L.je:ax:wrT
CIIAIMTUK II.
Moutagnes. lacs et rivières.
Rives de la .Médilerrantc. — Absence de grands fleuves. — Montagnes de l'Allas. — Ilégencc du Sahara. — Traits physiques. — Trop-plein dos eaux. — Cours d'eau du désert. — Bassin du Tchad. — .Moyens de conniiuiiication. — Vallée du Nil. — Sources des fleuves et réservoirs lacustres. — Contrées des sources. — Système du Nil supérieur. — Nil bleu et Nil blanc. — Confluences. — Le Nil réuni. — Abyssinie. — .Moyens de comnmnieation. — Kassin de la mer Houge.
— Bassin enclos de la pointe orientale. — Bassin de rAtlanti<|uc. — Golfe de Gtiinée, — Siirface d'écoulement de l'Atlantique définie.
— Le Sénégal et la Gambie. — Le Niger. — La Benué. — Caractères physiques de ressemblance entre le Niger et le Congo. — Bassin du ('ongo. — Obstructions de son lit. — Le bassin du Congo à vol d'oiseau. — Systèmes tributaires du Congo. — Traits orographiques.
— Le lac Tanganyika. — Bras septentrional du Congo. — Bras méridional du (!oiigo. — Bas Congo. — Estuaire du Congo — Lit sous-marin du Congo. — Son origine. — Moyens de communication. — Entre le Congo et le fleuve Orange. — Traits orographiques. — Absence de ports. — Fleuve Orange. — Communications. — Le lac N'Gami. — Bassin de l'océan Indien. — Bivières du Cap. — Le Lim[»opo. — Le Zambèze : comparaison avec le Congo.
— Cours du Zambèze. — Delta du Zambèze. — Canaux na\igables. La rivière Koua-Koua. — La rivière Chiré. — Moyens de communication. — Une grande route à travers l'Afrique — Le lac Nyassa : vue comparative. — Côte de l'est. — Rivière Rovouma. — Le continent de Zanzibar. — Rivière Tana. — Pays des Somal et desGalla. — Accessibilité des contrées africaines.
Dans ce chapitre, nous allons examiner en détail les bassins océaniques et iiilérieuis de l'Afrique.
Les traits les plus caractéristiques du littoral méditerranéen sont concentrés dans l'intérieur et autour
— iode la région monlagnouse qui s'étend, à l'est, depuis les montagnes de l'Atlas jusqu'au golfe de Gabès. La chaîne de l'Allns s'abaisse dans l'est, sur les niontngnes de l'Algérie. A une courte distance de la côte, les plateaux élevés de l'Algérie et de la Tunisie s'échelonnent de terrasse en terrasse, faisant face à la mer, tandis que dans la partie sud, le terrain s'abaisse brusquement jusqu'à ces dépressions si connues que l'on appelle cholls, qui s'étendent dans l'intérieur vers l'ouest du golfe de Gabès jusqu'à une distance de 255 milles. Les terres basses de la côte se continuent presque sans interruption vers l'est jusqu'au délia du Nil et n'ont qu'une largeur de 100 milles, et même moins en beaucoup d'endroits. Elles sont protégées, au sud, par des déserts de pierres appelés hammadas et serirs, dont ces derniers sont les plus élevés; la plate uniformité du terrain, le long de la côte, est rompue par le hardi et pittoresque promontoire de Barka (ancienne Cyrénaïque), dont le pied abrupt s'avance au loin dans la mer. Dans une partie du golfe des Syrtes (ou golfe de la Sydre), les hammadas ou plateaux pierreux s'élèvent sur la côte à une altitude de plus de 2,500 pieds.
Sur aucun point du littoral méditerranéen il ne peut exister de grands fleuves. Les lits des rivières, même en Algérie, ne sont remplis que pendant la saison des pluies. Sur le reste de la côte, les conditions sont encore moins favorables à la formation de grands cours d'eau, bien que, dans des temps reculés, les canaux qui se trouvent au fond du golfe des Syrtes doivent avoir été des fleuves considérables.
Avant (l'entrer dans le Sahara, nous continuerons notre élude du nord de l'AIVitiue sur la cote oec identale de l'océan, où nous entrejn-eudrons la partie septentrionale du bassin de rAtlanli(|ue. Ce coin de su l'Afrique est occupé par rini|H)sante chaîne des montagnes de l'Atlas, (|ui le parcourent comme une longue arête. Peu de voyageurs ont pu pénétrer dans leurs forteresses alpestres, mais ceux (jui s'y sont aventurés ien ont rapporté les descriptions les plus enthousiastes. [Les pics atteignant de 11,000 à 1:2,000 pieds et plus, jau sud de la ville de Maroc, sont considérés conmie [très communs. Le plus haut sommet dont nous ayons Pune connaissance précise est, paraît-il, le Ti/i-n-Tamfjurt, <iue M. Joseph Thomson évalue à 15,500 pieds. Pe jolies gorges et des vallées gracieuses sillonnent Ja montagne dans toutes les directions et offrent ainsi de nombreux passages praticables. La chaîne, qui n'est pas d'une grande antiquité géologique, s'élève en longues terrasses. Les roches archéennes s'y rencontrent, mais elles se sont élevées par suite de mouvements ultérieurs. Dans l'ouest, la chaîne se brise en un plateau distant d'environ 00 milles de la côte de l'océan Atlantique. Le littoral lui-même, en face des îles Canaries, est bas et partout découpé par des petits ruisseaux ou ouadis qui ne contiennent une grande quantité d'eau que dans la saison de la fonte des neiges de l'Atlas.
Nous entrons maintenant dans le domaine du >^ai. Sahara. L'évidence a sufûsammcnt démontré (ju'à une époque peu éloignée dans l'histoire de lagéologie, ce grand plateau de grès a été submergé sur une vaste
étendue; cependant, celte hypotlièse est discutée par quelques personnes compétentes. Des débris fossiles ont été découverts dans plusieurs endroits, et il s'y trouve encore plusieurs petites dépressions de terrains et des lacs desséchés. Par dépression, nous ne voulons pas dire tous les Itofra des Arabes, qui, parfois, eni|)l()icnt ce terme dans des acceptions similaires, mais bien ces petites surfaces encaissées qui gOnt actuellement au-dessous du niveau de la mer. Nous en avons parlé lorsque nous avons expliqué ce qu'étaient les clioils de la frontière au nord du Sahara, dans lesquels de longs et larges canaux déveisent le maigre trop-|)lein d'eau du plateau intérieur. D'autres plus petites suifaces se trouvent dans la partie nord du désert de Lybie, à l'ouest du Nil inférieur à Siwah et dans d'autres endroits sur lesquels se sont élevées de florissantes oasis.
Plus de la moitié du Sahara est occupée par des plateaux et des montagnes; le reste est la steppe et le désert parsemé d'oasis. Les surfaces de transition avoisinanl les zones bordières de culture sont plus grandes dans l'extrême sud que dans le nord. Il n'y a pas plus d'un neuvième de la surface du Sahara qui soit couvert de ces sables sans fin dont une erreur populaire recouvrait tout l'enseujble du plateau. •
Les altitudes les plus élevées se trouvent dans les régions du milieu, le long de l'axe central du i)laleau saharien, courant dans une direction nord-ouesl-sudest, et le point culminant forme, dans les montagnes du Tibesli, un ensemble imposant de pics qui ont près de 8,000 pieds. La région montagneuse, formée de
pierre calcaire et île grès, liieii que l'allilude en soit inférieure à l'allituile moyenne des [)rinci|)al('s cliaînes européennes, peut rivaliser avec celles-ci poui' la longueur et l'éteiulue; elle est, en effet, d'environ 1,000 milles de longueui-. Kntie celte région el Tripoli se trouve une aulie région montagneuse sur la frontière; enlin, des gi'oupes de montagnes plus éloignés, comportant des hauteurs de 5,000 pieds, s'élèvent ailleurs dans le Sahara, comme sur le plateau d'A/.hen. Dans l'est, le plateau saharien rejoint les réservoirs du Nil ; dans le sud, il rencontie ceux du Congo et dans l'ouest ceux du Niger-Benué. Des montagnes d'Ahaggar descendent par des vallées des eaux courant(\s qui viennent se déverser dans le bassin du Niger; plusieurs de ces cours d'eau s'écoulent vers le nord et les autres se perdent dans le bassin intérieur du désert.
Certaines dépressions encloses se trouvent plus spécialement dans le Sahara occidental, d'autres se rencontrent dans le voisinage des plus hautes montagnes, comme par exemple celle qui est au pied du plateau de Rorkou, le Bodeli, qui reçoit le trop-plein des eaux du Tchad par le canal du Bahr-el-Ghazal.
Le Sahara est sillonné dans toutes les directions par de larges lits de (leuves, dont aucun ne contient de l'eau toute l'année, mais qui, par leur longueur et leur profondeur, rivalisaient autrefois avec les grands fleuves de l'Europe; à une époque oii les conditions climalériques étant différentes, ces régions, aujourd'hui desséchées, étaient traversées par de magnifiques routes fluviales. D'autre part, la réserve d'eaux sou-
terraines est actuellement considérable. Dans beaucoup d'endroits, surtout piès des hauteurs, on peut se procurer de l'eau en creusant des puits. Les eaux souterraines, amenées à la surface par des puits artésiens, en coulant naturellement à fleur de sol ou dans des dépressions, créent ainsi comme par magie, sur la roule des caravanes, entre les États du littoral méditerranéen et le Soudan, ces fraîches oasis qui sont autant de points de repos à travers ces solitudes inhospitalières. De la nature même de ces eaux souterraines dépendent, bien entendu, le caractère et l'étendue de l'oasis. En thèse générale, on peut dire que si les autres conditions ne s'y opposent pa;s, partout 011 l'eau peut gagner la surface une oasis se forme. Quand l'eau se trouve à la profondeur de 15 à 50 pieds, on emploie les puits artésiens pour la capter. vSur d'autres points, l'eau arrive à la surface sous forme de source, ou jaillit violemment, ou se fraye un passage au moyen d'infiltrations. En un mot, l'eau est le sang vital de l'Afrique, surtout dans les régions privées de pluie comme celles dont nous nous occupons ici, et où l'eau est plus précieuse que l'or le i)lus pur.
Le Oued-Draa, dont le cours est plus long que le Rhin, est le type du vrai lleuve du désert, placé dans les conditions les plus favorables. Son cours supérieur, issu du versant méridional de l'Atlas marocain, roule une certaine provision d'eau pendant toute l'année; mais, en raison de limmense (juantilé qui s'évapore et s'absorbe pendant son cours moyen et inféiieur à travers les régions arides qu'il traverse, c'est seule-
menl à l'époque de la fonle des neiges de l'Atlas que le fleuve parvient à gagner la mer ('). Nous trouvons dans l'est un autre vaste lit de lleuve, celui de l'Ighargar, qui, par endroits, a plus de l.j milles de laigeur. Cet immense canal, venant du sud et poursuivant une course de 700 milles, reçoit du sud-ouest un bras trihutaiie d'une dimension presque égale, et se dirige délinitivement dans le lac Melrihr. Il y a encore beaucoup d'autres cours d'eau, l'oulant leur maigiv provision soit dans les sables du désert (\m abs()rl)ent avidement cette petite quantité d'eau écljapj)ée à l'évaporation normale, soit dans des aires de dépression où elle forme des marais dans la saison des pluies. Dans ce dernier cas, si les eaux contiennent des sels en dissolution, pendant la saison sèche, elles forment de larges surfaces sur lesquelles le sel s'étend comme une mer de cristal. A cet égard, le Sahara offre de sérieuses ressources commerciales pour celui (]ui voudra prendre la [)einede les exploiter.
I.e bassin du Tchad ou Tsàdé, situé dans un creux duSd. entre les réservoirs d'eau des trois principaux tlouves de l'Afrique, le Nil, le Congo et le Niger, forme à lui seul un immense système hydrographique situé en plein cœur de l'Afrique. L'élévation du lac au-dessus <lu niveau de la mer est d'environ 800 pieds. Dans la saison sèche, il ressemble à un vaste marais parsemé d'un amas de grandes îles, un marais plus grand dans son étendue que la Sicile. Dans la saison des pluies, ses eaux s'élèvent de 20 à 50 pieds et le Tchad devient
(•j Nous lisons dans Elisée Reclus : « I^e I>raa ne réussit pas à atteindro l'AUantique », p. 111, vol. XI.
alors une mer intérieure de dimensions imposantes. Parfois il déborde et ses eaux se déversent dans le Balir-el-Gliazal, dont le cours suit une direction nordest sur une dislance d'environ 500 milles jusqu'à la dépression de Bodeli, qui reçoit ainsi le trop-plein des eaux (lu lac. Le Tchad reçoit plusieurs cours d'eau importants, l'un qui vient de l'ouest égale le Rhin en longueur, puis, son principal nourricier, le Chari, qui est le plus grand fleuve de l'Afrique, ne se jetant pas dans la mer. Le Chari et ses aflluents prennent naissance dans la haute contrée des sources au sud-est du lac. Que le bassin du Tchad soit hydrographiquement relié à celui de la Eenué-Niger dans la saison des pluies, c'est là un point qui n'est pas encore suffisamment élucidé. Le témoignage de lîarth et Vogel tendant à prouver une certaine communication entre le Chaii et la Benué semble avoir été démenti par la récente expédition de la « Royal Niger Company ». Le steamer de la mission remonta le Mayo-Kebbi (qui se jette dans la Benué à Ribago) jusqu'à ce qu'il devînt tellement étroit que le navire ne put tourner. On peut en conclure dès lors que ce point, qui est éloigné de rextiémiié du Tuburi, n'est pas à une grande distance de la source du fleuve. 11 est évident, d'après ce qui a été dit dans notre étude sur le Sahara connue bassin intérieur", que le désert ne possède aucun moyen naturel de comnmnicalion. Rien que les obstacles qu'on y rencontre ne soient pas insurmontables, quelles que soient les fables imaginées sur cette région, il est certain que les conditions climalériques dont nous parlerons |)lus loin ont fait de celle partie de l'Afrique
une région dangereuse. Nul ne doit s*y engager élour- (liinenl. Vax se servant des oasis conune stations de repos, il faut, pour traverser le désert, avoir les ressources d'une grande caravane et un immense laps de lem[)S, la traversée du désert exigeant trois ou (juatre mois. Nous avons vu comment cette région avait été polili(|uement isolée dans le passé, nous verrons i)lus loin (jue, pour les relations commerciales entre les grands centres de l'intérieur, on trouve des voies de comnmnicalion bien plus avantageuses que les routes de ( aravanes.
La région du Tchad, bien qu'appartenant techniquement au bassin du Sahara par son climat et sous d'autres rapports, est une portion intégrante du Grand- Soudan qui s'étend d'une mer à l'autie. L'accès au bassin du Tchad est fourni par d'autres routes de l'est, de l'ouest et du sud. Etant donné l'attrait du commerce, il n'y aura bientôt plus d'obstacles sur ces grandes routes sans cesse parcourues, convergeant de toutes les directions vers les importantes régions qui avoisineiit le lac, mais plus spécialement vers les contrées très peuplées qui se trouvent au sud du Tchad.
La vallée du Nil, dans toute sa longueur, depuis uassindu l'équateur jusqu'à la Méditerranée, au bassin de laquelle elle appartient, est la région dont nous aurons à nous occuper maintenant. Le superbe fleuve, issu de réservoirs lacustres, arrose à peu près tout le nord-est de l'Afrique, recevant ses principaux affluents de l'est et de l'ouest dans la partie inférieure de son cours moyen, et finalement va déverser ses eaux dans la Méditerranée. Le Victoria-Nyanza, le plus élevé de ses
réservoirs, est situé à 4,000 pieds environ au-dessus du niveau de la mer, et comme le cours du INil est d'environ 4,000 milles de longueur, son inclinaison vers la mer est ainsi d'environ un pied par mille. Les deux langées de hauteurs entre lesquelles coule le fleuve comme dans un fossé, et qui forment la vallée du Nil, sont très rapprochées dans la région des sources, mais s'écartent dans \ii région du milieu à l'est et à l'ouest et vont ainsi s'éloignant et s'abaissant graduellement vers les rives du Nil inférieur jusqu'à ce qu'elles se perdent dans les eaux du Delta.
La branche maîtresse du Nil se trouve parmi les grands cours d'eau nourriciers qui entrent dans le lac Yicloria-Nyanza par le sud. Ce lac, qui reçoit des tributaires de tous les côtés, est le plus vaste du continent africain; il a presque la superficie de l'Ecosse. Le Nil, issu du sommet de cet immense réservoir, se brise en cataractes en traversant la contrée montagneuse qui borde le nord du lac et tombe en élargissant son lit sur plusieurs points de son paicours, puis rejoint le lac* Albert-Nyanza. Le lac Albert, situé à environ 1,600 pieds au-dessous du lac Victoria, agit €omme troisième réservoir du Nil, puisqu'il est relié par le Semliki au second réservoir, le lac Albert- Édouard-Nyanza. Ce dernier est situé à une altitude de 5,307 pieds au-dessus du niveau de la mer, et, si le renseignement donné récemment par Emin-Pacha, que ce lac est formé par un couis d'eau, le Kifou, se trouve vérifié, c'est dans cette direction qu'on devra chercher les sources du Nil. En conséquence, ces deux lacs, avec le Semliki, forment le bras sud-ouest du Nil
supérieur. Le lac Alberl-Kdouard-Nyanza cl leSciiiliki reçoivent (rinn()nil)ral)lps tiil)ulairos (jui sorlcnl dos hautes nionlatïiies du Uuwcn/ori.
La it'i^ioM des sources du Ml est donc située dans l'iuiuieuse triangle irréguiier, dont le sommet est foiiné par la eonlluence de ses bras sud-est et sudouest, et dont la hase est représentée par le réservoir du Congo.
Le Nil sort du lac Alhert comme un lleuve majestueux dont le long j)arcours se termine à la Méditerranée. Passant à travers une vaUée bordée des deux côtés par de hautes montagnes qui s'abaissent à mesure (jue le lleuve s'avance vers le nord, ne laissant plus de place en place que quel([ues groupes en sentinelles pour marquer ses rives, le Nil quitte enfin la région des plateaux et coule dans la steppe, où ses rives se perdent dans de vastes marécages. Son premier accroissement de volume digne d'être signalé est le Bahr-el-Ghazal. Cet aflluent, venant se jeter dans le Nil presque perpendiculairement à son cours, lui apjiorte la grosse provision qu'il reçoit des pentes septentrionales du versant du Congo-Nil. Les deux fleuves réunis reçoivent un peu plus bas, sur la rive droite, les eaux du Sobat, issu du prolongement sud des montagnes de l'Abyssinie. A[)rès ce nouvel accroissement de force, le Nil prend déhnitivement sa course et la poursuit hardiment vers le nord. A Khartoum, il reçoit sur sa droite son affluent principal, le Nil bleu. Au-dessus de ce confluent, le fleuve est connu sous différents noms, mais nous le désignerons exclusivement sous le nom de Nil blanc.
Le Ni! bleu, originaire des hauteurs alpestres de l'Abyssinie, forme par lui-mènie un important système fluvial. Comme le Nil blanc, il a son réservoir lacustre, le Tsana, situé à 5,700 pieds au-dessus du niveau de la mer. C'est du sud de ce lac que sort le Nil bleu. Après avoir décrit une courbe majestueuse, le fleuve, abandonnant définitivement les hautes sphères de son origine, entre dans les régions plus basses, l.à, son cours devient irrégulier jusqu'à sa jonction avec le Nil blanc à Khai toum.
Nous avons donc à noter deux confluences importantes dans le haut Nil : l'une où tous les cours d'eau qui forment le Nil blanc se réunissent dans le lac Albert, l'autre, à Rhartoum, oii le Nil blanc et le Nil bleu confondent leurs eaux.
DeKhartoum,lefleuve, abandonnant les capricieuses impétuosités qui ont signalé son premier cours, entre dans une phase nouvelle. Aux prises avec de sérieuses difïicullés, le fleuve a, désormais, à se défendre contre les hostilités de son voisinage et à lutter pour son existence. Il reçoit bientôt, il est vrai, le secours des eaux de l'Atbara, originaire de l'Abyssinie; mais à partir de là, son cours se poursuit solitaire et pénible pendant i,200 milles, dont la plus grande partie à travers les sables arides du désert, jusqu'au moment où il déverse ses eaux dans les flots de la médilerranée.
Avant de quitter le Nil, nous dirons quelques mots de l'Abyssinie. Celte contrée montagneuse, aux sinuosités pittoresques, s'élevant d'une morne contrée de stepi)es (jui la bordent des deux cotés, forme une espèce
de sanatorium (Jans celle parlio de rAfriijiie doiil la possession ou le prolecloial sera un jour ou Taulre d'un immense inlérèl pour l'Europe. D.ins le noid, la conlrée s'ineline en pentes douces et en collines vers le déscit entre le Mil et la mer llouge, tandis (jue vers le sud, elle est en quehpie sorte reliée au grand axe continental ()ar des groupes isolés de montagnes et de hautes vallées. Dans l'est, les montagnes sont ahruptes et ne permettent pas l'écoulement des eaux dans cette direction, mais à l'ouest, les déclivités sont plus graduelles, et de ce coté, elles laissent couler les eaux tributaires vers le Nil. Les pics les plus élevés de r.Vhyssinie se répartissent à peu près également, plusieurs d'entre eux atteignant des altitudes de près de 15,000 pieds. En raison de la gi-ande élévation des montagnes de cette région, ses lleuves sont des torrents qui se précipitent impétueusement à travers les innombrables sinuosités des vallées. Un l'ait intéressant à relever au sujet de l'Atbara : c'est cette rivière qui apporte au Nil la fertile alluvion (jui, à travers les àçes, a concouru à la lormation de son delta.
Si l'on considère le Nil comme un moyen de communication, on comprend tout de suite que cet immense système fluvial ait pu, à une époque lointaine, passer pour une su[)erbe route conduisant au centre de l'Afritiue, aux yeux de ceux qui n'avaient qu'une connaissance imparfaite de son cours. Malheureusement, celte vallée du Nil, si séduisante qu'elle semble au point de vue des communications avec l'intérieur, est fermée par des obstacles qui, en dehors des conditions climatériques absolument défectueuses,
opposent des limites qui, jusqu'à ce jour, n'ont jamais été franchies. Nous allons signaler quelques-uns de ces obstacles.
11 est tout naturel qu'à sa source, le lit du fleuve soit obstrué de façon à empêcher la navigation, mais entre Kbartoum et Âssouan, nous trouvons six cataractes qui s'opposent plus ou moins au passage des embarcations. Bien qu'à Assouan et ailleurs, on puisse trouver des passages pendant la saison des pluies, cette première cataracte d'Assouan ï>eut être considérée comme la frontière naturelle de la basse Egypte. Au delà de ce point, sur une immense étendue, on ne peut compter sur l'appui sérieux des populations riveraines. 11 est évident que la vallée du Nil peut être facilement suivie beaucoup plus loin vers le sud, par exemple jusqu'à Berber, par une voie ferrée qui partirait de Souakim: mais ce serait une route nouvelle et non une route fluviale grâce à laquelle la base politique des opérations serait aussitôt transportée des rives de la Méditerranée à celles de la mer Rouge. La région comprise dans la bande du Nil occupée par le désert de Nubie a marqué dans le passé et devra certainement, dans l'avenir, déterminer la limite au pouvoir administratif originaire de la basse Egypte, ceci pour des raison^iqui trouveront mieux leur place dans le prochain chapitre.
ïje bxssin de la mer Rouge, avec ses étroits marécages, peut être considéré au point de vue hydrographique comme étant d'une médiocre importance. La ligne de partage des eaux entre le Nil et la mer Rouge traverse une contrée déserte formée, pour la plus
grande partie, de coteaux stériles, bien que l'on y rencontre des hauteurs de C>,0()(1 pieds et même de 8,000 pieds dans le voisinage de l'Abyssinie.
Le bassin enclave entre l'Abyssinie et la nier est une région triangulaire d'une étendue considérable. La cote sud- ouest du golfe d'Aden a subi certaines modifications de niveau; on trouve près du littoral une large zone de terres inondées contenant dos dépressions au-dessous du niveau de la mer, puis la ctuitrée se relève dans l'intérieur en terrasses. Excepté le Ilawasli, coulant de l'Abyssinie et se perdant dans les sables, absorbé par le sol altéré, il n'y a pas de cours d'eau permanents dans ce bassin, ses vallées profondémenl érodées ne roulant de l'eau que dans la saison des pluies. Au sud-est, dans le Somal,et au sud-ouest, dans le Massaï, ce bassin a été reconnu par Télcki et Holinel pour avoir une étendue remarquable. Les dépressions qui renferment le lac Rudolf et d'autres petits lacs dépassent de beaucoup le Victoria-Nyan/.a.
Nous arrivons maintenant au bassin le plus important de l'Afrique, celui de l'océan Atlantique, dont l'angle de l'extrême nord a déjà été étudié.
La grande courbe (jue fait la côte, formant dans le iAluî.".i plus profond de ses replis ce que l'on appelle le golfe de Guinée, appelle toute notre attention parce (jue c'est dans cette mer protectrice ([ue les trois (juarts environ des eaux du continent viennent se déverser. Dans aucune autre partie du monde,anirmeM..LY. I>uchanan, l'intluence de la ctMe ne vse fait sentir aussi loin dans la mer. Le Niger et le Congo sont les piemiers parmi les nombreux grands lleuvcs .de cette
partie de l'Afrique, et les énormes dépôts de limon noir qu'ils ont roulés vers l'océan ont contiihué pour une part considérable au relèvement de la ligne des côtes. On a retrouvé, en effet, de ces alluvions sorties de l'embouchure du Congo jusqu'à GOO milles en mer, à des profondeurs de 7), 000 toises.
Le bassin de l'océan Atlantique comprend tous les systèmes fluviaux depuis le Sénégal en face des îles du cap Vert dans le nord, jusque près du cap de Bonne-Espérance dans le sud. Dans les régions équatoriales, le Congo et ses affluents roulent les eaux de l'intérieur dans le voisinage du ïanganyika, presque jusqu'à la côte orientale. Le Niger, égalenient dans le nord, s'avance hardiment dans les régions sahariennes. Les traits topographiques suillanls du bassin de l'Atlantique sont les chaînes côtières presque ininterrompues situées à peu de distance dans l'intérieur, et derrière lesquelles les rivières se développent, se frayant enfin au travers de ces chaînes un passage veis l'océan. Il y a là des groupes de monlaçnes détachés comme les monts Cameroun et d'autres au sud de ceux-ci dont les vallées livrent passage à de grands fleuves dont le plus grand est l'Ogôoué. Nous arrivons alors au Congo, à l'endroit où il franchit le bord extérieur du plateau central. Au sud du Congo, les montagnes côtières se réunissent de nouveau au grand axe continental.
La côte de la Guinée supérieure est pour la plus grande partie plaie et couj)éc de nombreuses lagunes à tiavcrs lesquelles les plus petits cours d'eau se frayent un passage. Les montagnes du Touta-Ojallon
— aine donnent pas seulement naissance aux deux jçrands fleuves du Sénéijjal et de la (iand)ie, mais aussi à plusieurs alllueuls du Iiaul Ni^er. Le Sénégal et la (iaudde sont navigables à des distances relativement grandes à partir de leurs embouchures, surtout dans la saison des pluies: le premier est navigable jusqu'aux rapides près de Medine, et le second jusqu'aux ra[>ides de Barra-kunda.
Le iNiger, issu des montagnes du Fouta-Djallon, coule d'abord dans une diiection nord jus(ju'à son expansion dans le lac Diébo, de là son cours devient plus sinueux jusqu'à ïiuibouctou, suivant d'abord une direction nord-est et de là presque exactement une direction est jusqu'au méridien de Greenwicli. Dans le voisinage de cette localité, l'inclinaison de la contrée est indiquée par de nombreux ruisseaux qui se joignent au Niger, venant du nord et du nord-est, tandis que le cours du fleuve se détourne vers le sudest. Après avoir suivi cette direction pendant quelque temps, le Niger perce le bord du plateau central qui vient rejoindre la côte, et, renforcé par quelques tributaires, il se fraye un passage à travers le sol rocheux jusqu'à Rabba; au-dessus de ce point, à environ 600 milles de son embouchure, quelques rapides fort périlleux interrompent le courant et empêchent la navigation. A partir de là jusqu'à îa mer, la navigation devient possible pendant au moins sept mois de l'année, le fleuve coulant dans un lit qui va toujours s'élargissant, les montagnes s'éloignant de ses rives pour donner place à une jolie vallée. Près de Lokodja, le iNiger reçoit son aûluent principal la Benué,
qui est navigable pendant environ 600 milles. Une grande route tle près de 1,000 milles, plus ou moins ininterrompue, conduit ainsi dans le Soudan central. Les courants unis du Niger-Henué se brisent à travers les derniers obstacles du j)lateau central, puis entrent dans les régions basses de la zone côtière. Les terres du Delta et celles qui s'étendent à un mille de la côte forment une plaine basse et marécageuse, sillonnée par les coulées du Niger, qui se jette dans la mer par plus de vingt embouchures.
Passant la rivière du Vieux-Calabar, nous longeons les pentes des monts Cameroun. Là est le pic terrestre d'une chaîne de montagnes volcaniques se déployant dans une direction sud-ouest et dont les sommets émergent de l'océan dans les îles Fernando-Po, du Prince, Sai i-Thomas, etc. Une zone côtière étroite s'étend au sud, s'élargissant graduellement en vallées occupées par les larges estuaires du Gabon et de rOgôoué, le plus grand fleuve de cette partie de l'Afrique. L'Ogôoué a un delta très vaste; il verse ses eaux dans l'océan par deux branches éloignées de 50 milles l'une de l'autre et enclavant une contrée basse coupée de canaux et de marigots. La ligne côtière elle-même, vers le sud, est coupée de nombreuses lagunes. L'Ogôoué supérieur prend sa source derrière la chaîne côtière dans la région dos plateaux qui forme le réservoir d'eau entre le Congo et l'Atlantique. Cette zone de montagnes côtières donne naissance à quelques petites rivières qui se jettent directement dans l'océan, et un peu plus loin vers le sud, le littoral est entièrement déchiré par l'impétueux
courant d'eau que le Congo supérieur rassoiiihlf pour un (lei iiiei" assaut avant de se jeter dans l'océan.
Si Ton considèi'e (jue le Coui^o et ses liil)ulaires arrosent une surface de plus de henle-trois fois le petit royaume de lîelgicpic qui dirige les destinées politi(|ues de cette vaste contrée, on coniprendra toute riinpoilance et tout le |)arti (pie l'on peut tirer de ce niai;nili(pie système fluvial. Si le bassin du Coni;o était coupé par des chaînes de montagnes, nous n'auiions pas ce nombre infini de grands tiibutaires; mais la plus grande partie de la surface arrosée par le grand fleuve dut être, à une époque lointaine, un vaste lac ou une mer intérieure. Ce (]ui tendrait à le piouver, c'est que ses tributaires importants rejoiguent le fleuve dans son cours supérieur, tandis que leurs rives ne sont que légèrement relevées au-dessus de leurs lits et sont inondées pendant la saison des pluies. Le bassin du Congo peut donc être comparé au lit desséché d'une mer intérieure dans les sillons de laquelle les eaux du bassin couleraient constamment le long des pentes du continent vers l'océan Atlantique. Les anciennes rives sont maintenant représentées par les hautes terres ou les bords du bassin qui l'entourent de tous les côtés. L'action qui a miné la chaîne côtière a dû être l'œuvre du temps; elle a dû commencer à une époque où les eaux de l'ancien lac ou mer étaient d'une hauteur suflisante pour employer son lit comme un canal, d'après le même principe que le Lou-Kouga a périodiquement conduit le surplus des eaux du Tanganyika dans le bassin du Congo supérieur.
De ce qui précède, il est évident que, lorsque le Congo supérieur et ses tributaires se brisent à travers la contrée des plateaux pour rejoindre le bassin inférieur, leurs lits doivent être obstrués par des rocbers formant des rapides, des cbules et des cataractes. La preuve à l'appui de cette observation nous est fournie par les tributaires du sud qui, coulant presque parallèlement les uns aux autres dans une direction nord pour se rejoindre au Kassaï et au Sankourou, ont tous leurs lits obstrués par des cataractes au delà du 5" de latitude sud.
Suivant le plan que nous avons adopté, de tracer et de déterminer d'abord les grandes lignes et d'entrer ensuite dans les détails, nous observerons maintenant que le grand courant du Congo, issu de la région du haut plateau au sud-ouest du Tanganyika, sort du lac Bangouéolo comme le Loua-Poula. 11 rejoint alors le lac Moëro dans le sud. Sortant de ce lac par le nord, encore comme le Loua-Poula, il prend sa course vers l'ouest, jusqu'à ce qu'il rejoigne une série de petits lacs réunis entre eux paison liibulaire le Loua-Laba, rivière formée par de nombreux affluents sortis de la même contrée de sources bien que plus à l'ouest que le Congo. Le Loua-Laba et le Loua-Poula coulent alors dans une petite dépression où leurs eaux réunies s'épanchent en un petit lac d'où elles sortent formant le Congo lui-même.
Ce tleuve reçoit plusieurs affluents sur son parcours, et, augmentant toujours de volume, il poursuit une course hardie et décisive vers Stanley-Falls; après avoir franchi ces chutes, il reçoit quelques tributaires
importants sur ses deux rives, mais spécialement sur la droite. De là, les eaux drainées par le haut plateau sejoiiçnent à lui, détournant son cours de plus en plus vers l'ouest dans cette couibo superhe, dont il a été souvent parlé. De là, le fleuve, se dirii^eanl vers l'ouest, unit à son tlot de larges et grosses rivières qui le rejoignent sur sa rive gauche, tandis que sur sa rive droite, il reçoit un im[)ortant tributaire, l'Ouhanghi, l'un (les lleuves les plus puissants de cette partie de rAfri(]ue. L'Ouhanghi, corniu d'abord à son cours supérieur sous le nom d'Ouellé-Makoua, arrose toute la région nord-est du bassin du Congo, et est l'un des deux principaux nourriciers du grand fleuve. Un autre, qui rejoint le Congo à peu de distance du confluent de l'Oubangbi, sur la rive opposée (\ a la même importance hydiographique; il reçoit d'innombrables tributaires par le Kassaï et le Sankourou, dont les eaux réunies se jettent dans le Congo à Kouamouth. Avec cette énorme masse d'eau, le Congo entraîne tout sur son passage jusqu'à sa chute finale dans l'océan.
Le cours principal, une fois déterminé, nous devons considérer le système fluvial du Congo comme issu du lac Rangouéolo et renforcé au nord et au sud par deux autres artères dont les nombreux tributaires du grand fleuve sont autant de vaisseaux nourriciers. Un aussi vaste réseau fluvial que celui du Congo le fait marcher de pair avec les principaux fleuves du monde, et lui a valu, de la part de nos explorateurs, le rang qu'il mérite.
(') Ci'sl 1.- Koua (Rcclusi.
Entre l'axe continental et les plaines du Congo, se trouve une région intermédiaire de hauteur moyenne dans laquelle beaucoup des affluents du grand fleuve ont leur cours supérieur. L'axe continental foriiie au sud et à l'est un triangle rectangle, et cette région intermédiaire occupe la surface enclavée dans ce triangle dont l'hypothénuse est bien définie. Les réservoirs d'eau du Congo se trouvent, comme on sait, sur les hauteuis de la région des lacs, d'où sont issus trois des principaux fleuves de l'Afrique: le Congo, le Nil et le Zambèze. Les réservoirs d'eau du Consro et ceux du Nil sont situés presque à la même élévation. Les lacs Bangouéolo et Moëro sont à des altitudes de 4,100 et 5,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. A ce propos, il est intéressant de noter que le lac Nyassa, à l'est du lac Hangouéolo, est à environ 2,500 pieds au-dessus de ce dernier. Le lac Tanganyika, d'autre part, situé à près de 2,700 pieds d'altitude, appartient au bassin du Congo. Son émissaire, le Lou-Kouga, ne remplit ses fonctions de drainage que lors des rares débordements du lac.
Les montagnes qui environnent le Tanganyika s'élèvent à 2 et 5,000 pieds au-dessus des eaux du lac, tandis que le lac lui-même repose dans un creux profond, recevant des cours d'eau de tous les côtés. Au sud-est du Tanganyika, se trouve un petit lac appelé lac llikoua. Le capitaine Storms prétend qu'à une certaine époque, ce lac se répandait dans le Tanganyika, dont les eaux étaient rejetées ainsi par le Lou- Koiiga dans le Loua-Laba du bassin du Congo. Les roches tendres qui se trouvent à la trouée des rem-
parts de l'ouest du Taugauyika ont été jçraduelleuient creusées en canal par la force des eaux, dans la saison des pluies, pour former, dans la saison sèclie, une sorte de réservoir.
L'Ouellé-Makoua ou rOubanj^lii , un des bras du Congo, prend sa source dans la région montagneuse au nord-ouesl du lac Allu'rt. Ses nombreux tributaires du nord sont des courants considérables, mais ceux (jui rejoignent la rivière au sud, en raison de leur proximité du bras principal du Congo, n'ont pas l'espace de développement nécessaire. Un peu avant son confluent avec le Congo, lorsqu'il perce la chaîne de montagnes qui se trouve en travers de son cours, rOubanglii forme, à Zongo, six rapides. Pendant 2ï milles, le cours du fleuve est interrompu, et, par places, le sol rocheux divise le courant en plusieurs canaux.
Les tributairesdu Kassaï-Sankourou(le Koua),undes bras du Congo coulant parallèlement à lui, sont issus des pentes septentrionales du plateau central. Ce système tributaire rivalise d'importance avec le bras principal du Congo lui-même. Entre le Kassaï et le Congo sont situés deux lacs qui, autant qu'on peut l'affirmer, n'ont aucune connection hydrographique entre eux.
Le bas Congo s'étend depuis son embouchure, sur une longueur de l'20 milles, jusqu'à iMatadi, d'où les cataractes obstruent le tleuve jusque dans le voisinage de Staiiley-Pool. Au-dessous de Matadi, cependant, le fleuve jaillit par trois fois du pied de montagnes escarpées et sMtend alors, dans sa première largeur, de 12 milles environ; il est parsemé d'îles, comme cela
se voit coiislaiiiinent dans le lit du fiOngo. Entre Stanley-Pool et Kouainoutli, au contluent du Kassaï, le lleuve passe entre des rochers d'une hauteur de 000 à 1,000 pieds.
Nous voyons donc que, suivant la nature du pays qu'il traverse, le Congo varie beaucoup en étendue. Mais à son estuaire entre Banana et Shark-Point, il n'est large que de 8 milles avec une profondeur de 60 toises. Le courant, à ce point, est d'environ 5 nœuds par heure; et comine le Congo est considéré connue roulant un million de tonnes d'eau par seconde, nous pouvons juger de son influence sur la ligne des côtes. Les sédiments que charrie son énorme masse d'eau vers locéan, sont déposés de chaque côté de la rive jusqu'à une distance de 500 milles dans la mer, en assez grande quantité pour l'orruer des montagnes sous-marines de détritus et de vase qui s'élèvent jusqu'à 5,000 pieds. Les sondages opérés par le Buccaneer ont démontré que les berges de ce canal sousmarin s'élèvent jusqu'à une distance de 100 toises de la surface, tandis que la sonde a plongé à dix fois cette profondeur pour atteindre le lit de l'océan. Comme les eaux du golfe de Guinée se retirent peu à [)eu, nous en pouvons hardiment conclure, avec le cours du temps, à la formation d'un delta d'une étendue considérable à l'embouchure du Congo. On ne doit cependant pas supposer que ces berges sous-marines sont dues en aucune façon à l'érosion par le lleuve, dont l'effet, à cet égard, ne peut pas se faire sentir à une grande distance du rivage; le courant lluvial luimême, ainsi (jue M. J.-Y. Buchanan l'a démontré, ne
se fail pas senlir à ()liis île 20 toises au-dessous de la surface de la mer et cette iniluence du courant diminue u:i-aduelloin(MU à mesure (jue les eaux du lleuve s'avancent dans l'oL-éan. A plusieurs milles de dislance du rivage, les eaux du lleuve apparaissent d'un jaune foncé, teintées de rouge, et à des endroits plus éloignés, cette couche superficielle d'eau douce est si mince cpie l'hélice d'un bateau h vapeur sulïit pour la chasser et faire remonter à la surface l'eau de l'océan qui se trouvait au-dessous. M. lîuchanan a démontré, en effet, que ces berges sous-marines n'ont pas été élevées par les sédiments déposés sous l'action de la circulation des eaux de l'océan.
^i nous examinons maintenant le système fluvial du Congo comme moyen de comumnication entre la mer et les terres intérieures qu'il arrose, nous devrons considérer l'inextricable réseau de routes fluviales au-dessus de Stanley-Pool, comme appartenant au Congo supérieur.
De Stanley-Falls à Stanley-Pool, le bras principal du Congo traverse une distance de près de 1,000 milles et est navigable pendant tout ce parcours. Très large sur toute cette distance, il mesure par places 15 et même 21 milles de développement. D'après les dernières estimations peut-être un peu enthousiastes faites par des ofliciers belges, le système fluvial du Kassaï-Sankourou ofl'rirait à peu près une égale étendue d'eau navigable, et l'Oubanghi, le troisième grand affluent du Congo, mesurerait environ 000 milles. Enfin, si l'on prend tous les tributaires, on obtient plus de 7,000 milles de
routes fluviales ininterrompues et navigables à partir de Stanley-Pool. On se rend compte aisément de l'importance de ce centre situé comme il l'est près de la côte occidentale. Si nous tenons pour exactes les estimations belges, la longueur totale des rives des courants navigables du Congo supérieur serait de 14,000 milles ou environ celle de la ligne de côte européenne du ca[) Nord à Constantinople. On comprendra l'enthousiasme de Stanley à la vue de cette immense étendue de fleuves navigables, dont les peuples riverains attendent impatiemment les produits de l'industrie européenne. La récente découverte que le j-omani est navigable pendant 000 milles, depuis son confluent avec le Congo jusqu'à un point un peu au delà de»la lalitutle de Nyangoué, à une faible distance dans l'est, étend les communications fluviales jusqu'au cœur de l'Afrique. Quant au bas Congo, le point de dépait des navires étant le port de Boma, il y a toujours assez d'eau pour les porter jusqu'à Matadi, bien que les profondeurs varient continuellement, en raison des mouvements des bancs de sable. Entre Matadi et Stanley- Pool, au delà des cataractes, un chemin de fer est en voie de construction; de telle sorte que ces insurmontables obstacles au transport par eau seront définitivement vaincus par l'œuvre des hommes.
En nous dirigeant vers le sud, nous entrons dans une vaste région baignée par l'Atlanticpie. Le versant ouest (le l'axe continental, s'étendant entre le Congo et le fleuve Orange, envoie plusieurs cours d'eau importants à l'océan. Les principaux d'entre eux sont^le Konanga et le Cunene, qui sortent des deux versants
opposés d'un contrefiiii du plateau central; leuis sources sont à proximité l'une de l'autre et ne sont éloignées des côtes (pie d'uiic dislance d'environ 100 milles.
La contrée au sud du bas (longo, bien (pie s'élevanl graduellement de la côte à l'intérieur, ne se redresse pas tout de suite en terrasses. Les hauteurs se trouvent d'abord au loin dans l'intérieur et se rapprochent graduellement des côtes à mesuie (jue l'on s'avance dans le sud. Il y a, dans l'intérieur, des districts situés à une hauteur moyenne de 5,000 pieds, jouissant d'un climat tempéré, et qui sont aussi bien arrosées que certaines autres parties de l'Africjue. Le Kouanga est navigable pendant 'loO milles, à partir de son embouchure. D'autre part, le Cunene, |)eu profond même dans le bas de son cours, n'est pas navigable.
Au sud du Cunene, jusqu'au fleuve Orange, s'étend une région triste qui va s'améliorant à mesure qu'elle se relève dans l'intérieur; mais aucun cours d'eau permanent ne la traverse pour se jeter dans la mer. Peu de ports sur toute la côte, bien que la baie de Walvisch offre une rade sûre. Derrière cette possession anglaise se trouvent quelques pentes dans l'intérieur, mais sur tout le reste de la côte, du nord au sud, on n'en rencontre réellement aucune.
Le lleuve Orange et ses tributaires forment un sys- 'orjfng/.*^ lème propre, ayant beaucoup de ressemblance hydrogra[)hique avec le grand Congo lui-même. Nous abandonnons l'importante région de l'axe continental, mais nous retrouvons, dans le sud, sa contre- partie en miniature et aboutissant aussi dans une direction sud-
ouesl-nord-est. Le lleuve Orange naît à peu de distance de la côte orientale, dans la haute chaîne bordière des Diaken- Berge, d'un pic qui s'élève au-dessus de la source à une hauteur de plus de 10,000 pieds; il reçoit de beaux tributaires du nord et du sud. Coninie système fluvial, il occupe tout le bassin de l'Afrique méridionale proprement dit. Le versant entre lui et le bassin de l'océan Indien domine sur l'est dans les massifs des Draken-Berge. Cette chaîne de montagnes tombe en terrasses escarpées vers la côte de Natal, mais son versant de l'intérieur, incliné vers le plateau du Tiansvaal, est d'une pente plus douce. Entre le Vaal et le Molopo, tributaires de l'Orange, est situé le joli plateau du Bechuana méridional, qui, dans certaines parties, atteint 3,000 pieds, mais qui s'incline vers la surface enclavée autour du lac IN'Gami jusque vers 2,000 pieds d'altitude.
En raison des nombreuses cataractes qui se trouvent dans la région qu'il traverse, le fleuve Orange est impraticable à la navigation. Par suite, il est de peu ou point de ressource, comme moyen de communication. De plus, à l'exception de la baie de Saldanha, située à environ GO milles au nord de Cap-Town et offrant un bon port naturel, il n'y a pas un endroit sur la côte où les navires puissent trouver un endroit sûr pour jeter l'ancre.
Dans la vaste enclave où se trouve le lac N'(ilaini, nous avons une reproduction en petit du bassin du Tchad. Le N'Gami est situé au nord du fleuve Orange; le Tchad est au nord du Congo. Le N'Gami, cependant, bien que changeant d'aspect dans le tracé de ses rives
comme son prototype, est, relativement à Ini, nn lac insignifiant. Comme le Tchad, il repose sur la zone bordière d'un déseit, le di'scrt de Kalahari. Dans ce voisinage existent de nombreuses dépressions (jui forment de vastes salines; on y trouve aussi beaucoup de larges lits de rivières, les uns desséchés, les autres contenant une petite (juantité d'eau. Le N'Gami a son issue dans le canal du Zouga, (jui roule le li'op-plein des eaux du lac dans les salines. On a constaté, dans ces dernieis temps, une diminution sensible dans les dimensions du JN'Cianii.
Ceci termine notre étude de l'océan Atlantique. L'océan Indien est le dernier que nous aurons à voir.
Cette portion de l'Afrique méridionale, où les torrents des montagnes roulent leurs eaux dans l'océan Indien, s'étend au-dessous des pentes du sud de la haute chaîne bordière qui part du cap de Ronne- Espérance, courant parallèlement à la côte dans une direction nord-est vers les Draken-Berge. La contrée s'élève de la mer en terrasses ii-réiru Hères d'où se détache une chaîne cùtière médiane située entre elle et les sources du fleuve Orange. En conséquence, il n'est pas surprenant de trouver le banc sous-marin du caj) Agulhas, le point le plus méridional de l'Afrique, continuant la même configuration physique du continent au loin dans l'océan. Entie la chaîne cùtière et la chaîne bordière, se trouve le vaste plateau du grand Karoo, de 60 a 90 milles de superficie située entre 2 et 3,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Dans celte région déserte de sable et d'argile, nous ne devons pas compter trouver des rivières permanentes.
Les rivières du Cap sont pour la plupart des torrents roulant à travers des gorges profondes, bien qu'à mesure que nous avançons dans l'est, ces torrents ont un approvisionnement d'eau plus permanent. Heureusement, le Cap n'a pas besoin de ces voies lluviales pour ses relations avec l'intérieur.
Ce n'est que lorsque nous atteignons le Limpopo que nous découvrons un lleuve important dans cette partie de l'Afrique. Le Limpopo, navigable pendant (30 milles à partir de son embouchure pour des vaisseaux de 200 tonnes, est issu du plateau sud-africain dont il reçoit plusieurs grands tributaires. Après avoir décrit une large courbe dans le nord, il se jette dans la mer près de la jolie baie de Deiagoa. La vallée du Limpopo est évidemment de quelque importance comme voie de communication.
Au nord du Limpopo, la zone côtière commence à s'élaigir jusqu'à ce qu'elle se fonde dans la vallée du Zumbèze. Le contrefort entre ce tleuve et la côte de Sofala est coupé en plusieurs endroits par quelques cours d'eau sans importance qu'il envoie à la mer.
zlimbè^"^ Le Z:imbèze et son magnifique réseau lluvial accessible à la navigation est le Congo de la cote oiientale. Le bassin du lleuve lui-même est égal à trois fois la surface de la France. Comme voie de communication avec l'intérieur, spécialement avec les régions les plus salubres, le Zambèze, le Congo et le Nil se disputent l'avantage comine gi'andes roules commerciales. Etant donné (|u"il conduit à ce qu'on appelle la liautt; légion des lacs de l'Afrique, la contrée la plus propre à
— 4li —
IVtablissemenl des lùiropéons, le /aiiilM'/o peut èire placé au secontl rang des lieu vos africains pai* sa valeur prali(|ue pour les Euro()éens. Ses réservoirs d'eau sont tout piès de ceux du Coni^o, la chaîne entre ces deux syslèuies lluviaux courant à travers le plateau sud central et gap^nant ensuite le nordest entie les lacs Nyassa et Tanganyika. Les j)entes dans le plateau sud-central sont peu sensibles; quelles que soient les iiH'galités que l'on puisse rencontrer dans cette région, il est toujours facile de couiuHiniquer entre les deux bassins.
Le Zanibèze supéiieur airosant le versant méridional du plateau sud-central naît dans la haute contrée à l'ouest du Bangouéolo, dans un lieu appelé Border-CraigiM par M. Arnot, parce que c'est probablement sur l'autre côte du versant que le bras supérieur du Congo prend sa source. Le Zambèze n'est pas originaire, comme on l'a supposé d'abord, du lac Dilolo, mais le traverse. Dans son cours supérieur, il reçoit sur sa rive droite plusieurs grands tributaires qui viennent du fond de l'ouest. Après être entré dans la vallée qu'il traverse dans son cours moyen, il longe les bords du plateau sud-central, recevant des tributaires sur ses deux rives jusqu'à sa jonction avec le Loangoua, qui sort des hautes régions à l'ouest du lac Nyassa. Entre le cours supérieur du Loangoua et le bassin du Congo se trouve une chaîne de montagnes de plus de 0,000 pieds d'altitude qui finit par se fondre dans la région du plateau entre les lacs Nyassa et
(') Rocher fronUère.
Tanganyika. Après sa jonction avec le Loangoiia, le Zambèze commence à se frayer son chemin à travers la zone côlière; son lit devient alors obstrué à l'extrémité (lu plateau intérieur. Quand-enfin il atteint librement la contrée basse, il devient un ileuve superbe et majestueux.
Très peu avant d'entrer dans la contrée basse où il commence à former un delta à 90 milles de la côte, le Zambèze reçoit à sa gauche les eaux tributaires du Chiré. Le delta entier du Zambèze, comprenant une superficie de 2,500 milles carrées, est par conséquent inégalement élevé au-dessus de la mer, avec laquelle il se confond imperceptiblement. Parmi les innombrables canaux de ce delta, sept seulement peuvent être regardés comme les bouches actuelles du fleuve. C'est un de ces canaux, le Madredane, qui a été le plus employé pour la navigation. Malheureusement, les bouches du Zambèze, constannnent obstruées par les barres, changent fréquemment de niveau, ce qui présente pour la navigation de sérieux et continuels dangers. Le Madredane lui-même est souvent engorgé par des amas d'herbes aquatiques. M. D.-J. Rankin a cependant découvert dans la bouche du Chindé un passage de la mer au Zambèze qui peut être d'une certaine ressource; il en est certainement d'autres qui pourraient être praticables, mais en thèse générale il est reconnu que les bouches du Zandjèze sont tellement exposées à être obstruées que seules des mesures coûteuses et suivies pourraient les protéger et en faire d'une façon permanente des roules navigables pour les steamers.
C'est le kouakoiia ou Kiliiii.tiii (jiii, avant la (knoiiverle du Cliiudé, a ét('' pour le conimerce le meilleur accès au Zauibè/.e. Mais, entre le cours supérieur <iu Kouakoua et les bras du Zaud)èze, un poitaj^e d(; 5 milles est indispensahle, car, pour les besoins internationaux et commereiaux, la navii^alion du kouakoua, traversant le teriitoire portugais, peut avoir ses inconvénients. D'autie part, le Zand)èze étant un fleuve libre, c'est la meilleure connue la plus naturelle des voies de. communication avec l'intérieur, et comme les obstacles qui entravent la naviijfation sur les canaux ne sont pas insurmontables, il est certain que, lorsque le moment sera venu, les mesures nécessaires seront prises poui* assurer aux navires le facile accès de ces routes fluviales.
Le lac Nyassa étant situé à 1,570 pieds au-dessus du niveau de la mer, il en résulte (jue son issue, le Cliiré, pour franchir la courte distance qui le séj)are du Zambèze, doit tomber dans une chute très rapide, suitout à la sortie du plateau intérieur. C'est là. que se forment les cataractes de Murchison, qui se continuent pendant 50 milles. Connue il est impossible de remonter ces rapides en revenant du Zambèze au lac Nyassa par le Cliiré, le portage est indispensable.
Si nous envisageons le Zambèze comme voie de comnninication, nous voyons tout de suite qu'il n'est pas im[)ossible d'établir la navigation sans inleiruption depuis la mer jus<ju'aux rapides de Karoa IJasa au-dessus de Tête. Au delà de ce point, le lit du fleuve est sans cesse obstrué par les inégalités du sol à liavers lequel il coule. Aux chutes de Vicloria-Falls, par
exemple, nous avons eu sous les yeux un spectacle dont la grandeur n'est pas surpassée par les chutes du Niagara lui-même : le Zambèze, large de 1,000 yards('), s'engoufïre d'une hauteur de 100 pieds dans une fissure de la surface rocheuse qui s'étend juste en travers de son lit et qui se continue sur la rive gauche pendant plus de 50 milles.
Le Zambèze offre aussi une route fluviale et terrestre qui, conduisant de la mer à la haute contrée des lacs, rejoint enfin dans le nord les bassins du Congo et du Nil, offianl ainsi une immense route praticable à travers le continent africain. Examinons brièvement ce qu'est cette route.
Nous pouvons entrer dans le Zambèze lui-même par une de ses bouches, ou par le Kouakoua. Dans le premier cas, nous pouvons remonter le fleuve en bateau jusqu'à la cataracte de Murchison sur le Chiré, mais dans le second cas, il nous faudra faire 5 milles de portage entre le Kouakoua et le Zambèze. Après la cataracte de Murchison, un autre portage de 60 milles est indispensable; mais ensuite, nous avons le passage libre par eau jusqu'au Nyassa. Entre le lac Nyassa et le Tanganyika, la route appelée Stevenson Road se poursuit pendant 250 milles, tandis que le Victoria-Nyanza, d'après les dernières découvertes de Stanley sur son extension sud-ouest, n'est éloigné que de 155 milles du Tanganyika. Une semblable route, qui pour la plus grande partie se lait par eau, ne peut manquer d'être d'une immense
(') Le yani t-sl de 91 i/2 centimètres environ.
valeur pour tous ceux qui, par Taltrait du counnerce, espèrent imposer une civilisation plus avancée aux populations du continent africain.
Un coup d'œil au lac de Nyassa et nous aurons terminé lenscmble du bassin du Zandjéze. Le lac Nyassa et le Tanj;anyika ont une grande similitude dans leurs fonctions hydrogra[dii(jues. Ce que le Tanganyika est pour le Congo, le Nyassa l'est pour le Zambèze. H est un fait cuiieux (jue les trois grands systèmes fluviaux de rAlrii|ue, le >iil, le Congo et le Zambèze, sont tous trois pourvus de vastes réservoirs lacustres. Bien (jue le Congo ne reçoive pas actuellement le trop-plein des eaux du Tanganyika, étant donné l'abaissement du lac, cela a dû se produire à une époque antérieure et peut se produire de nouveau dans l'avenir. Comme le Tanganyika, le Nyassa a dans le sud son lac satellite, le lac Sliirwa ou Cbiroua qui, comme le lac Hikoua, a son bassin hydrographique propre. Le Chiroua est à iOO pieds au-dessus du niveau du Nyassa, et pendant un temps on l'a cru relié à la rivière Loudjenda, dont il est séparé par une colline de sable. Que le lac, ainsi qu'on le croit dans le pays, ait encore quelques relations souterraines, c'est un point à discuter. Dans tous les cas, il ne se déverse pas dans le Nyassa, mais appartient plutôt au système du Loudjenda, bien qu'il soit préférable de le mentionner ici.
Le lac Nyassa ne reçoit par le fait de tributaire d'aucun côté. Il a 550 milles de longueur et une largeur moyenne de près de 40 milles; sa profondeur moyenne est de 100 toises environ. Ses rives les plus élevées sont celles du nord-est, où les montagnes de Living-
slone alleignent une liauleur de 10,000 pieds sur une étendue de 100 milles.
Nous entrons maintenant dans le domaine de la côte orientale proprement dite,s'élendant du delta du Zambèze dans une direction nord jusqu'au golfe d'Aden. Dans toute la longueur de cette côte et dans la région intérieure, aucun des lleuves (jui l'arrosent et se jettent dans l'océan Indien ne peut être à proprement parler considéré comme navigable; tous, au sortir des terrasses que forme le plateau central, se brisent en rapides. Les montagnes venant du sud correspondent avec la haute région des lacs et finalement se réunissent aux montagnes de l'Abyssinie dans le nord. Dans ce bassin, le plateau intérieur s'éloigne de plus en plus des rives de l'océan Indien, à mesure que l'on remonte du sud vers le nord; mais dans l'extrême nord, les hauteurs qui partent du nœud de l'Abyssinie vont directement vers l'est, où elles forment l'arête de la grande pointe orientale de l'Afrique. Si l'on plonge dans la mer au cap Guardafui, l'extension du continent est bien indiquée dans la direction de l'île Sokotora, cette île qui, placée en sentinelle, élève son sommet au-dessus des eaux de l'océan. La zone côtière de Test de l'Afiique présente un accroissement d'élévation correspondant à la moyenne de sa largeur; et l'on trouve une zone d'élévation intermédiaire bien définie entre les terres basses et les régions hautes.
Entre le lac Nyassa et l'océan Indien, le seul neuve important est le Ilovuma, qui sort de la haute région près des rives orientales du lac. Le Kovuma forme une cataracte à 40 milles au-dessus de son
connueiil avec le Loiuljeiida, et son lit est encore olislrué dans d'aulres parties de son cours; de lelle sorte (|ue comme voie de communication avec la côte oiientale, ce ([ue Livingstone souhaitait si ardemment d'y trouver, ce lleuve est sans valeur réelle. I.a Loudjenda, (|iii naît au nord du lac Chiroua, est issue de deux petits lacs dont elle sort en se brisant à travers la contrée abrupte qui la sépare du cours sujiérieur du Kovuma, et reçoit des tributaires sur ses deux rives.
Près de leur confluent, les deux courants unis du Rovuina et de la Loudjenda mesurent ensemble 700 [neds de largeur.
En face de Zanzibai-, entre le Roufigi, qui sort des montagnes du nord-est du Nyassa et le Koufou (Pangani), (jui sort des pentes du Kilima-^'djaro se trouve une intéressante région, hérissée de montagnes qui n'envoient à la mer que de petits cours d'eau impropres à la navigation. La région cùticre se prolonge dans l'intérieur jusqu'aux plateaux d'Ousagara, derrière lesquels le continent s'élève et s'étend de plateau en plateau. L'immense plateau situé h l'est du Tangaganyik i atteint une moyenne de plus de 4,000 pieds d'élévation au dessus du niveau de la mer. Les monts Kilin^a-^'djaro et Kénia, plus loin dans le noid, sont les avant-postes méiidionaux et les points culminants d'une région volcanique dans laquelle une énorme masse isolée de montagnes occupe une partie des plateaux. Il serait difficile de déterminer exactement jusqu'où dans le noid s'étend cette région, mais ses traces sont [dus ou moins apparentes dans toute la contrée
montagneuse de l'Abyssinie. De nombreux petits lacs s'y rencontrent, les uns d'eau douce, les autres d'eau salée, mais aucun n'est approvisionné par un cours d'eau. II y a là une longue chaîne de petits lacs dans une sorte de crevasse de la croûte terrestre, située à l'est du Victoria-Nyanza, et s'étendant au nord et au sud sur une dislance de plus de 000 milles. Parmi ces lacs, le lac Naivacha,àO,000 pieds au-dessus de la mer, est situé à la plus haute altitude. De ce point central dans la région des sources, entre le Kénia et le Victoria-Nyanza, la vallée s'incline vers le nord et le sud.
La principale rivière de celle partie de la côte orientale, le Tana, prend sa source sur le versant du mont Kénia. C'est un courant permanent et qui déborde régulièrement quand les neiges du mont Kénia fondent sous l'ardeur du soleil d'été. Les navires peuvent le remonter jusqu'à une distance deSOO milles de son embouchure.
Au nord de la région que nous venons d'éludier se trouvent les pays des Somal et des Gai la. l.e peu que nous savons de cette vaste contrée, c'est qu'elle descend du nord vers le sud et naturellement de l'ouest vers l'est dans une inclinaison générale sudest vers l'océan Indien, direction dans laquelle elle tombe en terrasses successives longues et basses. Toute celte région est sillonnée par de larges lits de rivières, mais desséchés pour la plupart, à l'exception de deux qui roulent leurs eaux d'une façon permanente.
Nous avons terminé nolie étude bien sommai le des montagnes, lacs et fleuves de l'Afrique. Les régions
vastes et vraiment int<Tessanles n'ont |)u avoir (ju'un simple aperçu, en raison «le leui' peu d'importance relative et alin d'équilibrer l'ensemble. Nous nous sommes si'rvi de termes i^énéraux pour (b'crire ce qui pourrait en (juebiue sorte se voir de la nacelle d'un aérostat; mais les choses examinées de f)rès, nos descriptions comporteraient d'importantes modifications.
Les points iiuc nous nous sommes elTorcé de bien mettre en reliel' sont : 1' la répartition des jurandes masses de terre, résultant de la formation des grands systèmes de drainage; 2" la configuration générale du continent, comme elle est indiquée par le cours des grands tleuves et de leurs systèmes tributaires.
Nous avons d'abord examiné à crrands traits et indique ensuite les détails saillants, laissant beaucouj» de choses de côté, en raison des limites dans lesquelles nous devons nous tenir. Notre description de l'Afrique n'est pour le moment qu'un simple croquis blanc et noir, plus blanc que noir; nous pourrons espérer lui donner une image plus réelle et plus vivante lorsque nous revêtirons de végétation les plaines et les montaijnes.
Dans ce chapitre, nous n'avons examiné notre sujet Accessibin qu'à un seul point de vue : l'accessibilité. Etant donnée la disposition de ses barrières montagneuses, le continent sera-t-il ou non favorable à l'immigration des hommes et dans quelles proportions? Dans quelle mesure les fleuves de l'.Xfrique offriront-ils à la navigation des moyens de communication avec l'intérieur?
Il est certain, d'après ce que nous avons vu, que les grands systèmes tluviaux de l'AlVique donnent un libre accès dans l'intérieur au moins jusqu'aux points où ils se brisent en cataractes et en rapides lorsqu'ils se heurtent aux bords du plateau continental. Des chemins de fer pourront être construits pour obvier à cesobstaclesaux couHnunications, comme parexemple pour les cataractes du bas Congo, dont les courants supérieurs pourront être utilisés comme grandes voies navigables. Il existe d'autres routes naturelles, des routes terrestres conduisant d'un village à un autre village : ce sont les roules de caravanes dont nous parlerons ultérieurement. Les gi-andes routes connue la Stevenson Koad, entre les lacs Nyassa et Tanganyika, seront construites en temps opportun, lors(jue l'avenir du commerce garantira les frais qu'elles nécessiteront. A travers la zone insalubre des côtes, des chemins de fer seront également établis plus tard, pour relier les comptoirs aux principaux centres commerciaux de l'intérieur. Sans vouloir prophétiser, je crois pouvoir affirmer que, par la suite, il sera impossible aux Européens de coloniser l'Afrique sans le concours des moyens de comnmnications l'apides qu'olTrironl les chemins de fer pour pénétrer dans les hautes régions plus salubres de l'intérieur. Tout est une question de temps et d'expérience. Nous avons aujourd'hui les notions les plus élémentaires pour nous ouvrir en quelque sorte l'accès de 1 Afri(]ue.Nous exposerons plus loin quelques-unes des diiricnllés auxquelles nous aurons à faire face et les problèmes que nous aurons à résoudre.
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II est évidenl qiw le relief i)liysi(juc de l'AIVique, Itien que nous olTraiit de superbes roules fluviales à traveF's le plateau continental, ne permet pas aux steamers le lihre passage de la mer à l'intérieur, excepté, comme dans beaucoup de cas, pour des parcours relativement faibles. C'est une des raisons, sinon la |)iincipale, poui* les(juelles nous voyons aujoui'd'liui les cotes occupt-es par les Européens et l'intérieur de l'Afrique par les nalui'cls sauvages.
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CIIAIMTIU: III.
Climat et phénomènes qui en dérivent
Plirnumèiies liu climut. — Moyenne do la tt'iii|t('Tatnri' annuelle. — Moyenne de la tenipéralure en février. — .Moyenne de la lenipéralure en août. — Inlliienee de ri)e»''an sur la température. — Teni|)ératurcs réelles. — Pression atmosphérique. — Vents prédominants. — Brises de terre et de mer. — Vents ali/és. — Vents mt)ussons. — Pluie : zone é(pialorialc. — Pluie : zones tropicales et sous-tropicales. — Uéjifions des déserts. — Sources des f;rands systèmes fluviaux. — Saisons des pluies. — Ligne des neiges. — IWstrihutinn «les sols. — Sols : roches arehéennes. — Sols : division paléozoHjue. — Sols : couches néozoïques. — Sols : roches tertiaires. — Sols : dépôts <juaternaires et récents. — Meilleurs sols pour l'agriculture. — Influence des forêts sur la provision de pluie. — Répartition de la \égétation. — Végétation : zones lypiiiues. — Zone méditerranéenne. — Zone du désert. — In talileau du désert du Sahara. — Région de transition. — Zone du désert de kalahari. — Zone de végétation tropicale. — Grande forêt du Congo. — La grande forêt du Congo décrite par M. Stanley. — Limites de la zone de la forêt primitive et de la végétation tropicale. — Zones de végétations comparées. — Savanes. — Végétation : développements en latitude et en longitude. — Distribution de la faune. — Types de faune uniques. — Legs africains. — Faune : royaume africain. — Sous-régions de la faune. — Faune des mammifères. — Autres faunes. — Fléau des insectes. — (llimatologie. — Facteurs du climat. — .Modifications du climat. — Comparaison entre les climats. — Application des lois connues. — Climats des déserts. — Climat de la zone côtière. — Climats soustropicaux. — Fièvres malariennes. — Poisons malariens. — Autres fadeurs. — Humidité du sol. — Distribution de la malaria. ~ Mesures à prendre pour y remédier. — .\utres maladies tropicales. — Côte de Guinée. — Acclimatement. — Conditions d'habitation de l'Afrique. — Contrées défavorables à la colonisation. — Contrées favorables à la colonisation. — Régions au nord de l'éijuateur. —
KU'ols (lu climat. — llôgioii du liaut Ml. — Souilan ccnlral, — Régions au sud de l'équalour. — lléj^ions intermédiaires cl hautes régions. — La croix et le cruissant. — Nature de l'occupalion effective.
Les phénomènes du climat sont si nombreux et si complexes, et nos données sur l'Afrique sont encore si roslreinles et si imparfaites que nous ne pouvons parler de ces phénomènes qu'en termes généraux et seulement en ce qui concerne leur ap[)lication pratique. Ils comprennent nécessairement la pression atmosphérique, la température, l'humidité, ainsi que les effets de la circulation aérienne et des vents prédominants qui, pour la plupart, déterminent les pluies. De son côté, la végétation dépend en partie des pluies; de même, la distribution géographique des animaux est subordonnée à la végétation, et de ces deux éléments enfin dépend, dans une laige mesure, la répartition des populations. Dans cette étude que nous nous proposons, nous devons suivre la succession naturelle des phénomènes physiques, ou des causes et des effets, examinant avant tout les conditions météorologiques de l'Afrique.
En ce qui concerne la température ('), la plus grande