une longue, une très long ne pause. Le père de Silvian reprend d'une voix qui, fout d^ahord, marque de V épuisement.) Cher enfant, une longue pratique des âmes m'avait suggéré que l'étincelle d'espoir ne pourrait jaillir que du débat le plus haut... Et, tu le "^ vois, je néglige toute discussion matérielle... Je m'abstiens même de critiquer l'ageiice- . ment de cette absurde comédie funèbre, de to démontrer qu'aj)rès toi, la fable de ta mort naturelle n'aurait pas tenu un seul jour...

THIBAULT, m,o\ns ferme. - Pardon, j'estime... je maintiens que...

LE PÎ5RE DE SILVIAN. — Pas uue heure !

THIBAULT. — C'est quc, mon père, je ne vous ai pas tout expliqué... Dajis quelques minutes, je dois avoir, ici... une entrevue... oui, une entrevue au sujet de ce duel... Il a'agira d'en reculer la date... sous prétexte d'un malaise subit, qui... {Il hésite.) qui rapidement...

Il hésite encore.

LE PÈRE DE SILVIAN. — Ne poursuis pas!...

loaisse là cette machination lamentable!...

(Protestation de Thibault. Energique insistance du père.) Mon enfant! Mais de la surprifie et du bruit de ton décès sortirait aussi- ■ ,i^ l'enquête, avec ses redoutables chances de

souiller timi o» qu'i<ri-biM tu. me^ fhêèti on^ servi h.. (Un sHên^s.) N«. ifmrtvtmm phw cetêsi va«el... Thibault, puwq^u» te »a€rtfic© à ï)iem t'ft séduit 1... (Thih^t^lt faU wm pst^ é& démê»^ g^atien.} Si... J^ éeviae, j^ v^is d*lM toi> cœur, la bonne tentation !

THIBAULT. — Mon père, votre appel, votre véhémence me troubl^at, je 1« ootXMîèd^B, mais...

LE F««iB BS *^LVIA^. — Ne renie pas cet élan qui te fait chrétien, pour ainsi dire, malgré toi!...

THIBAULT, agité. — Non!... Mais no», précisément!... Hier, j'étais un chrétien... Aujourd'hui, je me sens flétri, frelaté... Moit passé ne m'appartient plus... Aujoui^'hui,^ je suis le fils d'un juif!...

LE vkRE DE SILVIAN. AUSSÎ, t'offré-jo

cette lourde pénitence comme un nouveau sabcrement, comme un second baptême?... Ttti vas te l'administrer en personne, sans secours, ce baptême laborieux, ce baptême cuisant, celui que l'Eglise nomme le baptême du désir, parce qu'il a cette grandeur d'être volontaire...

TiiiMAULT. — Mais après?... Mais que feriez-vous de moi, ensuite? De moi qui veux me cacher à moi-même!...

LE vEHv: DK SILVIAN, ctprès uv temps. — Je te cacherai. [Vu temps eneore.) Mon fils, je te cacherai à tes propres yeux, comme à tous les yeux... Je te dirai : (< Thibault, prends le fi'ocî Sous la robe que voici, dissimule ta misère!... » (Manipulant sa soutane.) Ça, voi.s-tu, ça, c'est le seul voile des inguérissables blessures !...

THUiAULT, énin. — Mon père...

LE l'kuE DE SILVIAN. — Portant l'habit, tu choisiras ta voie, entre les voies du Seigneur, que tu veuilles le servir par l'action, par la missicm, par l'apostolat, ou dans la retraite <^t dans l'oubli, au fond du cloître.

TiiiKAiTLT. — Le cloître...

LE vÈRE DE SILVIAN, attentif. — Oui... Va dans un cloître, Thibault... Au lieu d'ambitionner la vile poussière de tous les morts, va mourir au péché, va gagner cette mort spirituelle!... Ne te hâte plus vers la terre, où tout retourne, mon Thibault, mais soulève-toi, prends ton essor pour t'eiLsevelir vivant avec Jésus!... Vd^ dans un cloître!

THIBAULT. — Le cloître!

Thibault est assis, plié en deux, sans le poid» des méditations. Le père est debout, derrière^ lui.

LE PÈRE DE SILVIAN, dhiue voix QUI rtheutt»

W^''''':fW^^-^^^^

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Israël

— Le çloîtte... l'exemple... la règje... Tombre... les grands, murs... les dalles... récho... le . reposa. . Tévasion. . . la sérénité. . . I>ieu. . .* (Son regard, graduellement levé au ciel, s'abaisse sur Thibault.) Va dans un cloître...

Un long silence. On frappe.

THiBAUiiT. — Entrez !

' Paraît le valet de chambre.

LE VALE^ DE CHAMBRE. — Prince, c'est M. Bernard...

THIBAULT. — M. Bernard?... Ah! oui!

bien!...

LE VALET DE CHAMBRE. — Il est au fu-

moir...

THIBAULT. — Bien... bien... merci... (Le vmlet de chambre a gagné la porte.) Louis!... Tu peux t'en aller... Va dîner, mon petit...

LE VALET DE CHAMBRE. — Mais, si le prluce a besoin de moi, je...

THIBAULT. — Non! nou!... File!... Va- Ven!...

LE VALET DE CHAMBRE. — Bien, prince...

Je laisserai les olefs en bas?

THIBAULT. — Si tu veux... Je ne bouge pas...

Le valet de chambre sort.

LE PÈRE DE siLviAN. — Je te laisse aux négociations... (Un temps.) Mon enfant, je te regarde comme engagé à Dieu. Tu m^as promis de vivre?

THIBAULT. — Ne demandez pas que je me lie par une parole... Je ne m'en sens pas le droit encore!... Mais vous avez opéré un miracle... Je ne suis plus décidé à mourir, moi, ©n qui la mort s'imposait déjà... Que ceci vous suffise pour l'heure!...

LE PÈRE DE SILVIAN. — Au moius, m'as- Bures-tu que nous nous reverrons?

THIBAULT. — Nous uous reverrous... Je le promets.

LE PÈRE DE SILVIAN, souriant. — Dès qu'il me plaira?

THIBAULT. — Dès qu'il vous plaira,

LE PÈRE DE SILVIAN, caressant. — Alors, ce soir même.

THIBAULT. — Ce soir. Seulement, cet entretien peut se prolonger...

tM PÈRE DE SILVIAN. -- Sois tranquille!...

Je me partage entre deux peines et je devrai, avant" de te revenir, réconforter une mère, la plttx anxieuse, la plus torturée... A tout à F heure, mon fils.

' THIBAULT, tendrement. — A tout à l'heure, ; mon père.

Les mains, puis :

LE PÈRE DE SILVIAN, tropan,^ BUT le front de Thibault le signe de la croia>, en murmurant les paroles latines de la bénédÀetion, dônijyn^i ne perçoit qu'une ou deux syUctbes. — tt/Be-^ nedicat te omnipotens Deus Pater et Filiuset'* Spiritus Sanctus. )>

THIBAULT, des lèvres. — a Amen, >>.

Il s'incline. Le père de Silvian sort.

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