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fut précisément à cette grande époque dont nous «ous occupons. Le dernier était près de terminer sa carrière administrative déjà interrompue une première fois. Savant économiste, homme intègre, patriote zélé, administrateur sagace et infatigable il n'avait rien négligé de ce qui pouvait contribuer à la prospérité du pays, et lorsque Monseigneur de Laval prit possession du siége de Québec, Louis XIV ‘ venait de donner à celui qui était pour bien dire son ministre dans la colonie une nouvelle preuve de sa satisfaction, en le créant comte d’Orsainville et en étendant l’hérédité de ce titre à sa postérité même féminine. (1)
M. de Frontenac en était alors à la troisième année seulement de son gouvernement. Brave, actif, honnête, intelligent; mais hautain et nullement exempt de ces petitesses qui font contraste dans la vie des hommes les plus remarquables, il était bien décidé à tenir tête au prélat, qui passait pour avoir humilié, gouverné ou fait rappeler quatre de ses prédé"esseurs. S'il n’était point d’une aussi grande famille que le descendant du premier baron chrétien, il n’était pas non plus sans crédit, et la hardiesse et l'indépendance de son caractère lui donnaient un
(*) Les lettres patentes furent enrégistrées au Conseil le 25 Septembre 1675. On a vu que Monseignenr de Laval était revenu d'Europe au commencement de ce mois.
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prestige fort redoutable. Grand devait être l’errbarras des courtisans, des adorateurs du succès— et il s’en trouve dans les plus petites sociétés —en voyant deux hommes de cette force aux prises l’un avec l’autre.
Quant à l’évêque, il était à l'apogée de sa puissance et de ses succès. La colonie le regardait à bon droit omme son père. Tous les secours qu’elle avait obtenus de France pouvaient justement lui être attribués ; il était le dispensateur à la fois et des faveurs célestes er des faveurs royales. Mais jamais plus de pouvoir ne fut tempéré et pallié aux yeux de la foule inquiète et jalouse par plus d’humilité et d’héroïque dévouement.
« Comme les autres prêtres—dit son biographe, M. de La Tour—on l’a vu cent fois aller administrer les sacrements aux malades à la ville et à la campagne, ramant dans un canot dans l’été, marchant en hiver sur la neige en raquette, portant sur le dos sa chapelle et un morceau de pain, aller à une ou deux lieues dire la messe dans une cabane, donner le viatique et l’extrème-onction et s’en revenir de même, après avoir mangé en courant son morceau de pain.
» La joie éclatait sur son visage lorsque ses curés venaient loger chez lui, avec la confiance d’un enfant qui entre dans la maison paternelle ; il voyait
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ces hommes que le climat et le travail avaient exténués et qui portaient sur leur visage le témoignage écrit de leur zèle ; il courait à eux, il les embrassait et les comblait de caresses, entrait dans le plus menu détail de leurs peines, et s’épuisait pour les soulager dans leurs besoins. Il était surtout enchanté lorsqu’ils se présentaient à lui avec une vieille soutane toute déchirée, un méchant bonnet de matelot, de gros souliers avec des grapins, en un mot comme des sauvages, et alors il les reconnaissait pour ses véritables enfants, dégagés de toutes les superfluités de la vie, négligeant ce vain extérieur pour ne s’occuper que de leurs fonctions apostoliques. Le prélat leur servait de modèle, jamais personne n’a plus négligé les puériles affectations, il donnait presque dans l'excès. »
Parlant aussi de sa ‘pauvreté, la Mère Marie de l’'Incarnation, ajoutait avec l'esprit pratique dont les femmes, même les plus avancées dans la mysticité, ne sont jamais tout à fait dépourvues : « Ce ne sera pas lui qui se fera des amis pour s’avancer et pour accroître son revenu: il est mort à tout cela. Peutètre, sans faire tort à sa conduite, que s’il ne l'était pas tant, tout en irait mieux: car on ne peut rien faire ici sans le secours du temporel.»
Ces trois hommes étaient à cette énouxe culminante de notre ancien régime, occupés d'un vaste