‹ Le développement de l'Afrique; traduit de l'anglais sur la 2e édChapitre 13 sur 33 · p. c. — — les grands lacs · texte numérisé non relu

p. c. — — les grands lacs

Il en résulte donc que la moitié environ du continent est occupée par des déserts et des steppes, et que les savanes couvrent la moitié de l'autre partie. 11 ne reste donc à peine ([u'un quart du continent, dans lecjuel on peut trouver de belles et fertiles régions, et encore une large portion d'entre elles, surtout dans les régions équatoriales, sont couvertes de forêts. La presque totalité de l'hémisphère nord est une contrée de déserts et de steppes; c'est dans l'hémisphère sud que sont les régions les plus fertiles, s'étendaiit piincipalement le long de l'axe continental et dans les vallées des fleuves.

Les grandes zones typiques de végétation en Afrique sont ainsi réparties :

1° La zone méditerranéenne;

2° La zone du Sahara;

5" La zone équatoriale de végétation tropicale ;

4° Les savanes du sud central et de l'extrême sud de l'Afrique.

Étant données ces grandes divisions de la végétation en Afrique, nous pouvons entrer dans les détails de cette étude. Nous devrons nous attacher surtout à

coniiaîlre l'aspect extérieur du continent dans ses traits caractéristiques, et c'est là-dessus seulement que nous pouvons nous appesantir.

Les régions méditerranéennes, ;ï l'exception des étendues désertes de l'est du littoral, ont une végétation analogue à celle du sud de l'Europe, se rapprochant un peu de celle des tropiques. Dans les hautes régions montagneuses du Maroc, on trouve de belles forêts et de riches pâturages fournissant une culture en rapport avec l'altitude. Mais ce n'est qu'au versant nord qu'appartient cette richesse de végétation; si nous franchissons les montagnes, nous entrons brusquement en pleine steppe dans le domaine du Sahara. C'est dans le Tell que sont les terres les plus fertiles ; d'une élévation modérée, cette région est située entre la côte et le « Moyen Allas », et son climat ne diffère pas beaucoup de celui de l'Angleterre. A mesure que nous pénétrons plus avant dans le sud, la végétation devient [)lus pauvre et nous avons parfois à traverser la steppe rocheuse dans le Sahara algérien. Cette frontière du désert est semée d'oasis oii le type de végétation est le dattier. Nous retrouvons beaucoup de ces mêmes conditions en Tunisie. Mais en Tripolitaine, le long de la cote méditerranéenne jusqu'au delta du jNil, à l'exception de la péninsule de Barka et l'étroite zone côtière qui l'avoisine, le sol est presque uniformément stérile, ne permettant guère d'autre culture que celle des fourrages, des légumes et des fruits des tiopiques. Par places, les steppes et les déserts s'étendent directement jus(ju'à la mer, bordés à une faible distance dans l'intérieur par des plateaux

rocheux. Le terrible iléserl île Libye liii-mèine s'avance jusqu'au Iittt)i-al et euipiète ruèiue sur le delta du Nil. La luxuiiaule vcgélatiou du bassin de la Méditerranée est donc limitée à la région montagneuse du nordouest et s'étend ainsi jusiju'à l'Atlantique.

Au sud de cette région, des rives de la mer Rouge à celles de r(K"éauAllauti(jue, à travers riuiMKMise largeur de rAlri(jue septentrionale, s'étend l'inipitoyable plateau du désert qui, se continuant obiiciucment vers l'est jusqu'en Asie, élève ainsi la plus redoutable barrière entre les deux plus grands centres de population du monde et oppose aux communications un obstacle qui n'a été qu'en |>artie aplani [»ar l'heureux concours de l'isthme de Suez et du génie de M. de Lesseps. La zone du désert est la plus vaste étendue entre l'océan Atlantique et la mer Rouge. Le Nil inférieur qui traverse les déserts de Lybie, de Nubie et d'Arabie ne permet à la terre brûlée des Pharaons qu'un mince lilet de végétation, forcément limité à son étroite vallée, tandis que le Nil supérieur coule à travers une région de savanes et de steppes. Là cependant, où les montagnes du Sahara atteignent une élévation supérieure, ou bien dans les endroits oii l'eau arrive à la surface et forme des oasis, on trouve une végétation correspondante à la région. Essayons maintenant de voir ce qu'est en réalité le Sahara. Dans tous les cas, nous pouvons affirmer qu'il n'est pas aussi noir qu'on le dépeint.

Le désert du Sahara est vuli^ai rement considéré dans l'imagination populaire comme une immense surface unie de sables d'une extension indéfinie, ressemblant à

l'océan. Mais les régions affectant ce caractère dans le domaine du Sahara sont rares et d'élendue relativement restreinte. Le désert de Libye en est, il est vrai, un immense district (presque aussi vaste que la Russie d'Europe) et ressemble, en effet, beaucoup à un océan de sable où les hautes dunes soulevées par le vent du nord-est rappellent absolument les trombes de l'Atlantique; mais le désert de Libye, où la vie ori^anique est à peu près nulle, est la région la plus désolée de toute cette zone, bien que certains considèrent les plateaux rocheux de (juelques portions du Sahara comme plus arides encore à cause de leur aspect sombre et morne. Le vrai désert est là, où, dans le grand plateau, les dunes amoncelées murmurent comme les vagues de la mer (^), où la vie animale, si elle existe, revêt l'aspect protecteur du sable, où il n'y a pas d'oiseaux, pas d'arbres, pas de Heurs : « le ciel sans nuages, le sable san.s ombres », « la région des forces aveugles de la chaleur et du vent ».

Un neuvième seulement du Sahara est recouvert de sable; le reste consiste en montagnes et en rochers, en steppes et en oasis. Dans les districts haut situés, les vallées sont couvertes d'arbres et offrent un agréable séjour; de même, à l'est, dans le désert d'Arabie, les vallées des rivières sont pourvues d'une végétation luxuriante. Le Sahara occidental diffère un

(') An iiiilirii (In silrncr iiiiiiii. on l'iilt'inl luiit à ('oii|i un son Ailirant roininc <-(.'liii (riiii clairon lointain : ce hruil duri- prndant <|n<>lqiu>s

secondes, puis les saltlrs se laiscnl cl la voix roprt,'n<l ailleurs

Évidcinuicnt, celte musique des dunes provi(!nl de l'écroulenienl des nappes el du rroissenu;nl des milliards de moUéculcs les unes contre les autres. (Ki.iSKK Hecms, vol. \l, p. 798.)

peu (Je caractère; on y Iroiive <le grandes plaines, avec (les nionlagnes, des collines, des vallé(\s, des oiiadis dessécliés; le sol n'y est pas aussi dt'solé et l'on peut y vivre dans presque toute son étendue. Nous avons [)eu de chose à dire des oasis, elles sont connues de tous. Sur cet océan de feu, leur Irais ondjrage apparaît à notre imagination comme un port de salut poui" la caravane épuisée et [)our les malheureux voyageurs aveuglés par la poussière et brûlés par le soleil.

Ceci nous prouve que le Sahara peut oiïrir un agréable climat, mais quand surviennent les tempêtes de sable ou quand souille le vent brûlant du désert, le lenible sirocco, la légion n'est plus possible pour les hommes ni pour les animaux.

Entie le 15" et le \o° de latitude nord, nous arrivons presque imperceptiblement dans la région iransitionnelle des steppes de pâture où croît l'herbe, quelquefois même le blé, et qui nous annonce au delà une terre d'abondance. Entre celle région intermédiaire et la zone tropicale des forêts s'étend presque sans interruption jusqu'cà l'océan une belle et verdoyante contrée où les antilopes el les girafes vivent à l'ombre des mimosas qui parsèment les prairies ou se groupent en véritables forêts.

La zone déserte de l'hémisphère nord a sa contreparlie dans la zone beaucoup plus restreinte de la côte sud-ouest, qui, augmentant de profondeur depuis Andjriz jusqu'à Mossamèdes, pénètre juscjue dans le domaine du Kalahari et arrive ainsi graduellement dans la jolie et feitile contrée du Tiansvaal et de l'État libre d'Orange. Des étendues désertes se trouvent aussi

dans les Karoo du Sud et dans les districts de steppes des autres parties de l'Afrique. Ces régions de pierre et de sable ont une végétation de désert spéciale qui, après une forte pluie, prend un développement remarquable; les terres sont alternativement trempées et calcinées, et les plantes enfoncent profondément leurs racines dans le sol, quelques-unes d'entre elles faisant dériver leur excédent d'bumidité en bulbes, telles que le « kengwe », sorte de melon d'eau Dans les endroits oii se trouve le fer, les sables et les sols argileux prennent une teinte rougeàtre. Des salines se forment dans beaucoup d'endroits. Les anciens fleuves actuellement dessécbés offrent toujours une certaine végétation apparente. Nous avons déjà commenté l'origine et les caractères généraux de ces zones désertes; il nous suffit donc de rappeler que le plus souvent elles ne fournissent qu'une subsistance précaire à une population demi-sauvage, bardie et vigoureuse.

Les régions de végétation tropicale correspondent plus ou moins avec celles qui jouissent de la température moyenne la plus élevée et des plus fortes pluies; elles confinent donc au golfe de Guinée, et prédominent à l'intérieur dans la région des grands lacs à l'est, et dans tout le bassin du Congo. Cette zone de végétation tropicale est limitée dans le sud par la côte sèche, et l'on trouve un peu partout dans son domaine de vastes étendues de savanes.

A mesure <|ue l'on s'avance dans le plateau intérieur, laissant en arrière la forêt primitive, les marais de mangliers et les plaines d'alluvion du bas

Niger font place à la végétation plus vi^oiiiriisc d'uii sol et d'un climat plus secs : au lieu du palinier à huile, nous trouvons Tarltic» à beurie, et l'iguauie est remplacé par les céiéales et le maïs. Di^s côtes basses et sablonneuses de la (iuinc'e supérieure nous avons à traverser des plaines herbeuses et parfois des steppes, avant de gagner la forêt primitive; mais lorscpie nous avons atteint celte région, nous ti-ouvons une véi^étalion tropicale serrée, inextricable, d'une exliaordinaire richesse. Celte exubérance de végétation n'est pas particulière à Tintérieur de la côte de Guinée, elle s'étend largement sur le Soudan central et dans le bassin du Congo.

Dans un langage très clair et très imagé. M. Stanley décrit de la manière suivante cette région de forêts (jui a été récemment découverte et traversée entre le Congo et le lac Albert :

« Les matinées sont généralement tristes et som- « bres, le ciel est couvert de nuages bas et lourds; « parfois, un brouillard épais enveloppe la terre, ne « se dissipant que vers 9 heures et souvent même pas « avant 11 heures. Rien ne bouge alors: les insectes « sont comme endormis, un calme de mort règne « sur la forêt; la sombre rivière lluri, rendue plus « sombre encore par la nniraille que forme l'épaisse « forêt et la haute végétation qui l'entourent, est silence cieuse comme une tombe ; les battements de nos « cœurs sont presque bruyants et nos pensées intimes « semblent se faire entendre. Si la pluie ne suit pas « ces ténèbres, le soleil apparaît derrière la masse de « nuages; le brouillard se dissipe, la vie s'éveille à sa

« radieuse lumière; les papillons hâtent leur vol dans « l'air; l'ibis solitaire jette son cri d'éveil; l'oiseau « plongeur rase le courant; la forêt se remplit d'un « murmure étrange, et quelque part vers le haut de « la rivière gronde le tambour d'alarme; le prompt « coup d'œil des indigènes nous a découverts; leurs a voix vocifèrent un défi, leurs lances jettent un « éclair et toutes les passions hostiles s'éveillent en « eux (^). »

Ce court passage donne une impression très vive de la grande foret. Dans la même feuille, M. Stanley parle des obstacles qui arrêtent la marche de son expédition : « Ils consistent d'abord en lianes dont le diamètre varie de 1/8 h 1 et jusqu'à 15 pouces, se balançant en travers du chemin, se tordant et se nouant, parfois massées et entrelacées les unes avec les autres; puis, c'est un buisson épais et profond occupant la place d'anciennes clairières et qu'il faut tailler et couper, afin de se frayer un chemin. Avec le temps, sur ces clairières abandonnées s'est élevée une jeune forêt où de hautes plantes grimpantes et comestibles croissent au milieu des arbres. Il faudrait percer ces impénétrables fourrés avant de songer à obtenir un pouce de progrès. La grande forêt primitive est moins obstruée, mais l'atmosphère y est compacte, stagnante, impure; une constante obscurité y règne, augmentée de jour en jour par les épais nuages noirs chargés de pluie, si caractéristiques dans la région de cette forêt. » Ces

(') ScoUixh Gcogrdjjliicul Matjazinc, vol. V, j). 228.

(lescriplions de M. Stanley peuvent s'ap|)liquer à d'autres irisions sond)lal)les en Afii(|ue.

I.a zone de la loiiH pi-imitive et de l'épaisse vt'f;(''la- v^K^iaiion. tion des tropirjues atteint ses limites septentiionales vers !«' dixième parallMe de latitude noi'd. Ind(''pendanunent de la eôto de Guinée et du bas Niij;f'i', elle comprend une portion intérieure au delà de la chaîne cùlicie et une étendue considérable du bassin du Congo, dont les tributaires du Sud coulent cependant à travers une contrée de prairie d'une incomparable fertilité. Bien que celte riche végétation des tropiques atleicrne ses limites dans l'est et dans le voisinage du haut plateau où le Nil et le l'ioniro prennent leurs soui'ces et où sont situés les grands lacs, de vastes aires de végétation tropicale et sous-tropicale, ainsi que des forêts, se trouvent sur les confins de l'Abyssi nie à une altitude de près de 10,000 pieds autour des sources occidentales du Nil, le long de la cote orientale jusqu'aux grandes vallées de rivières et ailleurs.

La végétation des régions au sud de l'équaleur est plus riche et plus largement distribuée que celle des régions correspondantes de l'hémisphère nord, et elle est relativement plus développée vers la côte de l'est; la raison en est que nous avons là une région de plateaux jouissant d'une moyennede température annuelle plus haute, et recevant de plus fortes pluies. H faut remarquer aussi que sur la cote de l'est, au sud de l'équateur, les aires de transition entre une zone de végétation et une autre sont |dus graduelles cjue sur la côte occidentale, non seulement à cause des vents prédominants et des pluies plus fortes, mais parce que

la cote de l'est est baignée par des courants océaniques relativement chauds, tandis que les courants qui baignent la côte occidentale sont relativement froids. Par suite, l'effet produit sur la végétation est très sensible. Nous citerons comme exem[)le le palmier, dont les limites méridionales sont de i() degrés plus éloignées le long des rives de l'océan Indien que sur les rives de l'Atlantique (voir pi. VII).

Toute l'étendue qui, sur notre carte, est colorée comme une région de savanes, de prairies semées d'arbres, est en réalité très variée et comprend pour ainsi dire toutes les végétations de l'Afrique. Elle est donc des plus remarquables, non seulement sous le rapport de la végétation, mais aussi pour la distribution de la faune et à beaucoup d'autres égards.

La végétation des régions au sud de l'équateur se développe donc non seulement suivant la latitude, mais aussi suivant la longitude. Elle est plus riche quand nous procédons du sud au nord et de même de l'ouest à l'est. Bien que le climat soit plus salubre sur la côte de l'est au nord de l'équateur, la végétation y est moins riche que dans la région correspondante au sud.

Ces remarques générales sur la distribution de la végétation en Afrique peuvent servir de commentaire consécutif aux cartes. Plus tard, lorsque nous nous occuperons des productions naturelles, nous acquerrons des connaissances plus précises sur le caractère et la fertilité des diverses régions.

ir.,.„o. La disliil»ulion de la faune d'un continent étant subordonnée à la répartition de la végétation, qui, à

— Bison lour, «k'j)eii(l l)oaiicoii|) du climat, nous devons naturellement trouverai Aliicjuc une (aune cssentiel- It'mrnt tropicale. Les jaunes de l'Afrique sont remar- (juaMenient liomoujènes, et les plus typiques des tropiques. Rien j)lus que les plantes, les animaux ont le pouvoir de la migration; dans les régions é(juatoriales de l'Afrique, ce mouvement se produit prohahlement du 11(11(1 au sud. En raison de la diiïérence dans les saisons de pluies sur les verdoyants plateaux du nord et du sud de l'étjuateur, le plus grand nombre des animaux de TAfricjue désertent les régions desséchées 1 1 s'en vont à la recherche de leur subsistance dans les districts mieux favorisés. Ce raouvement migrateur ne peut être déterminé avec certitude, car nous savons fort peu de chose à ce sujet; mais la direction du nord vers le sud sondjle être vérifiée, du moins par les oiseaux qui sont de passage dans l'Afrique équatoriale ('). La classification de Wallace sur les provinces zoologiques en Afrique peut être prise en considération dans toutes ses particularités essentielles.

Le continent africain conserve des types d'une époque trè.> ancienne qui n'existent nulle part ailleurs: ce sont les hippopotames et les girafes. II semble, du reste, très juste que ce vaste et antique continent soit le dernier asile des plus grands animaux; mais ils se tiennent à l'écart ou sont exterminés sur le passage de l'invasion européenne, c'est-à-dire partout oîi le progrès a pénétré.

Rappelons quelques-uns des produits que nous de-

(') Voir Kmin IVvciiv, ht Cinlnil A/rira. p. ÔOl «'t siiiv. Londres, Gi'orgr lMiili|i :in<l Sun.

vous à l'Afrique. Nous mentionnerons spécialement le dourrah, les dalles, parmi les productions végétales; les pintades, le chat et l'àne, parmi les animaux les plus communément répandus.

De toutes les régions zoo-géographiques du monde, le royaume éthiopien ou africain est un des plus riches. Ainsi (jue nous l'avons fait remarquer |)lus haut pour la géologie et le climat, la région méditerranéenne et une j)artic voisine du Sahara constituent une aire de transition dans laquelle le développement de la faune est plus ou moins le même que celui du sud de l'Europe, des déserts de l'Arabie, de l'Asie mineure et au delà. Ceci fait ressortir l'évidence de ce fait, que ce sont les déserts et non les montagnes qui séparent les régions de la fimne.

Dans sa « Distribution des animaux », dans laquelle j'ai puisé beaucoup pour cette partie de mon ouvrage, le professeur Ileilprin divise ainsi les sous-régions de la faune en Afiique : 1" Les vastes pâturages de l'est cenlial africain, qui sont les plus typiques; i" la zone frontière de l'ouest africain ; 5" le désert du Sahara. Ce dernier contient une faune relativement très restreinte, se fondant presque imperceptiblement avec celle de la région méditerranéenne. Les îles comprennent une sous région indépendante et personnelle. Parmi les mammifèies, les cainassiers et les ongulés sont représentés par de nombreuses et exceptioiuielles variétés. Ils nous offient les types uniques des hippopotames et des girafes. Le prenner se rencontre dans toutes les grandes rivières au sud du Sahara; l'autre se trouve presque partout dans les

— sa —

endroits découverts et «jui'Kjucfois d.iiis les foiVls. IA'lé|)hant est tiès r('*pandu dans toute l'Afri(jiie é(|uatoiiale au sud du Sahara ('). II y a aussi de nombreuses esj)è(es d'antilopes; les unes frécjuenlenl les reliions désertes, d'autres se tiennent dans les forèls, ou s'abritent dans les montagnes, cl d'autres enfin se répandent dans les plaines. Ces dernières coinpieunenl le plus i;rand nondjre de variétés et se rencontrent par trou[»eaux de plusieurs centaines. Le bnllle du Cap est répandu dans beaucoup de régions du sud, du centre et de l'ouest de l'Africjue. On trouve encore le zèbre et le couagga, l'àne sauvage d'Abyssinie, d'où l'on suppose qu'est originaire notre vaiiété doinesli(]ue. Paiini les animaux féroces : le lion, le léopard, la panthère, Tliyène et le chacal; le tigre est absolument absent. Un groupe important de mammifères est représenté par les singes d'Ethiopie, les singes anthropoïdes, les chimpanzés et les gorilles. Ces deux derniers se trouvent plus S[)écialement sur la cote occidentale; mais il est possible qu'ils aillent rôder dans l'intérieur jusqu'aux sources du Nil, dans la zone forestière de l'équateur. De nombreuses espèces de singes, grands et redoutables, sont très répandues sur tout le continent.

C'est j)our les oiseaux que la faune est le moins riche; mais en revanche, les reptiles sont nombreux. On y trouve les vipères les plus dangereuses, telles que le serpent soufïleur, et les crocodiles abondent dans toutes les grandes rivières.

(') Lorsque parmi les prodiiolions nous aurons à nous occuper des dillerentiîs sortes d'ivoire, nous n-vicndrons sur la n'-partilion de l'éléphanl en Afrique.

Il y aurait beaucoup à dire sur Textraordinaire abondauce des insectes, car c'est un des grands obstacles qui rendent la traversée du continent si difficile et si pénible aux Européens. Nous passerons cependant rapidement sur ce sujet, ne mentionnant que la sauterelle, qui est un véritable fléau dans certaines régions, et la mouche léstsé [Glossina morsitans). C'est surtout la mouche téstsé qui est la plus dangereuse ennemie. Elle est assez commune dans quelques parties du sud et du centre de l'Afrique, mais ne paraît pas aller au delà du Bahr-el-Ghazal et de Sennar, et semble pour ainsi dire inconnue dans le nord-ouest du continent. Sapiqûreestmortelle pour les chevaux, les bœufs, les chameaux et les chiens, tandis qu'elle est inoffensive pour l'homme, le buffle, le zèbre, la chèvre, le chacal, l'hyène et d'autres animaux sauvages. Pourquoi en est-il ainsi? C'est ce que personne ne semble savoir. A mesure que le pays s'améliore, cependant, la téstsé devient plus rare (^), et si l'on comprend l'importance de faire disparaître cet insecte, on ne devra rien négliger pour soustraire les animaux domestiques à sa dangereuse piqûre.

A l'aide des données météorologiques que nous avons, nous allons essayer d'exposer les conditions d'existence et d'acclimatement des Européens en Afrique.

ÎNous avons constaté que c'était de la distribution de la température que dépendaient les vents prédominants, les pluies et la végétation. C'est l'ensemble

(') Surl<»ul (|iia)nl h- j^ibit-r csl <l<''li-uit, ainsi qn'oii l'a cxpri-iiiioiilc dans le Traiis\aal.

Je tous ces éléments (|iii constitue le climat, i/iin dr ses facteurs les plus iin|Mirlaiits est iiaturelleiiient la distance de rt'fjuateui'; il en est encore d'autres cependant (]ui modifient [)r()fond(Mnent les condilions climatériques et qui, [)ar conséfjuent, doivent être piis en considération. Pai* exemple : ce ((ui s'ohtiejit pai- la distance horizontale , peut ('•gaiement s'obtenir par IVIévation verticale, c'est-à-dire que dans les mêmes conditions, I eloignement de l'équateui* produit les mêmes effets que l'élévation au-dessus du niveau de la mer, un abaissement de température. Bien que variant suivant les conditions locales, l'abaissement de température suivant l'altitude peut être établi pour être à peu pi-ès de 1" Tahrenheit par 270 ou 7)00 pieds. C'est pounjuoi les montagnes d'une grande élévation comme le Kilima-N'djaro, le Kénia et probablement le Ruwen- /ori, bien que situées sur l'équateur ou tout près, ont leurs sommets couverts de neiges perpétuelles, ce qui tait que, si l'on escalade ces montagnes de leui- base à leur sommet, on traversera des zones de végétation qui présentent les caractères de tous les climats. La végétation et le sol exercent également une action réilexe sur le climat. Les sols friables et sablonneux, par exemple, sont de mauvais conducteurs de la chaleur : au lieu de pénétrer [)rofondément comme dans les sols compacts de glaise et d'argile, la chaleur qui se concentre à la surface est promptement radiée lorsqu'arrive la nuit, produisant ainsi d'extrêmes et rapides fluctuations de température dans les couches superposées de l'atmosphère. D'autre part, lors(|ue les sols sont recouverts d'une forte végétation, surtout

d'épaisses forêts, les rayons du soleil n'ariivant pas du tout à la terre, ou ne lui arrivant qu'indirectement, la température est plus également répartie et l'humidité s'en trouve augmentée.

En raison de l'inégalité des pouvoirs conducteurs de la terre et de l'eau, l'eau étant le plus mauvais conducteur de la chaleur qu'elle al)sorl>e et qu'elle abandonne lentement, nous constatons d'importantes modifications de climat dans les régions où la terre est à pioximité de l'océan. Enfin, ce sont toujours les courants de surface de l'océan dont il faut tenir compte. Ces courants suivent en général les vents prédominants et intïuencent [)rofondément le climat des rives qu'ils baignent.

Les climats du monde se rangent, suivant les termes connus, en climats océaniques, insulaires et continentaux; c'est de cette dernière catégorie seulement que nous aurons à nous occuper ici.

La plus grande partie de l'Afrique étant située entre les tropiques, son climat doit être pour la plus grande partie un climat tropical , subordonné toutefois aux modifications locales. C'est ainsi que le long du grand axe continental, dans les régions de plus de 6,(!00 pieds d'altitude, malgré l'énorme force radiante du soleil, la température est beaucoup plus supportable que dans les régions basses et humides. Dans le voisinage des grandes étendues d'eau, comme les grands lacs, le climat est plus humide et plus égal qu'à distance; et dans les régions à proximité de l'océan, les phénomènes cliinatériques sont encore plus égalisés. Dans les hautes régions montagneuses, le climat varie sui-

vant le relief du sol ; ainsi, lorsiiu'iiiie chaîne de niontaij;nos court en Iraveis d'un vent prédominant, le cùlc sous le vciU ne reçoit que peu ou point de pluie, tandis qu elle est presque entièrement dévolue à l'autre côté. En thèse générale, les versants sous le vent des chaînes de montagnes situées dans ces conditions ont les hivers relativement [dus froids et les étés plus chauds (juc les versants o()posés.

(^'est ainsi que la côte sud-ouest de rAfri(pie, qui s'étend dans l'intérieur jus(prau Kalahari, ne reçoit pres(pie pas de pluie de l'océan Indien, et est par consé(iuent déserte. De {dus, les alizés de rAtlantiijue, bien qu'ayant leur origine loin de la cote, souillent au dehors vers la mer. Ainsi que je l'ai déjà mentionné, le désert du Sahara et tout le nord de l'Afrique, excepté les régions de l'Atlas, doivent leur caractère de stérilité principalement aux vents prédominants qui entraînent la vapeur d'eau de la Méditerranée d'une zone plus froide à une zone plus chaude : l'atmosphère augmente ainsi de densité par le fait de l'absorption et de la rétension de l'humidité; il n'y a, par conséquent, pas de pluies dans ces régions, à moins que les gran<les montagnes n'interviennent, comme dans le cas de l'Atlas, pour chasser les vents dans les plus hautes régions et déterminer la pluie en produisant une condensation.

Les principaux caractères des climats de déserts sont une chaleur intense pendant le jour et un froid très vif pendant la nuit. Nous avons, par conséquent, dans les régions du Sahara et du Kalahari et sur la cote de l'ouest, sans parler des aires de moindre éten-

due, des parlicularités climatériques bien marquées. Comparées aux autres climats de l'Afrique, ces régions sont relativement salubres.

La zone de côtes basses de l'Afrique équatoriale a un climat distinct par lui-même, qui prédomine dans certains cas le long des cours inférieurs des grandes rivières. Pour des causes que nous aurons à examiner ultérieurement, cette région est de beaucoup la plus humide et la plus insalubre.

Les rives ex-tropicales du nord jouissent plus ou moins du climat méditerranéen, et la région soustropicale du sud a également un climat favorable.

Considérée dans son ensemble, il paraît évident que l'Afrique est de tous les continents le moins habitable, et ce sont surtout les fièvres paludéennes ou malariennes qui le rendent si impropre à l'établissement des Européens. A vrai dire, nous savons peu de chose des mahidies tropicales (^), de leur répartition, de leurs causes, de leur origine et de leur propagation ; nous aurons, d'ailleurs, peu de chose à dire des maladies tropicales en général ; ce sont les fièvres paludéennes ou malariennes qui doivent surtout nous occuper.

Les lièvres malariennes sont de deux sortes : inlermiilentes ou décroissantes, et il y a bien des degrés d'intensité et de virulence entre elles. Elles sont endémiques et épidémiques. Les variétés intermittentes sont les plus nombreuses en Afrique et ailleurs; en réalité, il n'y a pas de continent qui en soit absolu-

(') Mf'S donurfs sur <c |i(iiiit <'iii;menl ru piirlie des Tropiciit Disenscs, du I)"^ I{.->V. Kflkin. rcpi-iKluitcs pin- les l'ro(cvdin(] nf ihc Royal Suciily of Edinhunjh.

ment exempt. Mais c'est tout à fait dans des proportions extiaordiiiaires cpie l'Afriipie est allligée des fièvres iiiterniitleiiles. La laisoii, du reste, en est très simple, la moyenne de la température et des pluies annuelles qui sont les causes [)i'édisposanles et excitantes à ce genre de mal étant excessives dans toutes les parties liabitaMes du continent.

Les poisons paludéens se développent dans les terrains marécageux, et si l'épaisseui' du sol est saturée de matières végétales, la maladie est d'autant plus virulente. Les poisons paludéens sont donc plus facilement engendrés et retenus dans l'argile ou dans un sol compact; mais dans les sols sablonneux ou poreux, les agents morbides ont peu de chance de développement, sauf s'ils se trouvent retenus dans des couches souterraines à proximité de la surface.

La température, l'humidité et le caractère même du terrain sont, par conséquent, les facteurs principaux avec lesquels nous aurons à compter. En ce qui concerne la température, qui s'abaisse en raison inverse de l'altitude, il a été reconnu que dans l'Afrique équatoriale la malaria gagnait rarement audessus de 3,000 à 5,000 pieds d'altitude; mais ceci est douteux. Ce qu'il y a de certain, c'est que la malaria est plus virulente sur les côtes que partout ailleurs. Dans ce dernier cas, il a été observé qu'une hauteur de oOO pieds et au-dessus modifie très sensiblement l'intensité de la maladie, surtout dans les endroits où les vents dispersent les exhalaisons pestilentielles hors du sol. Les fièvres ont leur force maxima à certaines époques et sont plus dangereuses

aux changements de saisons, surlout après de longues sécheresses ou des pluies successives.

L'iiumidité et le soî peuvent être envisagés conjointement. Les sols les plus favorables à la propagation de la malaria sont naturellement le long des côtes et des cours moyens et inférieurs des grands lleuves, et enfin ces régions de l'Afrique équatoriale qui sont situées dans les zones de la plus haute moyenne de température et des plus foi-les pluies annuelles. Là, nous trouvons les fièvres paludéennes sous leur forme la plus dangereuse ou décroissante; elles sont endémiques. Celte variété pernicieuse domine ainsi dans les districts bas et marécageux, audessous d'une certaine altitude. Si l'on retourne le sol vierge de ces districts, on répandra dans l'air tous ces messagers empoisonnés de la mort; dans ces régions, l'Européen même acclimaté ne pourra jamais être employé au défrichement du sol.

D'après M. W. INoith (% la malaria atteint sa plus forte intensité dans le Sénégal sur les côtes du golfe de Guinée, sur la côte occidentale vers le 20^ degré de latitude sud, à Madagascar, en Nubie, dans certaines parties de l'Abyssinie, dans le Soudan, sur la côte orientai^ et en Egypte. Sous une forme affaiblie on la retrouve en Tripolitaine, en Algérie, au Maroc, aux îles du cap Vert et dans les oasis du Sahara.

C'est dans les régions oîi l'amas de végétation et de matières organiques en putréfaction est le plus considérable que la malaiia sévit dans sa forme la plus ter-

(') SinclccnlhCculnnj. \\\\u 1889.

lihie. Il est donc évident (juc ces effets sont (l«'lruils ou tout au moins diminués dans les terres man'-cageuses (jui sont toui- à toui- inondées et dessécliées. On recommande aussi les plantations d'eucalyptus comme mesures préventives, l)ien que leur elïicacité soit douteuse.

l*;Mini les autres Mialiidics tropicales, (|uel(pies-unes seulement sont à mentionner. Le choléia asiatique a seulement ellleuré les cotes de la Méditerranée et celles de l'est, mais ne semble pas avoir pénétré dans l'intérieur. La fièvre jaune sévit sur la côte de Guinée. La dysenteiie tropicale est également très répandue le long de la côte de Guinée et vers le sud du (]ongo, entre la région côlière et le Nil, sur les rives de la Méditerranée, en Egypte, sur la côte de Mozambique, à Madagascar et dans la colonie du Cap.

Sans vouloir fatiguer le lecteur par une plus longue énumération, je ferai seulement remarquer que toutes les maladies tropicales semblent trouver sur la côte de Guinée le milieu le plus propre à leur développement.

La question qui se pose naturellement est celle-ci : Aeeiimiteice Jusqu'où l'Européen peut-il être à l'épreuve des fièvres, en un mot, dans quelles proportions peut-il s'acclimater? Si l'on réfléchit que les indigènes eux-mêmes, dans leurs migrations d'un district dans l'autre, sont exposés à la malaria des localités étrangères, bien qu'étant à l'épreuve de celle de leurs propres districts, il est évident que l'acclimalement pour les Eui'opéens n'est possible que dans une certaine mesure. L'acclimatement de l'homme, comme celui des animaux, est

l'œuvre du temps, de générations successives et non de mois seulement. Des mois! quelle illusion! Pourquoi, dans leur désir ardent d'atteindre le but de leurs ambitions, les voyageurs européens, les commerçants et les missionnaires s'élancenl-ils insoucieusement, sans la moindre bésitation et la plus légère précaution, dans les lits fiévreux de l'Afrique? Peu échappent à la maladie. Quelques-uns meurent à la première ou à la seconde attaque; quelques autres traînent pendant des années une santé ruinée. Les plus avisés retournent périodiquement en Europe ou vont dans des sanilai^ii comme il en existe beaucoup même en Afrique. Mais, soit que l'horrible fascination que le continent noir exerce sur tous ceux qui y ont des intérêts, ou que d'autres raisons personnelles les y attirent de nouveau, ils y reviennent dépenser les forces et la santé reconquises, et repris bientôt par le terrible mal, ils n'ont pas toujours le temps d'accomplir le nouveau bail avec l'existence qu'ils sont allés chercher ailleurs et ne tardent pas à être traduits devant le tribunal suprême.

Quelques personnes de mes relations ayant passé plusieurs années dans la région de l'Afrique la plus exposée aux fièvres, la côte de Guinée, où plus que partout ailleurs abondent les éléments de la malaria, me disaient que, bien que personne n'échappe aux fièvres, ceux qui ont une constitution vigoureuse peuvent, avec les soins voulus et des précautions, vivre aussi longtemps qu'en Europe dans les endroits les moins salubres. Parmi les précautions à prendre, la première est de s'abstenir des boissons alcooliques,

puis (le mener une existence régulière et Iranciiiille et (Je faire beaucoup (l'exercico. Cela est fort hien; mais dans un climat comme l'Afrique, par celle chaleur liumidc (les ciHes, mener une vie comme celle qui est recommandée n'est pas chose aussi facile (ju'elle semble; la nature humaine a ses exigences et la c(jte manque des distractions nécessaires pour satisfaire les aspiiations et les besoins intellectuels. Mon impression est (ju'apr('S un séjour prolongé dans ce pays, les Européens perdent tellement de leur valeur morale et de leur force physique, (ju'ils sont aptes tout au ()lus à lutter pour la défense de leur existence avec une énergie qui va s'afTaiblissant de jour en jour. La premi('re génération succombe sous redet du climat; ce n'est que dans la seconde génération et les générations suivantes que leurs descendants acclimatés peu à peu arrivent à développer une nature morale et physique appropriée au milieu. iMais alors encore, quel <[ue soit son développement et son complet acclimatement, le colon européen ne peut pas comparer sa constitution à celle du nègre, au(|uel devront être confiés les rudes travaux manuels qui exigeront d'être exécutés au dehors sous les ardeurs biûlantes du soleil des tropi(jues.

Nous abordons maintenant le point essentiel de notre étude, conteim dans ce chapitre sous le titre de : Conditions dliahilalion en Afri(jue. Nous entendons par là les conditions de climat les plus favorables à rétablissement des Européens. Un semblable essai peut être tout au plus une tentative, et ce n'est pas sans quelque défiance que je m'y aventure, car.

Conditions d'iiabitation.

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malgré tout ce qui en a été dit, nous connaissons réellement très peu l'Afrique.

Nous pouvons tout irabord considérer comme absolument inhabitables pour les Européens les trois régions intérieures des déserts.

Si nous procédons dans un ordre naturel, nous aurons :

i. Les bords de la Méditerranée et la basse Egypte;

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