DISCOURS DE MGR. L'ARCHEVÊQUE
Excellence, Messeigneiirs et Messieurs,
Chez tous les peuples du monde, un repas pris en commun a été le gage de la paix, le signe de l'amitié et comme le sceau de l'hospitalité. Il semble qu'il s'établit tout naturellement une plus parfaite union des cœurs entre ceux qui sont assis à la même table.
Ce que la nature enseigne, la grâce le fortifie, rélève et lui imprime le cachet d'une beauté surnaturelle.
Voilà pourquoi, dans cette réunion, je vois autre chose qu'un repas ordinaire, carie souvenir qui nous rassemble appartient à un autre ordre de choses où la grâce divine exerce son empire, et j'en conclus que cette grâce n'est pas tout à fait étrangère à cette hospitalité que nous voulons cultiver.
De quoi s' agit-il en effet ?
II y a deux siècles à pareil jour, le Souverain Pontife Clément X d'heureuse mémoire établitMgr. Laval premier évoque de Québec. L'autorité exercée en cette occasion, la juridiction qui en découlait, les bienfaits dont nous rendons grâces et ceux que nous attendons, tout relève de cet ordre de chose qui n'est pas de ce monde.
La joie que nous ressentons à cette occasion, la prière qui s'épanche de nos cœurs, les manifestations qui se font jour de tous côtés, ce repas lui-même qui nous réunit, tout cela, sans doute, n'est pas sur-
naturel en soi, mais il a un rapport intime avec ce qui est au-dessus de la nature.
Aussi, Excellence, Messeigneurs et Messieurs, quand je vois Terreneuve et Vancouver se donnant la main, le Mississippi et la Rivière McKenzie se rencontrant sur le Cap-Diamant, j'admire autre chose qu'une réunion amenée par une de ces combinaisons humaines, qui passent comme une ombre. Aucun fait purement naturel n'aurait, à mon avis, après deux siècles, la force nécessaire pour opérer ce que nous voyons auj ourd' hui .
De l'Orient et de T Occident, du Septentrion et du Midi sont venus des hommes qui ne s'étaient jamais vus, jamais parlé, des hommes appartenant à des races, à des provinces, à des états différents, indépendants les uns des autres ; mais tous ont la même foi, la même doctrine, .tous ont tenu à honneur et bonheur de venir saluer cette église qui, après l'église apostolique de Rome, est leui' mère commune dans la foi.
Et ce qui fait ressortir d'avantage le caractère de cette fête, c'est que uous sommes en réalité bien plus de couvives qu'il y eu a d'assis autour de cette table. Les abseats de corps sont présfMiIs de cœur et d'esprit.
Ils sont avec nous dans la reconnaissance, avec nous dans l'allégresse, avec nous dans la prière qui implore les bénédictions célestes, avec nous, le dirais-je ? avec nous autour de cette table ; car l'hospitalité qui leur a été oifiu-te de tout cœur, ils l'ont agréée de même qu'elle leur a été offert(\ ti^ui eu
regrettant que d'impérieux devoirs les empêchassent d'en profiter. Cette union des cœurs et des esprits que nous rimentons en mengeant le même pain matériel, ils la novuTisseut dans lenr âme en pensant à nous comme nous pensons à eux.
■^ais en parlant de ceux qui sont ici présents de cœur, pourrions-nous oublier celui qui, à l'occasion de cette fête, nous a doiuié des marques si éclalantes de l'intérêt qu'il nous porte ?
Vous avez deviné ma pensée et nommé celui quia conféré le titre de Basilique à un sanctuaire qui nous est plus cher que jamais. Vous avez nommé le successeur de Clément X, Pie IX, notre Père î Pie IX, le rocher immobile contre lequel vienn(mt se briser en frémissant, les vagues écumantes de toutes les erreurs désastreuses des temps modernes !
Mais il y a un autre titrera notre admiration, et vous ne me pardonneriez pas, si je l'oubliais. Ah î c'est bien lui qui a droit de dire comme Saint-Paul : Ego vinctus in Domino. Moi qui suis prisonnier pour V amour du Seigneur !
Eh bien ! oui, ce prisonnier il est avec nous dans notre joie et notre reconnaissance; sa bénédiction paternelle est sur uous.
Avec tous ces absents dont je parlais tout à l' heure, il pense à nous comme nous pensons à lui î
Avais-je raison, de dire que, dans cette réunion, il faut voir quelque chose de plus qu'un repas ordinaire ?
Maintenant, Excellence, Messeigneurs et Mes-
sieurs, puisque, malgré mon indignité, je dois parler au nom de cette église de Québec, votre mère et la mienne, laissez -moi vous dire combien elle est sensible à la marque d' honneur et d' affection que vous lui donnez en ce jour.
Elle en conservera un souvenir ineffaçable, car une tradition toujours vivante et vivace recevra et transmettra à son tour les sentiments de joie et de reconnaissance dont sont inondés les cœurs de tous les enfants de cette église
De génération en génération on se racontera la splendeur des illuminations, l'imposante solennité de la procession, les échos de l'artillerie, les accords mélodieux de notre musique religieuse, le choix si heureux du sujet de nos concerts, et F exécution plus heureuse encore de ce chef-d'œuvre, et les mille détails de ces arcs de triomphes élevés à la gloire des métropoles ou de nos missionnaires.
Et en parlant de ceux qui ont contribué à rehausser l'éclat de cette belle fête, on n'oubliera pas que beaucoup de citoyens qui ne partagent pas notre croyance, ont néanmoins contribué généreusement à notre allégresse, en s'y associant avec une cordialité dont nous garderons toujours l'agréable et reconnaissant souvenir.