XLVI . INTRODUCTION
chain et d'assister les pauvres, » et terminant par ces touchantes paroles : «Ju prie i1es successeurs de continuer dans la même volonté, si ce n’est qu’ils voulussent enchérir par-dessus moy faisant quelque chose plus à la gloire de Dieu : c’est en quoy ils me peuvent le plus obliger, ne leur demandant pour toute reconnaissance que Dieu soit servy et glorifié d’une façon toute particulière dans cette seigneurie comme en étant le maitre. »
C’est le père Jogues, héros comme on n’en trouve que dans les annales de l’église primitive, et dont la vie égale tout ce qu’on y lit de plus sublime ; c’est lui qui après avoir été cinq ou six fois torturé par les Iroquois de bourgade en bourgade, après avoir été martyrisé juste assez pour ne pas mourir, après avoir passé treize mois dans le plus dur esclavage, toujours au moment d’être brûlé ou décapité, lorsque le capitaine d’un village hollandais : lui propose de le délivrer, soulève gravement toutes sortes d'objections et demande un délai de vingt-quatre heures pour que Dieu l’éclaire sur ce qu’il doit faire! C’est encore lui qui de retour en Europe après avoir obtenu de dire la messe avec ses mains mutilées (2) n'eut point de repos qu’on ne le
(:) Le Pape répondit: *‘ Indignum esset Christi martyrem, Christi non bibere sanguinem.” Vie du Père Jogues par le*Père Martin—Quebec 1874, Ovide Fréchette.
INTRODUCEION. XLVI
renvoyât au Canada, s'y chargea d’une mission auprès de ceux dont il connaissait toute la cruauté et la perfidie, et's en étant tiré sain et sauf y retourna et trouva enfin la mort qu’il s'était acharné à poursuivre comme d’autres poursuivent la fortune !
Et comme si c’eût été la chose du monde a plus naturelle il écrivait dans la dernière lettre que nous avons de lui.
« Le cœur me dit que si j'ai le bien d’être employé dans cette mission ibo et non redibo (j'irai, mais je ne reviendrai pas) mais je serais heureux si Notre Seigneur voulait achever le sacrifice là où il l’a commencé, et que le peu de sang répandu en cette terre fût comme les arrhes de celui que je lui donnerais de toutes les veines de mon corps et de mon cœur.»
C’est Montcalm voyant (d'après ses lettres) d’une vue très claire, le sort qui l’attendait, et au moment d’un premier triomphe rapportant tout à la Providence.
Homme de lettres et de science, presqu’autant qu’homme de guerre, mais chrétien avant tout, il fit élever sur le champ de bataille de Carillon une grande croix avec cette inscription :
Quid dux ? quid miles ? quid strata ingentia ligna ? En signum ! en victor! Deus hic, Deus ipse triumphat.
et il‘la traduisait lui-même en vers français pour sa