‹ Le deuxième centenaire [microforme]Chapitre 107 sur 151 · PA RÉPONSE PAR MGR. L'ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

PA RÉPONSE PAR MGR. L'ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC

Messieurs du clergé de Québec,

Quand l’illustre de Montmorency Lavai remonta pour la première fois le Saint-Laurent, il mit un grand mois à venir depuis l’Ile-aux-Oiseaux jusqu’à Québec. Il put donc contempler à loisir les deux rives de ce fleuve majestueux dont l’immense vallée v2nait d'être confiée à sa sollicitude pastorale.

Bien des fois durant ces longues heures, il a dû épancher son âme devant Dieu et demander une ample bénédiction pour lui-même et sur l’ Eglise que la Provideuce destinait à être la mère de tant d’autres églises. Prière puissante qui, pénétrant les nues, a préparé ce que nous voyons aujourd’hui et ce que nos vœux augurent. pour l'avenir.

Bien des fois, son œil scrutateur s’arrêtant sur les forêts à perte de vue, habitées par des peuplades idolâtres qu’il fallait évangéliser, a dû verser des larmes amères sur la faiblesse des moyens dispo-

tibles pour cette tâche surhumaine. Larmes fé- condes que l'ange de cette église nouvelle cueillaïit ‘avec amour et offrait au Seigneur comme celles du saint homme Tobie. (Tobie, XII, 12.)

Mais parce qu’il était agréable à Dieu, il fallait que la tentation l’éprouvät comme ce juste de l’ancienne loi.

Ce que Monseigneur de Laval voyait de ses yeux. sa grande âme l’amplifiait encore et la grâce divine dont son cœur était rempli, le lui laissait entrevoir dans toute sa désespérante immensité. S’élançant par delà l’étroit horizon qui l’entourait, il allait jusqu'aux dernières extrémités de ce continent. Et alors, qui le sait ? alors, peut être, son humilité profonde devint-elle l’occasion de quelques pensées de découragement, à la vue d’une œuvre gigantesque confiée à des mains aussi débiles! SeuR ou presque seul, comment parcourir et évangéliser cet immense territoire !

Mais, Dieu merci! la grâce divine est plus forte que toutes les faiblesses humaines et quand une âme généreuse se sent au fond de l’abime, c’est alors que le Seigneur se plaît à lui tendre la main pour la relever et la placer sur un trône d’où elle puisse découvrir des horizons nouveaux qui la consolent et l’affermissent. Qui sait si, à ce moment, la même lumière qui lui avait révélé toute la grandeur de la tâche, ne lui fit pas connaître tout ce que lui et ses successeurs trouveraient de secours dans le dévouement des nombreux coopérateurs que cette terre nouvelle devait enfanter! C’est là, croyez-le bien, tout le secret de ce zèle infatigable qu’il put déployer

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durant les quarante-neuf années de son épiscopat. ‘De là cette impulsion vigoureuse donnée à une église naissante dans une colonie encore si faible et si petite que la vue de trois iroquois ennemis, passant en canot d’écorce devant le Cap-Diarnant suffisait à la mettre en émoi!

Vous connaissez votre histoire, Messieurs du clergé de Québec. La première pensée de Monseigneur de Laval, en arrivant ici, fut pour vous. Il avait besoin de coopérateurs zélés, vigoureux, prêts à affronter tous les dangers ; jusque-là les enfants de Saint-François et de Saint-Ignace avaient suffi à peine aux besoins de la colonie ; mais c'était évident que l’ancienne France ne pouvait pas toujeurs leur en fournir autant que l’exigerait le développement de la population catholique ; il songea donc à former lui-même up clergé canadien.

Dès ce moment fut fondé le séminaire qui, depuis deux siècles, a fourni tant de pasteurs à des églises, nées de celle de Québec, tant de fondateurs à des établisements du même genre, tant de coopérateurs fidèles aux évêques de ce siége, et qui, de nosjours, a accompli le vœu de son illustre fondateur en ouvrant à la jeunesse canadienne cette grande source de bienfaits qu’on appelle l’Université-Laval.

Voilà votre histoire, messieurs, vous êtes les enfants de la promesse faite à notre premier évêque ; vous êtes aussi les enfants de sa douleur, de sa persévérance indomptable. de son courage à toute épreuve; car vous savez que ces murailles vénérables qui forment. aujourd’hui ce qu’on appelle le vieux

séminaire, ont été deux fois visitées par l'incendie

durant les dernières années de Monseigneur de Laval, mais au milieu de ces cruelles épreuves, il a su retrouver toute l'énergie de sa jeunesse pour reconstruire le berceau fumant de cet enfant de prédilection qu'il appelait avec amour et orgueil : Mon clergé.

A mesure que cet arbre, fécondé par les larmes, les prières, les sueurs et les sacrifices de Mgr. de Laval, a poussé de nouveaux rejetons, chaque pasteur d’un diocèse naissant a voulu imiter son exemple et avoir le droit de dire comme lui: Mon clergé! Dieu seul conraît ce qu’il leur en a coûté, mais rien de grand ne se fait en dehors de la souffrance et de la croix, et ils recueillent ou recueilleront dans la joie ce qu'ils avaient semé dans la tristesse. Une phalange nombreuse de prêtres entoure chaque pasteur et le seconde dans ses travaux apostoliques.

A vous, Messieurs du clergé de Québec, à vous le poste d'honneur au milien de cette phalange; à vous Comme le dit notre adresse, le bonheur de continuer la garde autour du premier sanctuaire du catholicisme au Canada; à vous de chanter les louanges de Dieu dans la Basilique de Notre-Dame de Québec ; à vous de continuer les glorieuses traditions de votre passé ; à vous de préparer pour les siècles futurs des fils aussi dévoués que vous mêmes, à vous enfin, dans les bénédictions du Père céleste, la part du premier-né pour porter dignement le drapeau confié à votre vaillance.

C’est le vœu de tous cés vénérables Prélats qui sont ici, c’est le mien, soyez-en sûrs; et, si je pouvais

découvrir dans mon cœur quelque petit recoin qui ne fût pas déjà à vous, je vous le livrerais et le donnerais en bonne forme en présence de cette nuée de témoins vénérables venus de si loin pour prendre part à notre joie et à notre reconnaissance.

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